Si vous êtes travailleur non salarié (TNS) – ou en passe de le devenir – votre statut est une bombe à retardement… surtout pour votre retraite et votre épargne, si vous ne l’anticipez pas.
Le problème ? Beaucoup de créateurs d’entreprise, freelances, gérants de sociétés découvrent trop tard qu’être TNS, c’est payer (souvent) moins de cotisations aujourd’hui… mais aussi toucher beaucoup moins demain.
Dans cet article, on va décortiquer ce statut, sans jargon inutile, et surtout voir comment l’utiliser intelligemment pour sécuriser votre avenir financier – tout en restant cohérent avec une démarche d’investissement responsable si c’est votre boussole.
Qu’est-ce qu’un TNS, concrètement ?
Un TNS, ou travailleur non salarié, c’est une personne qui exerce une activité professionnelle sans être liée par un contrat de travail classique à un employeur. En clair : pas de fiche de paie, pas de “statut salarié”, mais une activité indépendante avec son propre régime de protection sociale.
On parle de TNS pour plusieurs catégories :
- Les entrepreneurs individuels (y compris micro-entrepreneurs / auto-entrepreneurs)
- Les gérants majoritaires de SARL ou d’EURL
- Certains professionnels libéraux (avocats, médecins, consultants, architectes, etc.)
- Les associés de certaines sociétés de personnes (SNC, par exemple)
Le point clé : le TNS est rattaché au régime de la Sécurité sociale des indépendants (ex-RSI, désormais intégré dans le régime général, mais avec des règles spécifiques). Il ne bénéficie pas du même niveau de protection qu’un salarié, notamment en matière de retraite et de prévoyance.
Pourquoi ce statut existe-t-il ? Principalement pour adapter les cotisations sociales à la logique entrepreneuriale : revenus variables, risques économiques portés par l’indépendant, besoin de flexibilité. En échange d’un “filet social” plus léger, les charges sociales sont souvent moins élevées.
TNS vs salarié : quelles différences sur le plan social ?
Pour comprendre les conséquences sur votre épargne et votre retraite, il faut d’abord voir ce que vous “perdez” (ou gagnez) en quittant le statut salarié.
Quelques différences structurantes :
- Taux de cotisations sociales : un TNS paie en général moins de cotisations qu’un salarié + employeur sur une même rémunération globale. C’est ce qui rend le statut attractif à court terme.
- Couverture maladie-maternité : elle est globalement proche de celle des salariés depuis l’intégration au régime général, mais avec des modalités d’indemnisation parfois moins favorables (délai de carence, plafonds d’indemnités).
- Indemnités chômage : sauf cas très spécifiques (assurance privée, PGE en fin de droits, ARE en parallèle lors d’une création…), le TNS n’a pas droit à l’assurance chômage classique. La perte de revenu n’est pas couverte.
- Prévoyance : en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès, la protection est plus limitée que pour un salarié cadre bénéficiant souvent d’un contrat collectif.
- Retraite : c’est le point le plus sensible. Les pensions des indépendants sont en moyenne nettement inférieures à celles des salariés pour des niveaux de revenus comparables.
Autrement dit : le TNS “récupère” du pouvoir d’achat aujourd’hui (moins de charges obligatoires), mais il doit construire lui-même son parachute pour demain.
Statut TNS : quels impacts spécifiques sur la retraite ?
Le système de retraite français repose sur deux piliers principaux : un régime de base et un régime complémentaire. Les TNS y cotisent, mais pas dans les mêmes conditions que les salariés.
Pour simplifier, selon votre activité :
- Artisans, commerçants : régime de base + régime complémentaire gérés par la Sécurité sociale des indépendants.
- Professions libérales : régime de base (CNAVPL) + régimes complémentaires spécifiques (caisse CIPAV, CARMF, CARPIMKO, etc.).
- Gérants majoritaires de SARL/EURL : assimilés à des indépendants pour la retraite, avec les mêmes logiques de calcul.
En pratique, cela se traduit par :
- Une pension moyenne plus faible qu’un salarié ayant cotisé sur des bases similaires.
- Une forte sensibilité au niveau de revenu déclaré (les cotisations étant calculées sur le revenu professionnel, souvent optimisé à la baisse pour réduire les charges).
- Des dispositifs de rachat de trimestres ou d’augmentation de la future pension qui existent, mais rarement suffisants à eux seuls.
Un ordre de grandeur utile : selon la DREES, la pension moyenne des indépendants est inférieure à celle des anciens salariés, même si les écarts se réduisent depuis les dernières réformes. Mais dans la pratique, les indépendants “optimisateurs” (faibles rémunérations, forte distribution de dividendes, beaucoup de charges…) sont particulièrement exposés à une retraite très faible.
La vraie question à se poser est donc : si je continue à cotiser au minimum pendant 20 ou 30 ans, suis-je prêt à vivre avec la pension correspondante ?
Pourquoi le statut TNS impose de repenser son épargne ?
Le TNS n’a pas de DRH qui lui met en place une retraite supplémentaire, une prévoyance collective ou une épargne salariale. Il doit tout construire lui-même.
D’un côté :
- Moins de charges sociales sur la rémunération
- Plus de flexibilité dans la gestion du revenu (salaire vs dividendes, arbitrage des charges)
De l’autre :
- Une retraite obligatoire plus faible
- Une protection prévoyance/chômage insuffisante
- Un risque financier personnel plus élevé (en cas de baisse d’activité, maladie, invalidité, etc.)
Ce décalage crée un impératif : transformer l’“économie” de charges sociales en épargne longue, orientée vers la retraite et la protection personnelle.
On peut presque résumer le statut TNS ainsi : l’État vous donne plus de liberté budgétaire aujourd’hui, à condition que vous preniez votre propre avenir en main. Si vous consommez toute la différence, l’addition arrive plus tard.
Les trois piliers de la stratégie d’épargne d’un TNS
Pour un TNS, bâtir une stratégie financière solide repose généralement sur trois piliers complémentaires :
- 1. Constituer un coussin de sécurité
- 2. Mettre en place une épargne longue pour la retraite
- 3. Organiser sa protection (prévoyance)
Voyons chaque pilier en détail, avec un angle très opérationnel.
Pilier 1 : le coussin de sécurité, votre assurance antichute
Un salarié avec CDI et assurance chômage peut parfois se “contenter” de 3 à 6 mois de dépenses en épargne de précaution. Pour un TNS, la cible doit souvent être plus élevée.
Objectif réaliste :
- 6 à 12 mois de dépenses courantes couvertes par une épargne facilement mobilisable (livrets, fonds euros sécurisés, compte à terme court, etc.).
Pourquoi autant ?
- Vos revenus peuvent chuter brutalement (perte d’un gros client, arrêt maladie, crise sectorielle).
- Vous n’avez pas d’indemnités chômage pour amortir le choc.
- Votre entreprise elle-même peut avoir besoin de trésorerie, et il vaut mieux éviter de confondre finances perso et finances pro.
Sur le plan pratique :
- Commencez par estimer vos dépenses incompressibles (loyer, charges, alimentation, crédit, etc.).
- Fixez un objectif chiffré (par exemple : 15 000 € si vous dépensez 2 500 €/mois et visez 6 mois de marge).
- Automatisez un virement mensuel dédié à ce coussin, avant toute autre forme d’investissement.
Sans ce socle, toute stratégie de retraite ou d’investissement responsable reste fragile : la moindre crise peut vous forcer à tout vendre au pire moment.
Pilier 2 : préparer sa retraite de TNS grâce à l’épargne longue
C’est le cœur du sujet. En tant que TNS, vous devez construire vous-même une partie significative de votre future retraite. La bonne nouvelle, c’est que vous disposez de plusieurs outils puissants… à condition de bien les utiliser.
Les principaux leviers :
- Plan d’Épargne Retraite (PER)
- Assurance-vie
- Investissements en actifs réels (immobilier, parfois via des SCPI/OPCI, et plus largement portefeuille diversifié)
Et, dans une logique Invest4Good, la possibilité d’orienter tous ces outils vers des supports responsables, ESG ou à impact.
Le PER pour TNS : l’outil fiscalement attractif
Le PER, et en particulier le PER individuel ou les PER “Madelin” de nouvelle génération, est un outil très adapté aux TNS, car il permet :
- De déduire les versements de votre revenu imposable, dans certaines limites
- De capitaliser dans un cadre fiscal avantageux jusqu’à la retraite
- De choisir des supports d’investissement responsable (fonds ISR, fonds à impact, obligations vertes…)
Concrètement, pour un TNS imposé à 30 % ou plus, chaque 1 000 € versés sur le PER peut réduire l’impôt de 300 € (hors prélèvements sociaux). C’est un levier puissant pour accélérer la constitution de capital.
Points de vigilance :
- Les sommes sont en principe bloquées jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé (achat de résidence principale, accident de la vie).
- La fiscalité à la sortie dépend du mode de sortie (rente ou capital) et de la partie correspondant aux versements + gains.
- La qualité des supports proposés varie fortement d’un contrat à l’autre, notamment sur le plan de l’investissement responsable.
Pour un TNS, le PER est souvent la “colonne vertébrale” de la stratégie retraite, surtout si le taux marginal d’imposition est élevé.
L’assurance-vie : flexibilité et transmission
L’assurance-vie reste un outil incontournable, complémentaire au PER :
- Vous pouvez retirer vos fonds à tout moment (avec une fiscalité plus douce après 8 ans)
- Vous accédez à une large gamme de supports : fonds euros, unités de compte, fonds ISR, fonds thématiques climat, infrastructures vertes, etc.
- C’est un excellent outil de transmission (abattements spécifiques pour les bénéficiaires, notamment avant 70 ans).
En tant que TNS, l’assurance-vie peut servir à :
- Construire un capital long terme sans blocage strict jusqu’à la retraite
- Financer des projets intermédiaires (apport immobilier, réorientation professionnelle, investissement dans un projet à impact…)
- Diversifier en parallèle du PER pour garder de la souplesse
Pour rester cohérent avec une démarche d’investissement responsable, sélectionnez des contrats permettant d’accéder à des labels reconnus (ISR, Greenfin, Finansol, Relance, etc.).
L’immobilier et les actifs réels
Beaucoup de TNS misent sur l’immobilier pour leur retraite :
- Résidence principale (pour ne plus payer de loyer à la retraite)
- Immobilier locatif (revenus complémentaires)
- SCPI / OPCI / foncières cotées, parfois avec une orientation ESG ou immobilière verte
L’immobilier peut être un excellent pilier pour stabiliser vos revenus futurs, mais il ne doit pas être votre seul pilier :
- Un bien locatif, c’est aussi des risques (vacance, impayés, travaux, fiscalité changeante).
- La liquidité est faible : difficile de “vendre une salle de bain” si vous avez besoin de 20 000 €.
- Le levier du crédit est puissant… mais expose en cas de baisse durable des revenus.
Une approche équilibrée consiste à combiner :
- Un patrimoine financier diversifié (PER, assurance-vie, PEA…)
- Un ou plusieurs projets immobiliers réfléchis, éventuellement orientés vers la rénovation énergétique ou le logement social/abordable si vous souhaitez donner un sens social à vos investissements.
Pilier 3 : la prévoyance, l’oubli coûteux des TNS
On parle beaucoup de retraite, mais le risque majeur pour un TNS, c’est souvent ce qui se passe avant la retraite : maladie longue, invalidité, accident.
Un arrêt de travail prolongé peut :
- Couper quasiment tous vos revenus
- Mettre votre activité en danger
- Vous obliger à consommer tout votre capital d’épargne
La prévoyance pour TNS sert précisément à couvrir ces scénarios :
- Indemnités journalières en cas d’arrêt de travail
- Rente invalidité en cas d’incapacité durable
- Capital ou rente décès pour protéger votre famille
Quelques points clés à vérifier dans tout contrat :
- Le délai de franchise (à partir de quand les indemnités sont versées : 15, 30, 60, 90 jours…)
- Le mode de calcul de la rente (sur quel revenu de référence ? prise en compte des dividendes ? des dernières années ?)
- Les exclusions (sports à risque, affections dorsales, troubles psychiques parfois limités)
Si vous avez une famille à charge ou des crédits importants, la prévoyance n’est pas un luxe, c’est un socle. Là encore, l’économie de quelques dizaines d’euros par mois peut coûter très cher en cas de coup dur.
Statut TNS et investissements responsables : compatible ou mission impossible ?
On pourrait se dire : “Avec toutes ces contraintes, je n’ai pas vraiment le luxe de penser impact et ESG, je dois surtout sécuriser ma retraite.” C’est souvent l’erreur de perspective.
La réalité, c’est qu’il existe aujourd’hui un large éventail de solutions qui permettent de :
- Construire une vraie stratégie de retraite en tant que TNS
- Tout en finançant la transition écologique, l’économie sociale et solidaire, ou des projets à impact mesurable
Quelques exemples très concrets :
- Choisir un PER ou une assurance-vie avec une offre robuste de fonds ISR/à impact (pas seulement 2 fonds “verts” perdus dans un catalogue).
- Allouer une partie de son épargne longue à des fonds labellisés Greenfin (transition énergétique, eau, mobilité douce) ou Finansol (finance solidaire, insertion, logement social).
- Investir via des plateformes dédiées dans des projets d’énergies renouvelables, de rénovation énergétique ou des entreprises de l’ESS, tout en gardant une logique de diversification.
En tant que TNS, vous êtes déjà dans une démarche d’autonomie et de responsabilisation. Il est assez naturel de pousser cette logique jusque dans la façon dont vous faites travailler votre argent.
Étapes actionnables pour un TNS qui veut reprendre la main
Pour terminer, un plan en plusieurs étapes, simple mais efficace, pour transformer votre statut TNS en atout plutôt qu’en risque :
- 1. Faites l’état des lieux :
- Quels sont vos droits estimés à la retraite (via info-retraite.fr) ?
- Quel est votre niveau actuel d’épargne disponible ?
- Avez-vous déjà une prévoyance ? Un PER ? Une assurance-vie ?
- 2. Sécurisez le court terme :
- Construisez votre coussin de sécurité (6 à 12 mois de dépenses).
- Vérifiez votre protection prévoyance et ajustez si nécessaire.
- 3. Structurez votre épargne retraite :
- Ouvrez (ou optimisez) un PER adapté à votre statut de TNS.
- Définissez un montant d’épargne mensuel réaliste, indexé sur votre revenu.
- Complétez avec une ou plusieurs assurances-vie, dont au moins une orientée vers l’ISR ou l’impact.
- 4. Diversifiez progressivement :
- Intégrez éventuellement un projet immobilier dans votre stratégie globale.
- Ajoutez des supports thématiques (climat, santé, inclusion sociale) à mesure que votre capital grossit.
- 5. Revoyez la stratégie chaque année :
- Vos revenus évoluent, votre statut peut changer (TNS → assimilé salarié, ou inversement).
- Vos besoins familiaux et vos priorités d’impact peuvent aussi se transformer.
Être TNS n’est pas un handicap, c’est une architecture différente : moins de protections automatiques, plus de liberté de construction. Cette liberté est un risque si vous la subissez, un levier puissant si vous la prenez au sérieux.
La vraie question n’est pas “Est-ce que le statut TNS est risqué ?”, mais “Qu’est-ce que je fais, dès maintenant, pour que ce statut travaille pour moi – et, autant que possible, pour la société et la planète ?”.
