Puis je retirer l’argent de mon assurance vie : règles, frais et conséquences fiscales à connaître

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Puis je retirer l'argent de mon assurance vie : règles, frais et conséquences fiscales à connaître
Puis je retirer l'argent de mon assurance vie : règles, frais et conséquences fiscales à connaître

Vous avez une assurance vie et vous vous demandez si vous pouvez retirer votre argent “quand vous voulez” sans tout casser ? Bonne nouvelle : l’assurance vie est beaucoup plus souple qu’on ne le pense… à condition de bien connaître les règles du jeu.

Rachats, fiscalité avant/après 8 ans, frais cachés, impact sur votre transmission, alternatives au retrait (comme l’avance) : dans cet article, on passe en revue, de manière opérationnelle, tout ce que vous devez savoir avant de cliquer sur “demander un rachat”.

Retirer de l’argent d’une assurance vie : est-ce vraiment possible librement ?

Contrairement à une idée encore très répandue, l’assurance vie n’est pas bloquée.

En France, vous pouvez retirer une partie ou la totalité de votre épargne quand vous le souhaitez, dès la première année, que votre contrat soit récent ou ancien.

Deux opérations existent :

  • Rachat partiel : vous retirez seulement une partie du capital, le contrat reste ouvert.
  • Rachat total : vous retirez tout, le contrat est fermé définitivement.

Dans les deux cas, l’assureur n’a pas le droit de refuser le retrait, sauf cas très particuliers (blocage judiciaire, par exemple). En pratique, il peut en revanche :

  • vous imposer un montant minimum de rachat (par exemple 500 €),
  • exiger un solde minimum à laisser sur le contrat (par exemple 300 €),
  • ou prévoir un délai technique (quelques jours à quelques semaines).

Le vrai sujet n’est donc pas “puis-je retirer ?” mais plutôt “combien ça va me coûter en impôts, en frais, et en perte d’avantages futurs ?”.

Comment fonctionne un retrait d’assurance vie sur le plan pratique ?

Concrètement, pour demander un rachat (partiel ou total), vous devrez :

  • passer par l’espace client en ligne, ou envoyer un formulaire à votre assureur ou conseiller ;
  • indiquer le type de retrait (montant brut, net d’impôt, rachat total ou partiel) ;
  • joindre un RIB et, si nécessaire, une pièce d’identité à jour.

Le délai de versement sur votre compte bancaire varie :

  • en ligne : souvent entre 3 et 10 jours ouvrés ;
  • via un contrat bancaire ou de réseau physique : plutôt 1 à 3 semaines, parfois plus si des arbitrages internes sont nécessaires.

Attention : si vous êtes fortement investi en unités de compte (actions, fonds diversifiés, SCPI, etc.), l’assureur doit parfois réaliser des cessions d’actifs, ce qui peut rallonger le délai. En cas de marchés chahutés, certains contrats peuvent même prévoir des restrictions temporaires sur certains supports (notamment immobiliers).

Rachat partiel ou rachat total : quelles conséquences ?

La première question stratégique à se poser : avez-vous vraiment intérêt à fermer votre contrat ?

Avec un rachat partiel :

  • vous retirez une somme déterminée,
  • le contrat continue de vivre, de capitaliser et de bénéficier de son antériorité fiscale,
  • votre clause bénéficiaire reste en place pour le capital restant.

Avec un rachat total :

  • vous récupérez tout le capital,
  • le contrat est définitivement clôturé,
  • vous perdez l’antériorité fiscale (si vous voulez réouvrir une assurance vie ensuite, le compteur repart de zéro),
  • vous annulez aussi l’avantage successoral futur lié à ce contrat.

Dans la grande majorité des cas, sauf besoin définitif de tout le capital, il est plus intéressant de privilégier un rachat partiel, pour conserver la mécanique fiscale avantageuse après 8 ans (on y revient juste après).

La fiscalité d’un retrait d’assurance vie : la seule partie vraiment sensible

Lors d’un retrait, vous ne payez pas d’impôts sur la totalité du montant racheté, mais uniquement sur la fraction de gains contenue dans ce retrait.

Formule simplifiée :

Part imposable = Montant retiré × (Gains / Valeur totale du contrat)

Petit exemple pour fixer les idées :

  • Vous avez versé 20 000 € depuis l’ouverture.
  • Votre contrat vaut aujourd’hui 25 000 € (vous avez donc 5 000 € de gains).
  • Vous retirez 5 000 €.

Les gains représentent 5 000 / 25 000 = 20 % du contrat. Votre retrait de 5 000 € est donc composé :

  • de 4 000 € de capital (non imposables),
  • de 1 000 € de gains (imposables).

Reste à voir comment ces 1 000 € seront taxés. Tout dépend de l’ancienneté de votre contrat et du montant total de vos versements.

Fiscalité avant 8 ans : la période la moins favorable

Si votre contrat a moins de 8 ans, les gains retirés sont taxés de la manière suivante :

  • Flat tax (PFU) 30 % par défaut :
    • 12,8 % d’impôt sur le revenu,
    • 17,2 % de prélèvements sociaux.
  • Ou, sur option, imposition au barème de l’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux.

Dans la plupart des cas, si vous êtes au-delà de la première tranche d’imposition, la flat tax reste la solution la plus simple et souvent la plus efficace.

Exemple rapide :

  • Vous retirez 10 000 €.
  • Part de gains dans ce retrait : 3 000 €.
  • Contrat de moins de 8 ans, PFU appliqué.

Impôts sur le revenu : 3 000 × 12,8 % = 384 €.
Prélèvements sociaux : 3 000 × 17,2 % = 516 €.
Total fiscalité = 900 €.

L’objectif opérationnel est clair : éviter autant que possible les gros retraits avant 8 ans, sauf si vous êtes non imposable ou dans une tranche très basse et que l’option barème devient intéressante.

Fiscalité après 8 ans : là où l’assurance vie devient vraiment intéressante

À partir de la 9e année, le contrat change de dimension sur le plan fiscal. Vous bénéficiez :

  • d’un abattement annuel sur les gains retirés :
    • 4 600 € pour une personne seule,
    • 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune.
  • puis, au-delà de cet abattement, d’une imposition allégée sur les gains, qui dépend du montant total de vos versements.

Deux cas se présentent pour les sommes versées depuis 2017 :

  • Vos versements sur assurance vie ≤ 150 000 € (par personne, tous contrats confondus) :
    • Après abattement, les gains sont taxés à 7,5 % + 17,2 % de prélèvements sociaux.
  • Vos versements > 150 000 € :
    • La fraction des gains correspondant aux versements au-delà de 150 000 € est taxée à 12,8 % + 17,2 %.

En pratique, pour la grande majorité des épargnants (versements < 150 000 €), l’assurance vie après 8 ans permet souvent de retirer plusieurs milliers d’euros de gains par an en payant très peu d’impôt.

Exemple opérationnel :

  • Vous êtes en couple, contrat de plus de 8 ans.
  • Vous faites un rachat dont la part de gains imposables est de 7 000 €.
  • Abattement de 9 200 € pour le couple.

Résultat : 7 000 € – 9 200 € = 0 € de base imposable. Vous ne payez aucun impôt sur le revenu sur ces gains, seulement les 17,2 % de prélèvements sociaux.

Voilà pourquoi, si vous êtes proche de la 8e année, il peut être judicieux de :

  • limiter les gros retraits avant ce cap,
  • et, une fois les 8 ans atteints, programmer des rachats partiels réguliers, en restant sous l’abattement annuel.

Les frais à surveiller quand vous retirez de l’argent

Un retrait en lui-même ne génère pas toujours des frais spécifiques, mais il peut en déclencher ou en révéler plusieurs :

  • Frais sur versement : ils ont déjà été prélevés à l’entrée, pas au moment du retrait. Mais si vous sortez rapidement après avoir payé 2 à 4 % à l’entrée, le rendement réel de votre opération peut être très faible, voire négatif.
  • Pénalités de sortie anticipée : rares sur les contrats modernes, mais peut exister sur certains vieux contrats bancaires ou sur des supports spécifiques (SCPI logées en assurance vie, produits structurés, etc.). À vérifier dans les conditions générales.
  • Frais d’arbitrage internes : si le retrait implique des arbitrages (vente de certains supports), des frais d’arbitrage peuvent s’appliquer.
  • Frais de gestion : ils continuent de s’appliquer sur l’encours restant après rachat, mais pas sur la partie retirée.

Sur un contrat hautement chargé en frais, multiplier les allers-retours (verser / retirer / reverser) peut coûter cher. D’où l’intérêt de bien planifier vos besoins de liquidité à l’avance.

Retirer de l’argent ou demander une avance : que choisir ?

Il existe une alternative souvent méconnue au rachat : l’avance sur assurance vie.

Principe : l’assureur vous prête de l’argent, garanti par votre contrat, sans que celui-ci soit techniquement “entamé”.

  • Vous recevez une somme (par exemple 20 000 €),
  • Votre contrat reste intact (même valeur, même antériorité fiscale),
  • Vous remboursez l’avance plus tard, avec des intérêts.

Avantages de l’avance :

  • aucune fiscalité immédiate, puisqu’il ne s’agit pas d’un rachat ;
  • vous préservez l’antériorité de votre contrat et sa capacité future à générer des retraits peu imposés ;
  • en cas de décès avant remboursement, la dette peut être déduite du capital versé aux bénéficiaires (selon les conditions du contrat).

Inconvénients :

  • vous payez des intérêts (souvent indexés sur un taux de marché + marge),
  • le montant est plafonné (souvent 60 à 80 % de la valeur du contrat),
  • la durée est limitée (souvent 3 ans, renouvelable).

L’avance peut être particulièrement pertinente si :

  • vous avez un contrat de plus de 8 ans très avantageux, que vous ne voulez surtout pas casser ;
  • vous avez un besoin de trésorerie temporaire (pont de financement, projet pro, travaux, etc.).

Impact d’un retrait sur la transmission et l’aspect successoral

L’assurance vie n’est pas seulement un outil d’épargne, c’est aussi un puissant outil de transmission du patrimoine.

En retirant de l’argent, vous réduisez mécaniquement :

  • le capital qui sera transmis à vos bénéficiaires,
  • et donc l’avantage successoral associé (notamment l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans).

Deux points de vigilance :

  • Rachat partiel : il diminue simplement le capital futur, sans remettre en cause la clause bénéficiaire ni la structure successorale.
  • Rachat total : il supprime l’enveloppe et ses avantages successoraux. Si vous réinvestissez ensuite sur un nouveau contrat, vous repartez de zéro en termes d’antériorité fiscale, mais pas forcément en termes de date de versement avant/après 70 ans.

Si votre assurance vie est au cœur de votre stratégie de transmission (enfants, conjoint, neveux, associations…), chaque retrait important mérite d’être mis en perspective avec cet objectif.

Quelques cas concrets pour vous aider à décider

Cas n°1 : contrat de 3 ans, besoin important de cash pour acheter une voiture

  • Vous avez 15 000 € sur votre contrat, dont 1 000 € de gains.
  • Vous avez besoin de 10 000 € pour acheter une voiture.
  • Vous êtes dans une tranche d’imposition à 30 %.

Un rachat partiel va déclencher la fiscalité (PFU 30 % sur la part de gains). Mais comme vos gains sont modestes, l’impact reste limité. Si vous n’avez pas d’autre épargne disponible (livret A, LDD, etc.), le retrait est probablement justifié.

Cas n°2 : contrat de 9 ans, couple, projet de complément de revenus

  • Vous avez 100 000 € sur le contrat, dont 20 000 € de gains latents.
  • Vous souhaitez retirer 8 000 € par an pour compléter vos revenus.

Si la part de gains dans chaque retrait est cohérente, vous pouvez organiser vos rachats de façon à rester chaque année sous l’abattement de 9 200 € pour le couple. Vos gains seront alors exonérés d’impôt sur le revenu (hors PS), tout en assurant un complément de revenu régulier.

Cas n°3 : besoin ponctuel élevé, contrat ancien et bien doté

  • Contrat de plus de 8 ans, 250 000 € d’encours, objectif de transmission aux enfants.
  • Besoin ponctuel de 40 000 € pour des travaux.

Plutôt qu’un rachat massif, qui peut :

  • réduire fortement le capital futur à transmettre,
  • et faire perdre une partie de l’effet “boule de neige” sur les intérêts,

une avance peut être intéressante si vous êtes en mesure de la rembourser sur quelques années. Vous évitez ainsi la fiscalité immédiate et préservez la logique successorale du contrat.

Avant de retirer : les bonnes questions à se poser

Avant de signer votre demande de rachat, prenez quelques minutes pour passer en revue ces points clés :

  • Quel âge a mon contrat (moins ou plus de 8 ans) ?
  • De combien ai-je réellement besoin maintenant (et pas “au cas où”) ?
  • Ai-je d’autres poches de liquidité moins fiscalisées (livrets, PEL, épargne de précaution) ?
  • La part de mon retrait qui correspond à des gains est-elle importante ?
  • Une avance serait-elle plus adaptée à mon besoin (temporaire ou durable) ?
  • Mon assurance vie joue-t-elle un rôle majeur dans ma stratégie de transmission ?
  • Mon contrat est-il chargé en frais, ce qui rend chaque va-et-vient plus coûteux ?

En finance responsable comme en finance tout court, la question n’est jamais seulement “est-ce que j’ai le droit ?”, mais “est-ce cohérent avec mes objectifs et mes valeurs, aujourd’hui et dans 10 ans ?”.

Retirer de l’argent de votre assurance vie est simple sur le plan technique, mais ce geste peut avoir des effets durables sur votre fiscalité, votre capacité à générer des revenus complémentaires à l’avenir, et votre transmission. Mieux vaut donc le faire en connaissance de cause, plutôt que dans l’urgence.