Vous avez alimenté un PER pendant des années… et vous approchez enfin de la retraite. Une question devient alors centrale : comment sortir votre argent ? En rente, en capital, ou un mix des deux ? Et surtout : quelles sont les conséquences fiscales concrètes de chaque choix ?
La sortie du PER est un moment clé : bien arbitrée, elle peut vous faire gagner plusieurs dizaines de milliers d’euros sur la durée. Mal gérée, elle peut aussi alourdir fortement votre impôt et réduire l’efficacité de tout ce que vous avez patiemment construit.
On va donc passer en revue, de manière très pratique :
- les différentes options de sortie du PER ;
- la fiscalité réelle, avec des cas concrets ;
- les arbitrages entre rente et capital selon votre situation ;
- une méthode en étapes pour choisir votre stratégie de sortie.
Rappel rapide : ce que vous avez vraiment dans votre PER
Avant de parler sortie, il faut comprendre ce qui « compose » votre PER. Du point de vue fiscal, tout l’enjeu vient d’une distinction clé :
- les versements déductibles de votre revenu imposable (les plus fréquents pour les actifs qui optimisent leur impôt) ;
- les versements non déductibles (cas de certains versements volontaires non déduits, transferts d’anciens contrats, PER d’entreprise, participation/intéressement, etc.).
Pourquoi c’est crucial ? Parce que la fiscalité à la sortie n’est pas la même selon l’origine de l’épargne. Schématiquement :
- si vous avez déduit vos versements à l’entrée, vous ferez face à une imposition plus lourde à la sortie ;
- si vous n’avez pas déduit vos versements, la fiscalité à la sortie sera en général plus douce.
Gardez cette idée en tête : pour arbitrer entre rente et capital, il faut toujours revenir à cette question de base : « Mes versements ont-ils été déductibles ou non ? »
Les grandes options de sortie du PER
À l’âge de la retraite (âge légal ou liquidation de vos droits), vous avez en principe trois grandes options :
- sortie en capital (en une fois ou de façon fractionnée) ;
- sortie en rente viagère (un revenu régulier à vie) ;
- sortie mixte (une partie en capital, une partie en rente).
Techniquement, les règles peuvent varier selon le type de PER (PER individuel vs PER d’entreprise) et les clauses du contrat, mais dans la majorité des PER individuels, ces trois voies sont ouvertes à la retraite.
À côté de cela, il existe aussi des cas de sortie anticipée (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, fin de droits chômage, etc.). Ils obéissent à des règles fiscales spécifiques, mais pour rester focus, on se concentre ici sur la sortie « normale » à la retraite.
Sortie en capital : comment ça marche vraiment ?
La sortie en capital est souvent perçue comme la plus simple : vous récupérez votre argent sous forme de versement(s), que vous pouvez ensuite réinvestir, utiliser pour un projet, ou garder en sécurité.
En pratique, vous pouvez :
- retirer la totalité en une fois ;
- programmer des retraits partiels étalés dans le temps (souvent plus intéressant fiscalement) ;
- combiner retraits programmés et rente sur une autre partie.
Mais la simplicité s’arrête là. Fiscalement, tout dépend de la nature des sommes :
- Les versements déductibles à l’entrée :
- le capital correspondant (ce que vous avez versé) est imposé au barème de l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des pensions, avec abattement de 10 % ;
- les gains (plus-values, intérêts) sont soumis au PFU de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option globale pour le barème.
- Les versements non déductibles :
- le capital (ce que vous avez versé) est non imposé à la sortie ;
- les gains sont soumis au PFU de 30 % (ou barème sur option).
Autrement dit, si vous avez bien « optimisé » votre impôt à l’entrée avec des versements déductibles, l’administration vient se servir à la sortie. L’enjeu, c’est donc de maîtriser le timing pour éviter de faire exploser votre tranche marginale d’imposition.
Exemple concret :
Vous avez un PER de 120 000 € :
- 80 000 € de versements déductibles ;
- 40 000 € de gains.
Si vous sortez tout en capital en une fois :
- 80 000 € seront imposés au barème de l’IR avec abattement de 10 % ;
- 40 000 € seront taxés au PFU (30 %), soit 12 000 € d’impôt et prélèvements sociaux.
Si ces 80 000 € vous font passer d’une tranche à 11 % à 30 %, la facture peut devenir très salée. D’où l’intérêt d’étaler les retraits sur plusieurs années.
Sortie en rente viagère : sécurité, mais complexité fiscale
Avec la rente viagère, vous transformez votre capital en un revenu régulier versé à vie. Avantages :
- sécurité : vous ne risquez pas de « trop retirer » et de vous retrouver à sec ;
- simplicité budgétaire : vous connaissez à l’avance votre revenu mensuel ;
- gestion transférée à l’assureur.
En contrepartie, vous renoncez à votre capital : à votre décès, il n’est plus dans votre patrimoine (sauf options de réversion ou garanties spécifiques, qui diminuent le niveau de la rente).
Côté fiscalité, il faut distinguer à nouveau :
- Rente issue de versements déductibles :
- elle est imposée comme une pension de retraite ;
- donc soumise au barème de l’IR, avec abattement de 10 % ;
- et aux prélèvements sociaux applicables aux pensions (CSG, CRDS, CASA selon votre revenu fiscal de référence).
- Rente issue de versements non déductibles (rente viagère à titre onéreux) :
- seule une fraction de la rente est imposable (fonction de votre âge au moment de la mise en service) ;
- cette fraction varie par exemple :
- 70 % si vous avez moins de 50 ans,
- 50 % de 50 à 59 ans,
- 40 % de 60 à 69 ans,
- 30 % à partir de 70 ans ;
- la fraction imposable est taxée au barème de l’IR ;
- des prélèvements sociaux sont également dus sur cette fraction.
En résumé, la rente est fiscalement plus ou moins lourde selon l’origine des versements… et beaucoup dépend de votre taux marginal d’imposition à la retraite.
Capital vs rente : comment arbitrer en pratique ?
On entre ici dans le cœur du sujet : dans quels cas privilégier le capital, la rente, ou un mix ? Il n’y a pas de réponse universelle, mais des profils types et des questions clés à se poser.
Quand la sortie en capital est souvent plus pertinente
La sortie en capital est généralement intéressante si :
- vous avez un projet clair nécessitant du cash (rembourser un crédit, travaux, achat de résidence principale ou secondaire, transmission, investissement locatif…) ;
- votre taux marginal d’imposition à la retraite est encore élevé et vous souhaitez piloter finement vos revenus imposables ;
- vous avez une bonne discipline financière et êtes capable de gérer vous-même la durée de votre capital ;
- vous disposez d’autres sources de revenus réguliers (pensions, loyers, dividendes) et votre besoin de « rente » est limité.
Dans ce cas, la stratégie consiste souvent à :
- étaler les retraits sur plusieurs années pour rester dans des tranches d’imposition raisonnables ;
- jouer sur l’arbitrage entre PFU et barème pour la taxation des gains ;
- réinvestir une partie du capital dans des supports plus flexibles (compte-titres, assurance-vie) si vous n’avez pas besoin de tout immédiatement.
Cas pratique :
Vous êtes à la retraite, vos pensions représentent 25 000 € par an, vous êtes en tranche à 11 %. Vous disposez d’un PER de 100 000 € (70 000 € déductibles + 30 000 € de gains).
Sortir 100 000 € en une fois pourrait vous propulser dans une tranche à 30 %, ce qui augmente nettement l’impôt total. À l’inverse, si vous sortez par tranches de 20 000 € sur 5 ans, vous gardez un meilleur contrôle sur votre fiscalité et l’abattement de 10 % s’applique chaque année sur la partie correspondant aux versements déductibles.
Quand la rente viagère a vraiment du sens
La rente viagère est plus adaptée si :
- votre priorité est la sérénité et la sécurité d’un revenu à vie ;
- vous avez peu ou pas d’autres revenus récurrents sécurisés ;
- vous craignez de mal gérer votre capital (risque de tout consommer trop vite ou de mal investir) ;
- votre espérance de vie (compte tenu de votre santé, antécédents familiaux) est raisonnablement longue, ce qui rend la rente potentiellement « rentable » ;
- une rente de réversion pour votre conjoint(e) est un objectif important.
La rente se compare à une sorte de « assurance longévité » : vous sacrifiez la liquidité du capital mais vous éliminez le risque de vivre très longtemps avec des revenus insuffisants.
Fiscalement, la rente peut aussi être intéressante si, à la retraite :
- votre taux marginal d’imposition est modéré ;
- l’abattement de 10 % sur les pensions joue en votre faveur ;
- ou encore si vous percevez une rente viagère à titre onéreux (versements non déductibles) avec une fraction imposable limitée à 30–40 % de la rente.
La voie médiane : la sortie mixte
Dans de nombreux cas, la meilleure solution n’est ni 100 % capital, ni 100 % rente, mais une combinaison :
- une partie du PER est convertie en rente, pour sécuriser un « socle » de revenus stables ;
- le reste est récupéré en capital, à utiliser ou à réinvestir selon vos projets.
Concrètement, cela permet par exemple :
- de couvrir vos dépenses fixes (logement, alimentation, charges, mutuelle) grâce à la rente ;
- d’utiliser le capital pour :
- rembourser un prêt,
- effectuer des travaux,
- constituer une réserve de précaution,
- transmettre une partie du patrimoine à vos enfants,
- ou investir dans des actifs à impact (SCPI solidaires, fonds ESG, obligations vertes, etc.).
C’est souvent ce mix qui permet de concilier sécurité, flexibilité et optimisation fiscale.
Les principaux pièges à éviter au moment de la sortie
Même des épargnants avertis tombent dans certains pièges classiques. Quelques points de vigilance :
- Sortir tout en une fois « parce que c’est plus simple » :
- c’est parfois la pire option fiscalement ;
- un étalement sur quelques années peut réduire fortement la facture d’impôt.
- Oublier l’impact sur les prestations sociales :
- des sorties importantes de capital peuvent faire grimper votre revenu fiscal de référence ;
- avec impact possible sur certaines aides ou exonérations (taxe d’habitation résiduelle, CSG réduite, etc.).
- Ne pas tenir compte de la fiscalité successorale :
- en rente, le capital disparaît en grande partie de l’héritage ;
- en capital, vous gardez une marge pour organiser des donations ou une transmission plus fine.
- Ignorer les frais :
- la conversion en rente s’accompagne parfois de frais ou de tables de mortalité peu favorables ;
- certains PER facturent des frais de sortie, de gestion sur rente, etc. : à analyser en détail.
- Ne pas distinguer versements déductibles / non déductibles :
- mélanger les deux conduit à des approximations ;
- il faut idéalement savoir, contrat à l’appui, quelle part de votre PER relève de chaque « compartiment » fiscal.
Une méthode en 5 étapes pour choisir votre stratégie de sortie PER
Pour passer de la théorie à l’action, voici une approche structurée, proche de ce que ferait un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en retraite.
Étape 1 – Cartographier votre PER
- Demandez à votre assureur/gestionnaire un état détaillé de votre PER ;
- identifiez :
- le montant total,
- la part des versements déductibles,
- la part des versements non déductibles,
- le montant des gains sur chaque compartiment.
Étape 2 – Faire le point sur vos revenus à la retraite
- Listez vos revenus prévus :
- pensions de base et complémentaires,
- loyers,
- dividendes, intérêts, autres rentes.
- Estimez votre taux marginal d’imposition prévisible sans le PER ;
- regardez votre besoin de revenus supplémentaires pour atteindre votre niveau de vie cible.
Étape 3 – Simuler différents scénarios de sortie
- Scénario 100 % capital (en une fois, puis étalé sur X ans) ;
- Scénario 100 % rente ;
- Scénario mixte (par exemple 50 % rente / 50 % capital) ;
- Pour chaque scénario, estimez :
- le revenu annuel imposable,
- l’impôt annuel correspondant,
- la « durée de vie » potentielle du capital (dans les scénarios en capital) selon différents rendements.
Sans logiciel spécialisé, cela peut paraître fastidieux, mais une simple feuille Excel et les tranches d’imposition actualisées permettent déjà de dégrossir très correctement le sujet.
Étape 4 – Intégrer vos objectifs personnels et patrimoniaux
- Quelle importance accordez-vous à la sécurité d’un revenu garanti à vie ?
- Souhaitez-vous transmettre une partie significative de votre patrimoine à vos héritiers ?
- Êtes-vous à l’aise avec l’idée de gérer un capital (arbitrages, flux de retraits, placements) ?
- Quel est votre état de santé et celui de votre conjoint(e) ? (question froide mais essentielle pour évaluer l’intérêt d’une rente).
À ce stade, l’arbitrage devient plus clair : si la sécurité l’emporte, la rente prend du poids ; si la transmission et la flexibilité priment, le capital devient prioritaire.
Étape 5 – Découper dans le temps
La stratégie choisie n’est pas forcément figée dès le premier jour de la retraite. Vous pouvez :
- commencer par une sortie en capital partielle pour certains projets essentiels ;
- attendre quelques années pour convertir le solde en rente, lorsque votre situation de santé, de couple ou fiscale sera plus lisible ;
- ou, inversement, démarrer immédiatement avec une rente sur une partie du capital et garder une autre poche en réserve.
L’idée n’est pas seulement de choisir « rente ou capital », mais de choisir un chemin de sortie, adapté à votre trajectoire de vie, à vos valeurs (y compris d’investissement responsable) et à vos contraintes fiscales.
En résumé : faire du PER un outil, pas une prison fiscale
Le PER est un excellent outil d’optimisation fiscale à l’entrée, mais la vraie valeur se joue à la sortie. Rente, capital ou mix : chacune de ces options peut être pertinente… ou catastrophique, selon votre contexte.
La clé est de :
- bien distinguer versements déductibles et non déductibles ;
- raisonner en taux marginal d’imposition futur, pas seulement en impôt économisé dans le passé ;
- ne pas se précipiter sur une sortie en une fois « par simplicité » ;
- intégrer vos enjeux de sécurité, de transmission et vos convictions d’investisseur responsable.
Si vous avez un PER significatif (50 000 €, 100 000 € ou plus), passer par cette réflexion structurée – éventuellement avec un conseiller indépendant réellement au clair sur la fiscalité du PER – n’est pas un luxe. C’est le moyen de transformer un simple produit d’épargne retraite en véritable levier de stratégie patrimoniale… et de vous assurer que l’outil reste au service de votre vie, et non l’inverse.
