Accueil Blog Page 4

Société scm : fonctionnement, avantages et limites pour les professions libérales

0

SCM : l’outil (trop) sous-estimé des professions libérales

Vous êtes médecin, avocat, kiné, expert-comptable, consultant indépendant… et vous en avez assez de gérer seul vos loyers, votre secrétaire, vos abonnements logiciels, votre photocopieur qui tombe en panne au pire moment ?

La société civile de moyens (SCM) est précisément conçue pour ça : mutualiser les charges, sans toucher à votre indépendance professionnelle ni partager vos honoraires.

Problème : beaucoup de professionnels libéraux signent des statuts de SCM sans vraiment comprendre l’outil. Résultat : conflits sur la répartition des charges, sorties compliquées d’associés, et parfois contrôle fiscal à la clé.

Dans cet article, on va décortiquer la SCM comme un dossier client :

  • Comment ça fonctionne concrètement ?
  • Quels avantages réels… et pour qui ?
  • Quelles limites et points de vigilance avant de signer ?
  • SCM, SCP, SEL : comment choisir le bon véhicule ?
  • SCM : définition simple et logique économique

    La SCM (société civile de moyens) est une société civile prévue par la loi du 29 novembre 1966. Sa vocation est très claire : mettre en commun des moyens matériels et humains entre plusieurs professionnels libéraux, sans exercer leur activité à leur place.

    Autrement dit :

  • la SCM n’a pas de patient, pas de client, pas de chiffre d’affaires propre lié à votre activité professionnelle ;
  • elle ne fait que refacturer des charges à ses associés (loyers, salaires, abonnement logiciel, matériel, etc.) ;
  • chaque professionnel reste indépendant pour son activité, ses honoraires, sa clientèle, sa fiscalité.
  • On peut la voir comme une “coopérative de charges” : on met en commun le coût des moyens de fonctionnement, pas les recettes.

    Que peut (et ne peut pas) faire une SCM ?

    Pour bien comprendre la portée de la SCM, il faut distinguer très clairement ce qui est autorisé de ce qui est interdit.

    Une SCM peut :

  • prendre un bail pour des locaux et les mettre à disposition des associés ;
  • acheter, louer ou financer du matériel professionnel (fauteuils, imprimantes, logiciel métier, téléphonie, etc.) ;
  • embaucher du personnel administratif (secrétaire, comptable interne, assistant) ;
  • supporter des frais courants (électricité, internet, consommables, ménage…) ;
  • refacturer ces charges à ses associés selon une clé prévue aux statuts (par exemple au prorata du chiffre d’affaires, du nombre de cabinets, de la surface occupée, du temps de présence…).
  • Une SCM ne peut pas :

  • exercer l’activité professionnelle des associés (pas d’actes médicaux, pas de conseils juridiques, pas d’expertises en son nom) ;
  • encaisser les honoraires des associés comme si elle était une “société d’exploitation” ;
  • faire de bénéfices en vendant des prestations à des tiers (ce n’est pas son objet) ;
  • réaliser des placements ou opérations spéculatives sans lien avec son objet (elle reste une société civile).
  • Si la SCM commence à facturer des prestations externes, à fixer des honoraires ou à organiser la mise en commun des recettes, l’administration peut requalifier la structure (avec, à la clé, un redressement fiscal possible).

    Fonctionnement concret : comment s’organise une SCM ?

    Juridiqement, la SCM est une société civile de droit commun :

  • au minimum 2 associés (personnes physiques ou morales, généralement des professionnels libéraux) ;
  • un capital social libre (souvent très faible : 1 000 €, parfois moins) ;
  • des statuts écrits obligatoires (acte sous seing privé ou notarié) ;
  • immatriculation au RCS et tenue d’une comptabilité.
  • Au quotidien, le mécanisme est assez simple :

  • La SCM paye les charges communes : loyer, charges locatives, salaires du secrétariat, factures d’énergie, abonnements logiciels, etc.
  • Elle calcule la part de chaque associé selon une clé définie à l’avance (par exemple : 40 % pour le Dr A, 40 % pour le Dr B, 20 % pour la psychologue C).
  • Elle émet des “notes de refacturation” aux associés, qui les passent en charges dans leur comptabilité professionnelle.
  • La SCM ne doit pas dégager de bénéfice significatif : sa vocation est de couvrir ses charges, point.
  • Si un excédent apparaît (par exemple parce qu’un associé est parti en cours d’année), il peut être :

  • soit remboursé aux associés (régularisation) ;
  • soit laissé en réserve pour financer un futur investissement.
  • L’important : justifier la logique des clés de répartition et la cohérence entre charges supportées et refacturées.

    Fiscalité d’une SCM : là où beaucoup se trompent

    La SCM n’est pas une structure d’optimisation fiscale. C’est une structure de répartition de charges.

    En principe :

  • la SCM est dite “translucide” fiscalement : elle ne paie pas d’impôt sur le revenu ni d’impôt sur les sociétés sur les refacturations faites aux associés ;
  • chaque associé déduit dans sa propre déclaration professionnelle la part de charges qui lui est refacturée ;
  • la SCM peut être soumise à la TVA selon la nature de l’activité de ses membres et des prestations refacturées (cas fréquent dans les professions non exonérées de TVA).
  • Point de vigilance TVA : si les associés exercent une activité exonérée de TVA (médecins, certaines professions paramédicales…), la SCM qui leur refacture des charges liées à cette activité est, en principe, elle aussi exonérée sur ces refacturations. En revanche, si certains associés sont assujettis à la TVA et d’autres non, les choses se compliquent : il faudra segmenter les flux et se faire accompagner par un expert-comptable.

    La SCM peut théoriquement opter pour l’impôt sur les sociétés, mais l’intérêt est très limité dans le cadre classique d’une SCM de partage de charges. On reste donc presque toujours sur un schéma de pure transparence fiscale.

    Les vrais avantages d’une SCM pour les professions libérales

    Pourquoi créer une SCM plutôt que de faire au plus simple et de “partager les factures” à la main ?

    1. Mutualisation des coûts et économies d’échelle

    À plusieurs, vous pouvez :

  • négocier un meilleur loyer sur un plateau de bureaux plus grand ;
  • obtenir des remises sur le matériel ou les logiciels métiers ;
  • répartir le coût d’un secrétariat commun, d’un standard téléphonique, d’un CRM ou d’un outil de prise de rendez-vous en ligne.
  • Sur 5 ou 10 ans, les économies peuvent être significatives, surtout dans les grandes villes où l’immobilier et le personnel coûtent cher.

    2. Visibilité et image professionnelle renforcées

    Une SCM permet souvent d’accéder à :

  • des locaux mieux situés (centre-ville, quartier d’affaires, proximité des transports) ;
  • un plateau pluridisciplinaire (par exemple : médecins généralistes + spécialistes + infirmiers + psychologues) ;
  • un meilleur accueil pour les patients ou clients (salle d’attente, secrétariat, accessibilité).
  • En termes de perception, un cabinet organisé, doté d’une équipe administrative, rassure souvent la clientèle et renforce le sérieux perçu.

    3. Indépendance totale sur l’activité professionnelle

    C’est un point clé : contrairement à une SCP ou une SEL, la SCM ne remet pas en cause :

  • votre clientèle propre ;
  • votre niveau d’honoraires ;
  • votre façon de travailler ;
  • votre régime fiscal et social individuel.
  • Vous restez maître à bord de votre activité, tout en partageant seulement le “back-office”. Pour beaucoup de libéraux qui veulent coopérer sans se “marier”, c’est le compromis idéal.

    4. Souplesse de fonctionnement

    Les statuts peuvent prévoir beaucoup de flexibilité :

  • clés de répartition adaptées à la réalité (surface occupée, temps de présence, nombre de consultations, chiffre d’affaires…) ;
  • possibilité d’ajuster ces clés par simple décision des associés ;
  • organes de gestion simples (un ou plusieurs gérants, rotation possible, etc.).
  • Bien rédigée, une SCM permet d’évoluer dans le temps sans tout remettre en cause.

    Les limites (et pièges fréquents) d’une SCM

    La SCM n’est pas la solution magique pour tous les groupes de professionnels libéraux. Elle présente aussi des limites structurelles.

    1. Responsabilité indéfinie et conjointe des associés

    Comme toute société civile, une SCM implique que les associés sont :

  • indéfiniment responsables des dettes sociales (sur leur patrimoine personnel) ;
  • à proportion de leur part dans le capital, vis-à-vis des coassociés… mais conjointement tenus vis-à-vis des créanciers.
  • En pratique, si la SCM ne peut pas payer un loyer ou le salaire du personnel, le bailleur ou l’URSSAF peut se retourner contre les associés.

    2. Source potentielle de conflits si les règles ne sont pas claires

    Les désaccords les plus fréquents portent sur :

  • la clé de répartition des charges : “Je travaille moins de jours que toi, je ne dois pas payer autant…” ;
  • les investissements : “Pourquoi acheter ce matériel cher alors que ça ne me sert pas ?” ;
  • les entrées et sorties d’associés : “Qui rembourse les parts ? À quel prix ?”
  • Sans statuts précis ni pacte d’associés, ces sujets peuvent rapidement empoisonner l’ambiance de travail.

    3. Aucune mutualisation des recettes ni de la performance

    Pour certains projets, la SCM est simplement trop limitée. Si votre logique est de :

  • partager non seulement les charges, mais aussi les honoraires ;
  • construire une marque commune et une offre globale ;
  • intéresser les jeunes associés à la performance globale du cabinet ;
  • … alors un autre véhicule (SCP, SEL, société commerciale) sera plus adapté.

    4. Protection sociale et retraite : aucun effet

    La SCM ne change pas votre statut individuel :

  • un médecin reste soumis à son régime libéral, avec ses propres cotisations URSSAF, CARMF, etc. ;
  • un avocat reste affilié à sa caisse et à l’Ordre ;
  • un consultant freelance reste travailleur non salarié (TNS) ou assimilé, selon sa structure.
  • La SCM ne vous offre aucune couverture sociale ou retraite supplémentaire : c’est un outil de mutualisation de charges, pas un outil de protection individuelle.

    SCM, SCP, SEL… comment s’y retrouver ?

    Pour savoir si la SCM est la bonne solution, il faut la comparer rapidement aux autres formes les plus fréquentes de société entre professions libérales.

    SCM : société civile de moyens

  • Objet : partager les moyens (charges) ;
  • Honoraires : restent individuels ;
  • Indépendance : maximale pour chaque professionnel ;
  • Fiscalité : transparente, refacturation de charges ;
  • Idéal si : on veut “faire cabinet ensemble” sans se lier sur les revenus.
  • SCP : société civile professionnelle

  • Objet : exercice en commun de la profession ;
  • Honoraires : encaissés par la SCP, puis répartis ;
  • Clientèle : en principe, clientèle de la SCP et non de chaque associé ;
  • Fiscalité : imposition chez les associés, mais recettes centralisées ;
  • Idéal si : on veut un cabinet réellement commun, avec partage des risques et des recettes.
  • SEL (SELARL, SELAS, etc.) : société d’exercice libéral

  • Objet : exercice libéral sous forme de société de capitaux ;
  • Honoraires : facturés par la SEL ;
  • Structure : plus proche d’une société commerciale (SARL, SAS) ;
  • Intérêt : structurer un cabinet important, ouvrir le capital, optimiser la stratégie patrimoniale ;
  • Idéal si : l’on vise un développement important, une transmission, une association progressive de jeunes professionnels.
  • En résumé : la SCM est l’outil le plus simple quand on veut juste partager les coûts, pas l’activité ni la clientèle.

    Points clés à prévoir dans les statuts d’une SCM

    Une SCM fonctionne bien si les statuts ont été rédigés avec sérieux. Voici les clauses à ne surtout pas bâcler.

    1. Objet social précis

    Il doit mentionner uniquement :

  • la mise en commun de moyens matériels et humains ;
  • l’exclusion de toute activité d’exercice professionnel ;
  • la possibilité de prêter des moyens à des tiers (si souhaité), en restant dans une logique accessoire et non lucrative.
  • 2. Clé de répartition des charges

    Le cœur de la mécanique. On peut combiner plusieurs critères :

  • surface occupée ;
  • temps de présence ;
  • nombre d’actes ou de dossiers ;
  • chiffre d’affaires généré.
  • Bon réflexe : prévoir dès le départ une procédure d’ajustement des clés (par vote en assemblée, par avenant simple, etc.).

    3. Modalités d’entrée et de sortie des associés

    À traiter noir sur blanc :

  • conditions d’agrément des nouveaux associés ;
  • évaluation des parts (valeur nominale ? prise en compte des réserves ? des investissements ?) ;
  • délai de préavis en cas de départ ;
  • répartition des charges jusqu’à la date effective de sortie.
  • 4. Gouvernance et gestion quotidienne

    Qui décide :

  • des gros investissements (achat d’équipement, déménagement) ?
  • des embauches et licenciements du personnel ?
  • des négociations avec le bailleur ?
  • Préciser les pouvoirs du gérant, les seuils d’engagement, la fréquence des assemblées, le mode de vote (majorité simple, qualifiée…).

    SCM et impact : peut-on en faire un levier d’organisation responsable ?

    On ne parle pas ici d’ESG au sens financier du terme, mais une SCM bien pensée peut aussi être un outil d’impact au quotidien :

  • locaux mieux isolés, équipements moins énergivores, achats groupés responsables ;
  • conditions de travail plus stables et qualitatives pour le personnel administratif ;
  • meilleure coordination entre professionnels (pluridisciplinarité) au bénéfice des patients ou clients.
  • Mutualiser les moyens, c’est aussi l’occasion de professionnaliser la gestion, d’adopter des pratiques plus durables et de mieux respecter le bien-être de l’équipe support.

    SCM : dans quels cas c’est une bonne idée (et dans quels cas non) ?

    La SCM est généralement pertinente quand :

  • vous êtes 2 à 10 professionnels libéraux qui souhaitent partager un cabinet ;
  • chacun veut garder sa clientèle propre et sa liberté de facturation ;
  • vous avez des charges de structure significatives (locaux, personnel, IT) ;
  • vous cherchez surtout de la simplicité et un minimum de formalisme.
  • Elle est moins adaptée si :

  • vous voulez construire une “marque” et une offre commune unifiée ;
  • vous souhaitez mutualiser les risques et les résultats ;
  • vous envisagez à terme des levées de fonds, l’entrée d’investisseurs, ou une valorisation forte de la structure ;
  • vous êtes déjà dans une logique de groupe structuré avec plusieurs sites et une vraie stratégie de développement.
  • Dans ces cas-là, la SCM peut rester un outil annexe (pour les moyens), mais il faudra souvent articuler une ou plusieurs SCM avec une structure d’exercice (SCP, SEL, société commerciale) plus ambitieuse.

    Avant de signer des statuts de SCM, deux réflexes simples :

  • poser à plat, noir sur blanc, le projet de collaboration (qui fait quoi, qui paie quoi, qui décide quoi, qui reste propriétaire de quoi ?) ;
  • faire valider les statuts par un avocat ou un expert-comptable qui connaît bien les professions libérales.
  • Une SCM bien conçue, c’est un cadre clair, des coûts maîtrisés, une vie de cabinet plus fluide… et moins de temps passé à gérer les factures et les conflits, plus de temps pour votre cœur de métier.

    Per deblocage : dans quels cas pouvez-vous récupérer votre épargne et avec quelle fiscalité

    Rappel express : à quoi sert vraiment un PER ?

    Le Plan d’Épargne Retraite (PER) a été pensé pour une chose : vous aider à vous constituer un revenu complémentaire pour la retraite, avec une carotte fiscale à l’entrée. En contrepartie, l’argent est… bloqué. Et c’est là que les ennuis commencent, quand on a besoin de son épargne avant l’âge légal.

    Avant de parler déblocage, deux points à garder en tête :

  • Le PER n’est pas un livret A amélioré : c’est un outil de long terme avec une logique fiscale précise.
  • La fiscalité de sortie dépend à la fois du motif du déblocage et de l’origine des versements (volontaires, épargne salariale, versements obligatoires).
  • Si vous ne savez plus exactement ce que vous avez versé, rassurez-vous : votre assureur ou votre banque est obligée de vous le détailler. Et c’est indispensable pour ne pas faire d’erreur au moment de sortir le capital.

    Blocage du PER : la règle générale… et pourquoi elle surprend

    La règle de base est simple :

  • Votre épargne est bloquée jusqu’à la retraite (âge légal ou départ effectif si plus tard).
  • Vous ne pouvez la récupérer qu’à ce moment-là, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi.
  • Ce qui surprend souvent :

  • Peu de conseillers insistent assez sur le caractère vraiment bloqué de l’épargne.
  • Les épargnants confondent PER et assurance-vie, alors que la logique est très différente.
  • Bonne nouvelle : il existe plusieurs fenêtres de sortie. Les connaître précisément, c’est éviter de se retrouver coincé avec une épargne dont vous auriez vraiment besoin… ou de déclencher un déblocage dans des conditions fiscales défavorables.

    Les 6 cas de déblocage anticipé pour « accidents de la vie »

    En dehors de la retraite et de l’achat de la résidence principale (on y revient juste après), la loi prévoit 6 cas de déblocage anticipé du PER, qu’on appelle les « accidents de la vie » :

  • Invalidité : de vous-même, de votre conjoint/partenaire de PACS ou de vos enfants, correspondant à une invalidité de 2e ou 3e catégorie.
  • Décès du conjoint ou du partenaire de PACS : séparation brutale de revenus, souvent synonyme de besoin urgent de liquidités.
  • Expiration des droits au chômage : vous avez été licencié, vous avez touché l’allocation chômage, et vos droits sont arrivés à terme.
  • Surendettement : sur demande de la commission de surendettement (Banque de France) ou du juge.
  • Cessation d’activité non salariée suite à une liquidation judiciaire : typiquement, un entrepreneur individuel ou un gérant majoritaire qui ferme son activité.
  • Absence de mandat social ou de contrat de travail suite à la non-reconduction d’un mandat (dirigeant, etc.) et inscription à Pôle emploi.
  • Dans tous ces cas, vous pouvez demander le déblocage anticipé de votre PER, généralement sous forme de capital.

    Points de vigilance :

  • Le déblocage n’est pas automatique : vous devez en faire la demande, justificatifs à l’appui.
  • Chaque gestionnaire de PER (banque, assureur) a ses propres procédures et délais de traitement.
  • Vous pouvez choisir de débloquer tout ou partie de votre PER (sauf cas particuliers, à vérifier dans votre contrat).
  • Et surtout : ces déblocages anticipés ont une fiscalité spécifique. On y vient, mais avant, parlons du cas qui intéresse beaucoup de monde… l’achat de la résidence principale.

    Achat de la résidence principale : le cas spécial qui change tout

    C’est la grande nouveauté du PER par rapport aux anciens dispositifs (PERP, Madelin, etc.) : vous pouvez utiliser votre épargne avant la retraite pour acheter votre résidence principale.

    Concrètement, vous pouvez demander le déblocage :

  • Pour l’achat de votre résidence principale (pas une résidence secondaire, pas un investissement locatif).
  • Lors d’un premier achat… ou même si vous n’êtes plus primo-accédant, tant que le bien devient votre résidence principale (la règle est plus souple qu’en PEL).
  • En pratique, vous allez devoir fournir :

  • Un compromis de vente ou une promesse d’achat signée.
  • Une attestation de votre banque ou du notaire précisant l’opération.
  • Attention au timing : un déblocage de PER ne se fait pas en 72 heures. Il faut anticiper dans votre montage de financement, quitte à prévenir votre notaire et votre conseiller bancaire que l’un des apports vient d’un PER.

    Côté fiscalité, c’est un cas à part :

  • La part correspondant à vos versements volontaires (déduits ou non) est exonérée d’impôt sur le revenu dans le cadre d’un achat de résidence principale.
  • Les gains (plus-values) restent soumis aux prélèvements sociaux de 17,2 %.
  • Autrement dit, si vous avez utilisé le PER pour optimiser vos impôts et que vous l’utilisez finalement pour acheter votre résidence principale, la sortie est beaucoup plus douce fiscalement qu’à la retraite. Cela peut même devenir une vraie stratégie de préparation d’apport… à condition de bien maîtriser les règles.

    Sortie à la retraite : capital, rente, ou les deux ?

    Une fois à la retraite (ou à l’âge légal si vous partez plus tard), vous avez plusieurs options :

  • Sortie en capital : en une fois ou de manière fractionnée.
  • Sortie en rente viagère : un revenu régulier jusqu’à votre décès.
  • Sortie mixte : une partie en capital, une partie en rente.
  • Le gros avantage du PER « nouvelle génération » : vous n’êtes plus obligé de sortir uniquement en rente, comme c’était le cas pour certains anciens dispositifs.

    Comment choisir ? Quelques repères :

  • La sortie en capital donne de la flexibilité (rembourser un crédit, financer un projet, aider les enfants…), mais elle peut augmenter fortement votre impôt l’année de la sortie si vous sortez tout d’un coup.
  • La rente viagère joue le rôle de « deuxième pension » mais elle est peu réversible, et dépend des conditions de rente (taux de conversion, options de réversion, etc.).
  • La sortie fractionnée est souvent un bon compromis pour lisser la fiscalité sur plusieurs années.
  • Le bon réflexe : faire une simulation fiscale avant de demander la sortie, surtout si vous avez des montants importants sur le PER.

    Fiscalité des sorties : tout dépend de l’origine des versements

    C’est ici que beaucoup de gens se perdent. Pour comprendre la fiscalité de sortie du PER (anticipée ou à la retraite), il faut distinguer :

  • Versements volontaires :
    • Déduits de votre revenu imposable à l’entrée.
    • Non déduits (vous avez renoncé à l’avantage fiscal).
  • Épargne salariale : intéressement, participation, abondement, transférés sur le PER.
  • Versements obligatoires : dans les PER collectifs obligatoires en entreprise.
  • On va passer en revue les grandes situations, en restant sur les règles de base.

    Sortie des versements volontaires déduits : le « boomerang fiscal »

    Si, au moment de verser sur votre PER, vous avez choisi la déduction fiscale (c’est le cas le plus fréquent), alors :

  • À l’entrée : vous avez réduit votre revenu imposable (donc votre impôt) de vos versements.
  • À la sortie : le fisc vient reprendre sa part.
  • Dans le détail :

  • Sortie en capital (hors achat résidence principale) :
    • La part correspondant à vos versements est imposée au barème de l’IR comme un revenu (TMI 11 %, 30 %, 41 %, 45 %… selon votre tranche).
    • Les gains (plus-values) sont soumis au PFU de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option globale pour le barème.
  • Sortie en rente viagère :
    • La rente est imposée comme une pension de retraite.
    • Vous bénéficiez de l’abattement de 10 % applicable aux pensions, puis la rente est imposée au barème.
    • Des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.) s’appliquent également.

    Fiscalement, le PER fonctionne donc comme un décalage : économie d’impôt aujourd’hui, fiscalité demain. L’intérêt est maximal si :

  • Votre taux marginal d’imposition est élevé pendant votre vie active (30 % et plus).
  • Et plus faible à la retraite (vous récupérez le capital avec un TMI plus bas).
  • Sortie des versements volontaires non déduits : l’angle mort méconnu

    Si vous avez volontairement renoncé à la déduction fiscale à l’entrée (par exemple parce que vous étiez faiblement imposé), vous avez une situation intéressante :

  • Vous avez versé avec de l’argent déjà imposé.
  • À la sortie, l’administration fiscale en tient compte.
  • En sortie :

  • En capital :
    • La part correspondant à vos versements est exonérée d’IR.
    • Les gains sont soumis aux prélèvements sociaux de 17,2 % et, selon les cas, au PFU si assimilés à des produits de placement.
  • En rente :
    • La rente est alors traitée comme une rente viagère à titre onéreux : seule une fraction est imposable (qui dépend de votre âge à la mise en place de la rente).
    • Le reste est exonéré d’IR mais soumis aux prélèvements sociaux.

    Ce cas est souvent sous-exploité, alors qu’il peut être pertinent pour un épargnant peu ou pas imposable aujourd’hui mais qui veut profiter de la structure du PER (gestion pilotée, enveloppe long terme, cadre retraite).

    Épargne salariale logée sur le PER : une logique encore différente

    Si vous avez transféré sur votre PER de l’intéressement, de la participation ou un abondement de votre employeur, la fiscalité à la sortie n’est pas la même que pour les versements volontaires.

    À la sortie :

  • Sortie en capital :
    • La part correspondant à l’épargne salariale (hors gains) est en principe exonérée d’impôt sur le revenu.
    • Les plus-values sont soumises aux prélèvements sociaux de 17,2 %.
  • Sortie en rente :
    • Régime proche de la rente viagère à titre onéreux, avec imposition d’une fraction seulement.

    C’est l’une des raisons pour lesquelles loger de l’épargne salariale sur un PER peut être fiscalement intéressant, à condition de bien anticiper vos besoins de liquidités (notamment par rapport au PEE ou au PEG, plus souples).

    Versements obligatoires sur PER d’entreprise : le cas spécifique

    Dans un PER obligatoire (anciennement article 83), les versements de l’employeur et du salarié sont obligatoires et viennent alimenter un compartiment spécifique de votre PER.

    À la sortie retraite :

  • La sortie se fait le plus souvent en rente viagère (les possibilités de sortie en capital sont limitées, selon les textes et le règlement du plan).
  • La rente est imposée comme une pension de retraite (avec abattement de 10 %).
  • En cas de déblocage anticipé pour accident de la vie, là encore, la fiscalité s’aligne en grande partie sur celle des rentes ou capitaux de retraite, avec des nuances selon le motif. Ce type de PER illustre bien pourquoi il est fondamental de distinguer chaque compartiment de votre plan.

    Fiscalité en cas de déblocage anticipé : ce qu’il faut retenir

    En résumé, pour les déblocages anticipés (hors achat résidence principale) :

  • Les versements volontaires déduits restent, en principe, imposés à la sortie (capital ou rente) comme à la retraite, sauf situations particulières prévues par la loi.
  • Les versements volontaires non déduits conservent leur traitement favorable (non-imposés à l’IR sur le capital versé, seuls les gains supportent les prélèvements sociaux).
  • L’épargne salariale bénéficie d’un régime proche de celui décrit plus haut : capital souvent exonéré d’IR, gains soumis aux prélèvements sociaux.
  • Certains cas, notamment l’invalidité lourde, peuvent bénéficier d’un traitement fiscal plus doux (exonérations partielles ou totales d’IR sur certaines composantes), mais ces dispositifs sont techniques et évolutifs. Dans ces situations, l’appui d’un professionnel ou d’un fiscaliste est vivement recommandé, ne serait-ce que pour vérifier l’application des bonnes cases dans votre déclaration.

    Stratégies pratiques : comment décider de débloquer (ou pas) ?

    Au-delà des règles, la vraie question est : quand est-ce pertinent de débloquer son PER ?

    Quelques repères opérationnels :

  • En cas d’accident de la vie : le PER doit jouer son rôle de coussin de sécurité. Si vous remplissez les conditions légales, il est souvent pertinent de débloquer, quitte à reconstituer plus tard une épargne retraite une fois la situation stabilisée.
  • Pour l’achat de la résidence principale :
    • Si vous avez bénéficié d’une forte déduction fiscale à l’entrée et que votre TMI serait élevé à la retraite, utiliser le PER comme apport immobilier peut être très efficace : sortie fiscalement adoucie par rapport à une sortie retraite classique.
    • En revanche, si votre PER est votre principale épargne retraite, attention à ne pas le vider complètement pour un achat immobilier « coup de cœur ».
  • Au moment de la retraite :
    • Évitez les sorties massives en une seule année si cela vous fait passer dans une tranche d’impôt supérieure.
    • Envisagez des sorties fractionnées, synchronisées avec d’autres décisions patrimoniales (donations, baisse de revenus, rachat de trimestres, etc.).
  • Si vous n’êtes pas ou peu imposable :
    • Ne cherchez pas à tout prix à déduire vos versements à l’entrée : vous récupérerez cette flexibilité en sortie, notamment en capital, avec une fiscalité très faible.

    Les pièges fréquents à éviter

    Pour finir sur du très concret, voici les erreurs que je vois revenir régulièrement chez les épargnants :

  • Penser que le PER est « rachetable » comme une assurance-vie : c’est faux, sauf cas de déblocage prévus par la loi. Ne mettez pas sur un PER l’argent dont vous pourriez avoir besoin à moyen terme, à moins de viser clairement l’achat de la résidence principale.
  • Oublier de distinguer les compartiments : mélanger dans sa tête versements volontaires, épargne salariale et versements obligatoires, c’est le meilleur moyen de mal anticiper la fiscalité de sortie.
  • Se focaliser uniquement sur l’avantage fiscal à l’entrée : un PER ne se juge pas uniquement à la réduction d’impôt immédiate. C’est le couple entrée/sortie qui compte, en fonction de votre trajectoire de revenus.
  • Ne pas anticiper le calendrier :
    • Un déblocage pour achat de résidence principale ne se fait pas en dernière minute avant la signature chez le notaire.
    • Un déblocage pour accident de la vie nécessite des justificatifs parfois longs à obtenir.
  • Sortir tout en une fois à la retraite par réflexe : alors que, dans beaucoup de cas, une sortie échelonnée sur plusieurs années permet de réduire l’impôt global payé.
  • En résumé, le PER est un outil puissant, mais exigeant. Bien utilisé, il peut être un excellent levier pour optimiser à la fois votre fiscalité et votre trajectoire patrimoniale (retraite, achat immobilier, sécurisation en cas de coup dur). Mal compris, il peut donner l’impression d’un produit « bloqué » et fiscalement pénalisant à la sortie.

    La clé, c’est de toujours se poser les questions dans cet ordre :

  • De quel horizon de temps ai-je vraiment besoin pour cette épargne ?
  • Quel sera probablement mon niveau d’imposition au moment de la sortie ?
  • Dans quels cas je pourrais être amené à déclencher un déblocage anticipé ?
  • À partir de là, le PER cesse d’être une boîte noire pour devenir ce qu’il devrait toujours être : un outil au service de votre stratégie, pas l’inverse.

    Simulation perp impot gouv : comment utiliser l’outil officiel pour optimiser votre retraite

    Vous avez entendu parler du bon vieux PERP, des déductions fiscales sur impots.gouv.fr, mais entre la réforme de la retraite, le nouveau PER et les simulateurs en ligne, tout semble devenu inutilement compliqué ? Vous n’êtes pas seul. Pourtant, bien utilisé, l’outil officiel de l’administration fiscale reste une arme redoutable pour optimiser votre retraite… sans tomber dans le piège du « tout fiscal ».

    On va voir ensemble comment utiliser la simulation sur impots.gouv.fr pour :

    • mesurer l’impact réel d’un versement sur un PERP (pour ceux qui en ont encore un) ou sur un PER,
    • quantifier le gain fiscal immédiat,
    • vérifier si l’opération est pertinente pour VOTRE situation et vos objectifs de retraite,
    • éviter les erreurs classiques que même certains conseillers continuent de faire.

    PERP, PER, impots.gouv.fr : bien remettre les choses en place

    Premier point essentiel : le PERP (Plan d’Épargne Retraite Populaire) n’est plus commercialisé depuis le 1er octobre 2020. Il a été remplacé par le PER (Plan d’Épargne Retraite), issu de la loi Pacte. Mais si vous avez ouvert un PERP avant cette date, vous pouvez toujours :

    • y effectuer des versements,
    • bénéficier de la déduction fiscale associée,
    • simuler l’impact de ces versements sur votre impôt via le simulateur officiel.

    Et c’est là qu’impots.gouv.fr entre en jeu. L’administration ne propose pas un « simulateur PERP » dédié, mais un simulateur d’impôt sur le revenu qui permet de prendre en compte :

    • les versements déductibles sur PERP,
    • les versements sur PER individuel,
    • et plus largement, tous les produits d’épargne retraite donnant droit à une déduction.

    Autrement dit, l’outil ne vous dira pas : « Versez X € sur un PERP, vous aurez Y € à la retraite ». Il vous dira : « Si vous versez X € déductibles, votre impôt diminue de Y € cette année ». À vous ensuite de relier ça à votre stratégie de retraite globale.

    Rappel express : comment fonctionne la déduction PERP / PER ?

    Avant de jouer avec un simulateur, il faut comprendre ce que vous simulez. Le mécanisme est simple… sur le papier :

    • Vous effectuez un versement volontaire sur un PERP ou un PER individuel.
    • Ce versement est déductible de votre revenu imposable, dans la limite de votre « plafond épargne retraite » (indiqué chaque année sur votre avis d’imposition).
    • Plus votre tranche marginale d’imposition (TMI) est élevée, plus la déduction est intéressante.

    Par exemple :

    • Vous êtes dans la tranche à 30 %.
    • Vous versez 3 000 € sur votre PERP ou PER.
    • Si vous êtes encore sous vos plafonds, vous économisez environ 900 € d’impôt (3 000 x 30 %).

    La contrepartie ? Vous bloquez ces sommes jusqu’à la retraite (sauf cas de sortie anticipée prévue par la loi), et les sommes seront imposées à la sortie (rente ou capital, avec une fiscalité spécifique). L’outil impots.gouv.fr ne simule que la partie « entrée » : le gain fiscal immédiat. À vous d’intégrer la partie « sortie » dans votre réflexion.

    Où trouver et comment accéder au simulateur officiel ?

    Le simulateur d’impôt sur le revenu se trouve sur le site officiel des impôts. Il existe généralement deux versions :

    • une version « simplifiée » pour les situations les plus basiques,
    • une version « complète » pour les contribuables avec des revenus variés, des charges spécifiques, etc.

    Pour simuler des versements PERP ou PER, il est préférable d’utiliser la version complète : elle permet de renseigner plus finement vos revenus, charges et dispositifs de déduction.

    Vous pouvez y accéder en tapant dans un moteur de recherche « simulateur impôt sur le revenu impots.gouv » ou en passant par votre espace particulier, rubrique « Simuler vos impôts ». L’interface change légèrement d’une année à l’autre, mais la logique reste la même.

    Ce qu’il faut préparer avant de lancer la simulation

    Un simulateur n’est aussi bon que les données que vous lui donnez. Pour éviter de bricoler des chiffres « au doigt mouillé », préparez trois éléments concrets :

    • Votre dernier avis d’imposition
      Il vous donne :
      • vos revenus imposables actuels,
      • votre nombre de parts fiscales,
      • votre « plafond épargne retraite » disponible (rubrique spécifique).
    • Vos revenus prévisionnels pour l’année en cours
      Salaire, revenus fonciers, BNC, etc. L’idée n’est pas d’être au centime près, mais d’avoir un ordre de grandeur réaliste.
    • Le montant de versement que vous envisagez sur votre PERP / PER
      Par exemple : 2 000 €, 5 000 € ou 10 000 €. On pourra tester plusieurs scénarios.

    Bonus utile : si vous avez déjà un PER d’entreprise (PERCOL, PERSO Collectif, etc.), regardez s’il consomme déjà une partie de votre plafond épargne retraite. Cela limitera le montant que vous pouvez encore déduire sur votre PERP / PER individuel.

    Utiliser le simulateur pas à pas pour tester vos versements

    Entrons dans le concret. L’idée est de comparer deux situations :

    • « Sans versement » sur PERP / PER
    • « Avec versement » de X €

    La différence d’impôt entre les deux, c’est votre gain fiscal.

    Étape 1 : première simulation, sans versement retraite

    • Ouvrez le simulateur « complet » sur impots.gouv.fr.
    • Renseignez votre situation familiale (célibataire, marié, pacsé, enfants, etc.).
    • Indiquez vos revenus (salaires, BIC/BNC, foncier… selon votre cas).
    • Renseignez vos charges classiques (pensions alimentaires, dons, etc.).
    • Surtout, à ce stade, ne mettez aucun montant dans les cases « épargne retraite ».
    • Validez jusqu’au calcul final de l’impôt.

    Notez soigneusement le montant d’impôt sur le revenu affiché, par exemple : 5 200 €.

    Étape 2 : deuxième simulation, avec versement retraite

    • Reprenez la même simulation (vous pouvez simplement revenir en arrière ou tout ressaisir à l’identique).
    • À l’étape où le simulateur vous demande les « charges déductibles », recherchez la ligne correspondant à l’épargne retraite : selon l’année, l’intitulé peut être du type :
      • « Cotisations versées à des régimes de retraite supplémentaire »
      • « PERP, Préfon, Corem, PER individuel »
    • Inscrivez le montant de versement que vous envisagez (par exemple 4 000 €).
    • Validez à nouveau jusqu’au résultat final.

    Le simulateur va recalculer votre impôt. Imaginons que l’impôt passe de 5 200 € à 3 800 €.

    Étape 3 : interpréter le gain fiscal

    • Impôt sans versement : 5 200 €
    • Impôt avec versement : 3 800 €
    • Gain fiscal instantané : 1 400 €

    Dans cet exemple, un versement de 4 000 € vous « coûte » réellement 2 600 €, une fois l’économie d’impôt prise en compte. C’est ce différentiel qu’il faut comparer aux rendements espérés de l’épargne, à l’horizon de retraite, et à vos autres priorités financières (désendettement, épargne de précaution, investissement à impact, etc.).

    Tester plusieurs scénarios pour trouver votre zone optimale

    L’immense intérêt du simulateur impots.gouv.fr, c’est que vous pouvez en abuser sans modération. Pour un PERP ou PER, l’objectif n’est pas forcément de « maximiser » la déduction, mais de l’optimiser.

    Concrètement, vous pouvez :

    • Tester un versement de 2 000 €, puis 4 000 €, puis 6 000 €.
    • Observer la réduction d’impôt à chaque palier.
    • Repérer à partir de quand le gain marginal devient moins intéressant.

    Pourquoi ? Parce que votre TMI peut changer : si un versement trop élevé fait tomber une partie de vos revenus dans une tranche inférieure, certaines fractions de votre versement ne sont plus « déduites » à 30 % ou 41 %, mais à 11 %, voire à 0 %. Le simulateur vous montre ce phénomène… sans avoir à sortir une calculette fiscale.

    Approche pragmatique :

    • Identifiez votre TMI initiale (visible sur les tranches d’imposition publiées chaque année).
    • Simulez des versements jusqu’au moment où votre impôt total baisse encore, mais moins vite.
    • Fixez un « plafond psychologique » de versement qui optimise le gain fiscal tout en restant compatible avec votre trésorerie annuelle.

    Connecter simulation fiscale et stratégie de retraite responsable

    Une erreur classique consiste à s’arrêter au gain fiscal. Mais une économie d’impôt n’est pas un objectif en soi. C’est un outil au service d’un projet : sécuriser votre niveau de vie à la retraite, idéalement de manière cohérente avec vos valeurs (impact environnemental, social, gouvernance).

    Pour tirer pleinement parti de la simulation PERP / PER via impots.gouv.fr, posez-vous trois questions supplémentaires :

    • Quel est mon horizon de retraite réaliste ?
      Si vous avez 58 ans, l’horizon est très court : le blocage des sommes est limité dans le temps, mais vous avez peu d’années de capitalisation. Si vous avez 35 ans, l’effet « boule de neige » des intérêts composés devient considérable.
    • Quels supports d’investissement sont utilisés dans mon PERP / PER ?
      Fonds euros ? Unités de compte ? Fonds ISR / à impact ? Un gain fiscal sur un support peu transparent, carboné à l’excès et mal piloté a un coût caché : celui de la cohérence et du risque long terme.
    • Quelle part de mon patrimoine global je souhaite consacrer à l’épargne retraite ?
      Ni tout sur des supports liquides (livrets), ni tout sur des produits bloqués. Le simulateur vous aide à décider quelle « tranche » annuelle basculer vers le long terme.

    Un cas fréquent chez les lecteurs d’Invest4Good : utiliser le PER comme « colonne vertébrale » de l’épargne retraite, construite avec des fonds à impact ou des ETF alignés ESG, et compléter avec des investissements à impact plus directs (crowdfunding, actions non cotées, immobilier social…) en dehors du PER.

    Les erreurs fréquentes à éviter avec la simulation PERP / PER

    En cabinet, j’ai vu revenir toujours les mêmes biais autour des simulations fiscales. Quelques pièges à éviter :

    • Confondre gain fiscal et rendement
      Économiser 1 500 € d’impôts ne veut pas dire que votre PERP / PER « rapporte 1 500 € ». C’est une réduction de votre effort net. Le rendement dépendra des supports choisis dans le contrat et de la durée de placement.
    • Oublier la fiscalité à la sortie
      Le simulateur ne vous montre pas ce qui se passera dans 20 ans. Une sortie en capital, une rente, un mix des deux : la fiscalité future peut être lourde ou modérée selon vos choix et votre niveau de revenus à la retraite.
    • Forcer le versement au détriment de votre sécurité à court terme
      Un bon test : êtes-vous à l’aise à l’idée de ne plus avoir accès à cet argent pendant plusieurs années ? Si la réponse est non, le gain fiscal ne justifie pas le stress de trésorerie.
    • Ne pas vérifier son plafond épargne retraite
      Verser 8 000 € alors que votre plafond disponible est de 4 000 €, c’est la garantie de déceptions au moment de la déclaration. Le dépassement n’est pas déductible. Le plafond est indiqué noir sur blanc sur votre dernier avis d’imposition.
    • Se focaliser uniquement sur l’année en cours
      Un bon usage du PERP / PER, c’est souvent un plan de versements étalés sur plusieurs années, synchronisé avec les grandes étapes de votre vie (hausse de revenus, fin de crédit immobilier, études des enfants…). La simulation annuelle est un jalon, pas une fin en soi.

    Exemple concret : un cas “avant/après” avec impots.gouv.fr

    Imaginons le profil suivant :

    • Claire, 42 ans, salariée, célibataire, sans enfant.
    • Revenu net imposable : 55 000 € par an.
    • Tranche marginale d’imposition : 30 %.
    • Plafond épargne retraite disponible : 7 500 €.

    Claire se demande si elle doit verser 3 000 € ou 6 000 € sur son PER (ou son ancien PERP). Elle utilise le simulateur :

    Simulation 1 – Sans versement

    • Impôt calculé : 7 100 € (montant illustratif).

    Simulation 2 – Avec 3 000 € de versement

    • Nouvel impôt : 6 200 €.
    • Économie d’impôt : 900 €.
    • Effort net pour Claire : 2 100 € (3 000 – 900).

    Simulation 3 – Avec 6 000 € de versement

    • Nouvel impôt : 5 000 €.
    • Économie d’impôt : 2 100 €.
    • Effort net pour Claire : 3 900 € (6 000 – 2 100).

    Que lui apprend le simulateur ?

    • En doublant son versement, elle ne double pas exactement son gain fiscal, mais le gain reste significatif.
    • Elle consomme 6 000 € sur ses 7 500 € de plafond : elle garde une petite marge pour un éventuel abondement employeur ou un complément en fin d’année si sa situation évolue.
    • Elle peut ensuite arbitrer : est-elle prête à immobiliser 3 900 € net cette année pour sa retraite ? Ou préfère-t-elle lisser ses versements sur 2 ou 3 ans ?

    Le simulateur impots.gouv.fr ne prend pas la décision à sa place, mais rend les ordres de grandeur très concrets.

    Check-list actionnable pour utiliser la simulation PERP / PER intelligemment

    Pour transformer ce que vous venez de lire en plan opérationnel, voici une feuille de route simple :

    • Récupérer :
      • votre dernier avis d’imposition,
      • votre plafond épargne retraite disponible,
      • vos revenus estimés pour l’année.
    • Lister 2 ou 3 hypothèses de versement :
      • par exemple 1 500 €, 3 000 €, 5 000 €.
    • Aller sur le simulateur « complet » d’impots.gouv.fr et :
      • faire une simulation sans versement,
      • puis une simulation pour chaque montant de versement envisagé,
      • noter l’impôt dans chaque cas.
    • Calculer pour chaque scénario :
      • économie d’impôt (= impôt sans versement – impôt avec versement),
      • effort net (= montant versé – économie d’impôt).
    • Vérifier :
      • que vous restez sous votre plafond épargne retraite,
      • que l’effort net reste compatible avec votre trésorerie annuelle,
      • que le PERP / PER utilisé est investi sur des supports cohérents avec vos valeurs et votre tolérance au risque.

    Au final, la « simulation PERP impots.gouv » n’est qu’un outil de mesure, mais bien maniée, elle vous permet :

    • d’objectiver le gain fiscal,
    • d’éviter les décisions impulsives prises fin décembre sous pression commerciale,
    • d’intégrer l’optimisation fiscale dans une vraie stratégie de retraite diversifiée et, idéalement, à impact positif.

    La prochaine fois que vous entendrez « dépêchez-vous de verser sur votre PER avant le 31 décembre pour réduire vos impôts », vous aurez au moins un réflexe simple : ouvrir le simulateur, tester, chiffrer… et décider en connaissance de cause.

    Modèle clause bénéficiaire assurance vie : exemples concrets pour organiser une transmission efficace

    Pourquoi la clause bénéficiaire est l’arme secrète de votre assurance vie

    La plupart des épargnants passent plus de temps à choisir un fonds euro qu’à rédiger leur clause bénéficiaire. Pourtant, juridiquement et fiscalement, c’est la phrase la plus puissante de votre contrat.

    En une ou deux lignes, vous pouvez :

    • protéger (ou non) votre conjoint ou partenaire de PACS
    • avantager un enfant sans léser les autres… ou si
    • préserver un proche vulnérable
    • soutenir un projet ou une association qui vous tient à cœur
    • réduire massivement la facture fiscale au décès

    L’inverse est aussi vrai : une clause mal rédigée peut créer des conflits familiaux, des blocages juridiques, voire faire tomber une partie des capitaux dans la succession classique, avec une fiscalité bien moins favorable.

    On va donc décortiquer ensemble des modèles concrets de clauses bénéficiaires, en expliquant à chaque fois : dans quel cas les utiliser, leurs avantages, leurs limites, et les points de vigilance.

    Rappel express : à quoi sert vraiment la clause bénéficiaire ?

    La clause bénéficiaire, c’est la partie de votre contrat d’assurance vie qui définit qui recevra les capitaux à votre décès, et dans quelles proportions.

    Deux points clés à avoir en tête :

    • Les capitaux d’assurance vie sont, en principe, hors succession (article L132-12 du Code des assurances). Ils suivent les règles de la clause bénéficiaire, pas celles de votre testament ou de la dévolution légale classique.
    • Ils bénéficient d’une fiscalité spécifique : notamment, pour les primes versées avant 70 ans, un abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du CGI), au-delà duquel s’applique un prélèvement forfaitaire de 20 %, puis 31,25 %.

    En clair : la clause bénéficiaire vous permet d’organiser une transmission « sur-mesure », plus souple et souvent moins taxée que la succession classique. À condition qu’elle soit bien rédigée.

    Les erreurs fréquentes qui coûtent cher (ou compliquent tout)

    Avant de voir des modèles efficaces, il faut regarder ce qui pose problème sur le terrain. Parmi les erreurs que je croise le plus souvent :

    • Se contenter de la clause standard : « Mon conjoint, à défaut mes enfants, nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers. » Utile… mais souvent très insuffisant pour les familles recomposées, les PACS, les concubins, ou les projets patrimoniaux un peu évolués.
    • Nommer les bénéficiaires uniquement par leur nom : si vous mettez « Monsieur Jean Dupont », que se passe-t-il si vous divorcez, vous fâchez, ou qu’il existe plusieurs Jean Dupont dans votre entourage ?
    • Ne jamais mettre à jour la clause : mariage, divorce, naissance, décès, achat immobilier, création d’entreprise… Votre vie change, mais votre clause reste figée. Résultat : l’argent ne va pas (ou plus) aux bonnes personnes.
    • Ignorer le cas des mineurs : en l’absence de dispositions particulières, ce sont les parents (ou le tuteur) qui gèrent les capitaux. Ce n’est pas toujours ce que vous souhaitez.
    • Oublier les partenaires de PACS ou concubins : en droit civil, ils sont beaucoup moins protégés que le conjoint marié. L’assurance vie est justement un outil pour corriger ça… à condition de les désigner clairement.
    • Rédiger une clause floue ou contradictoire : plus elle est vague, plus vous exposez vos proches à des discussions sans fin avec l’assureur ou le notaire.

    Objectif de la suite : vous donner des modèles opérationnels pour éviter ces pièges, tout en gardant de la souplesse.

    Les grandes familles de clauses bénéficiaires

    Pour choisir un bon modèle, il faut d’abord comprendre les grands types de clauses possibles :

    • Clause simple : vous désignez un ou plusieurs bénéficiaires, avec ou sans répartition chiffrée. C’est la version la plus courante.
    • Clause à étages : vous prévoyez des bénéficiaires « de premier rang », puis « à défaut » un deuxième rang, à défaut un troisième, etc. Utile pour gérer les décès successifs, les familles recomposées, ou le cas où un bénéficiaire renonce.
    • Clause démembrée (usufruit / nue-propriété) : par exemple, le conjoint reçoit l’usufruit (le droit de percevoir les revenus), les enfants la nue-propriété (la propriété finale du capital). Outil puissant, mais à manier avec un notaire.
    • Clause avec options de répartition : vous prévoyez que tel bénéficiaire choisira la répartition entre lui et d’autres (par exemple, le conjoint peut attribuer une partie du capital aux enfants).
    • Clause avec bénéficiaire acceptant : le bénéficiaire accepte le bénéfice du contrat de son vivant. C’est très protecteur pour lui, mais vous perdez la possibilité de changer la clause sans son accord.

    On va maintenant traduire tout ça en phrases concrètes, directement utilisables (à adapter avec votre conseiller ou notaire).

    Modèles de clauses bénéficiaires commentés

    1. Protéger en priorité le conjoint tout en préservant les enfants

    Profil : couple marié, enfants communs, objectif de protection du conjoint puis transmission aux enfants.

    Exemple de clause :

    « Mon conjoint non séparé de corps judiciairement au jour de mon décès, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux, à défaut mes héritiers. »

    Points forts :

    • Vous identifiez le bénéficiaire par sa qualité (conjoint) et non par son nom. Si vous divorcez, il perd automatiquement cette qualité.
    • Les enfants viennent seulement « à défaut » du conjoint, ce qui simplifie la protection du survivant.
    • La clause reste valable même si un nouvel enfant naît après la rédaction.

    Point de vigilance : si vous êtes remarié avec des enfants d’une première union, cette clause peut créer des déséquilibres patrimoniaux. Un passage chez le notaire est alors indispensable.

    2. Famille recomposée : protéger le nouveau conjoint sans léser les enfants d’une première union

    Profil : remariage, enfants d’une première union que l’on souhaite aussi protéger.

    Exemple de clause (version simple) :

    « Pour 60 % à mon conjoint non séparé de corps judiciairement au jour de mon décès, et pour 40 % à mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux ; à défaut des précédents, mes héritiers. »

    On peut aller plus loin avec une clause démembrée :

    « Mon conjoint non séparé de corps judiciairement au jour de mon décès, usufruitier, et mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, nus-propriétaires, par parts égales entre eux ; à défaut, mes héritiers. »

    Logique économique :

    • Le conjoint survivant peut utiliser le capital (ou les revenus générés), ce qui lui assure un complément de ressources.
    • Les enfants sont assurés de récupérer la valeur au terme (au décès du conjoint survivant).

    Point de vigilance : le démembrement d’assurance vie nécessite une rédaction adaptée et un accompagnement (notaire, fiscaliste). Ne copiez-collez pas ce type de clause sans conseil personnalisé.

    3. Protéger un partenaire de PACS ou un concubin

    Profil : couple non marié, avec ou sans enfant, qui veut sécuriser le partenaire.

    Exemple de clause :

    « Mon partenaire lié par un pacte civil de solidarité enregistré à la date de mon décès, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux, à défaut mes héritiers. »

    Ou, pour un concubin :

    « Monsieur [Prénom NOM], né le [date], demeurant [adresse complète], à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux, à défaut mes héritiers. »

    Intérêt :

    • Le partenaire de PACS est exonéré de taxation sur les capitaux d’assurance vie (comme le conjoint marié).
    • Le concubin, lui, reste en principe taxé à 20 % puis 31,25 % au-delà de 152 500 € de primes avant 70 ans, mais on évite la taxation confiscatoire à 60 % des droits de succession classiques.

    Point de vigilance : en concubinage, la précision de l’identification (nom, prénom, date de naissance, adresse) est cruciale pour éviter toute contestation.

    4. Aider un proche vulnérable sans le mettre en difficulté

    Profil : enfant ou proche en situation de handicap, ou fragile financièrement/socialement, que l’on veut aider sans créer de risques (perte d’allocations, incapacité à gérer un capital).

    Exemple (version de base, à affiner absolument avec un notaire) :

    « Mon enfant [Prénom NOM], né le [date], à concurrence du montant maximal n’entraînant pas la perte de ses droits aux prestations sociales, le solde à mes autres enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux ; à défaut mes héritiers. »

    Autre piste plus robuste : passer par une fiducie ou une association tutélaire comme bénéficiaire, qui gèrera les fonds pour le compte de la personne vulnérable. La formulation dépend alors très fortement de la structure choisie.

    Point de vigilance : ici, l’assurance vie touche au droit des majeurs protégés et au droit social. L’accompagnement d’un notaire ou d’un avocat spécialisé n’est pas optionnel.

    5. Intégrer une dimension « finance à impact » dans la transmission

    Profil : épargnant qui veut que sa transmission reflète aussi ses valeurs (sociales, environnementales, solidaires).

    Double levier :

    • Dans les supports d’investissement : choisir des fonds labellisés ISR, Greenfin, Finansol, ou des fonds à impact pour l’allocation du contrat.
    • Dans la clause bénéficiaire : intégrer un bénéficiaire à but non lucratif (association, fondation, fonds de dotation).

    Exemple de clause :

    « Pour 80 % à mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux, et pour 20 % à l’association [Nom de l’association], reconnue d’utilité publique, dont le siège social est situé [adresse], à défaut mes héritiers. »

    Intérêt :

    • Vous organisez une forme de philanthropie structurée, tout en conservant la souplesse de l’assurance vie.
    • L’association peut recevoir des capitaux de manière simple, sans passer par un legs dans un testament (même si les deux approches peuvent être combinées).

    Point de vigilance : vérifiez avec l’association/fondation qu’elle peut bien recevoir des capitaux d’assurance vie et que son identification est correcte (statut, adresse, éventuellement numéro SIREN).

    Comment rédiger (et mettre à jour) votre clause en pratique

    Vous avez repéré un modèle qui vous parle ? Voici la méthode pour le mettre en musique.

    • Étape 1 – Clarifier vos objectifs : qui voulez-vous protéger en priorité ? Quel niveau d’équité (ou d’« inéquité assumée ») entre vos héritiers ? Quelle place pour le conjoint, le partenaire, les enfants, les causes qui vous tiennent à cœur ?
    • Étape 2 – Cartographier votre patrimoine : assurance vie, immobilier, épargne salariale, PEA… La clause bénéficiaire ne se pense pas isolément. Elle doit s’inscrire dans un ensemble cohérent.
    • Étape 3 – Rédiger ou modifier la clause :
      • soit directement sur le bulletin de souscription ou un avenant auprès de l’assureur
      • soit via une clause bénéficiaire déportée (document séparé, conservé chez vous ou chez le notaire, que vous notifiez à l’assureur)
    • Étape 4 – Informer (au moins partiellement) vos proches : sans forcément donner tous les détails, les informer de l’existence des contrats et de la façon générale dont vous avez organisé les choses peut éviter des tensions.
    • Étape 5 – Réviser régulièrement : mariage, PACS, divorce, naissance, décès, changement patrimonial important… Profitez de ces événements pour relire systématiquement vos clauses.

    Bon réflexe : si votre patrimoine dépasse quelques centaines de milliers d’euros, ou si votre situation familiale est un peu complexe, faites systématiquement valider vos clauses par un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine indépendant.

    Fiscalité : quelques repères pour orienter vos choix

    La clause bénéficiaire est au cœur de l’avantage fiscal de l’assurance vie. Quelques rappels utiles :

    • Primes versées avant 70 ans (article 990 I du CGI) :
      • abattement de 152 500 € par bénéficiaire (tous contrats confondus)
      • puis taxation à 20 % jusqu’à 700 000 €
      • puis 31,25 % au-delà
    • Primes versées après 70 ans (article 757 B du CGI) :
      • abattement global de 30 500 € (tous bénéficiaires et contrats confondus)
      • au-delà, réintégration dans la succession classique, avec application des droits de succession selon le lien de parenté
      • les intérêts et plus-values générés restent exonérés de droits de succession
    • Conjoint marié et partenaire de PACS :
      • exonérés de toute taxation sur les capitaux décès d’assurance vie, quel que soit le montant

    Conséquence pratique : multiplier les bénéficiaires (enfants, petits-enfants, conjoint, éventuellement association) permet parfois de maximiser les abattements de 152 500 € par tête et donc de réduire fortement la note fiscale globale.

    Transmission et finance responsable : aligner vos capitaux avec vos valeurs

    Sur un blog dédié à la finance à impact, difficile de ne pas élargir un peu le regard.

    L’assurance vie est un outil doublement intéressant :

    • Pour investir de votre vivant selon vos convictions : en choisissant des unités de compte labellisées ISR, Greenfin, Finansol, des fonds à impact, des fonds solidaires finançant l’économie sociale et solidaire.
    • Pour transmettre dans la même logique :
      • en fléchant une partie des capitaux vers des structures d’intérêt général (associations, fondations, fonds de dotation)
      • en utilisant la clause bénéficiaire pour encourager certains comportements : par exemple, prévoir qu’une partie du capital sera affectée à la création d’entreprise ou à un projet social porté par un de vos descendants (ce qui, juridiquement, demande une rédaction très fine).

    La vraie question devient alors : « À qui je transmets ? » mais aussi « Quel type d’économie je finance pendant et après ma vie ? ».

    Check-list rapide pour une clause bénéficiaire vraiment efficace

    Avant de ranger ce sujet dans la case « c’est bon, c’est fait », passez en revue ces points :

    • Les bénéficiaires sont-ils identifiés clairement (par qualité et, si besoin, par leurs coordonnées complètes) ?
    • Avez-vous prévu des bénéficiaires de substitution (« à défaut ») en cas de décès, renonciation ou incapacité d’un bénéficiaire principal ?
    • Votre clause tient-elle compte de votre situation familiale actuelle (mariage, PACS, divorce, enfants de différentes unions, concubinage) ?
    • Vos différents contrats d’assurance vie sont-ils cohérents entre eux (pas de clauses contradictoires ou déséquilibrées) ?
    • Avez-vous envisagé d’utiliser plusieurs étages de bénéficiaires pour gérer les scénarios de décès successifs ?
    • Avez-vous intégré, si c’est important pour vous, une dimension responsable / solidaire (via les supports d’investissement et/ou les bénéficiaires) ?
    • Quelqu’un (notaire, conseiller indépendant) a-t-il relu vos clauses si votre patrimoine ou votre situation familiale sont complexes ?
    • Avez-vous noté quelque part, pour vos proches, l’existence de vos contrats, même sans entrer dans tous les détails ?

    Si vous n’êtes pas satisfait de au moins la moitié des réponses, c’est probablement le moment de ressortir vos contrats et de revisiter vos clauses bénéficiaires. Une après-midi de réflexion aujourd’hui peut éviter des années de tensions familiales demain… et optimiser, au passage, l’impact et la fiscalité de votre transmission.

    Que veut dire cac40 et comment cet indice influence vos placements responsables

    Le CAC 40, c’est quoi exactement ?

    Le CAC 40, tout le monde en parle… mais peu de gens savent vraiment comment il fonctionne. Or si vous investissez, et a fortiori si vous faites de l’investissement responsable, cet indice joue un rôle beaucoup plus important que vous ne l’imaginez.

    Commençons par une définition claire.

    Le CAC 40 (Cotation Assistée en Continu) est l’indice boursier phare de la Bourse de Paris. Il regroupe 40 grandes entreprises françaises (ou à forte implantation en France), parmi les plus importantes en termes de capitalisation boursière et de liquidité.

    En pratique, c’est :

    • Un baromètre de la Bourse française : quand on dit “la Bourse de Paris a gagné 2 % aujourd’hui”, on parle généralement du CAC 40.
    • Un indice pondéré par la capitalisation flottante : plus une entreprise “pèse lourd” en Bourse et plus elle est facilement échangeable, plus elle pèse dans le CAC 40.
    • Un indice révisé régulièrement : un comité scientifique se réunit au moins 4 fois par an pour décider d’entrer ou sortir certaines valeurs (par exemple l’entrée d’un champion du luxe, la sortie d’un groupe en difficulté, etc.).

    Autrement dit, le CAC 40 n’est pas “figé”. C’est une photo en mouvement permanent des grandes capitalisations françaises cotées.

    Techniquement, son niveau est calculé à partir :

    • du cours de Bourse de chaque action,
    • multiplié par le nombre d’actions en circulation disponibles en Bourse (le flottant),
    • puis ajusté par un coefficient pour que l’indice reste cohérent dans le temps (malgré les splits, fusions, augmentations de capital, etc.).

    Résultat : lorsque le CAC 40 monte de 1 %, cela signifie que, globalement, la valeur des 40 entreprises qui le composent a augmenté d’environ 1 %. Pas plus, pas moins.

    Jusqu’ici, rien de spécifique à l’investissement responsable. Mais regardons maintenant comment cet indice pénètre… quasiment tous vos placements.

    Pourquoi le CAC 40 influence déjà une grande partie de votre épargne

    Même si vous n’avez jamais “acheté du CAC 40” de votre vie, il est probable que votre argent y soit déjà exposé. Comment ? Par plusieurs canaux :

    • Les OPCVM “actions France” ou “actions zone euro” : une grande partie de ces fonds utilisent le CAC 40 comme indice de référence. Ils essaient de le battre, ou de s’en rapprocher.
    • Les ETF / trackers CAC 40 : ces fonds indiciels répliquent la performance du CAC 40, à la hausse comme à la baisse, en achetant les actions de l’indice.
    • Votre assurance-vie : derrière des noms marketing (“Actions Europe”, “Grandes capitalisations”, etc.), beaucoup d’unités de compte ont une exposition significative au CAC 40.
    • Votre épargne salariale : les FCPE proposés par votre employeur sont souvent bâtis autour d’indices généralistes comme le CAC 40.

    D’après les chiffres de la Banque de France, les ménages français détiennent plus de 400 milliards d’euros en unités de compte en assurance-vie, dont une part majoritaire en fonds actions ou diversifiés très corrélés aux grands indices (CAC 40, Euro Stoxx, MSCI Europe). Sans le savoir, vous êtes donc probablement “co-propriétaire” des entreprises du CAC 40.

    La vraie question devient alors : quelles entreprises composez-vous réellement, en tant qu’investisseur… et en tant que citoyen ?

    Que trouve-t-on dans le CAC 40, d’un point de vue ESG ?

    Lorsque l’on regarde le CAC 40 avec des lunettes “ESG” (Environnement, Social, Gouvernance), le tableau est contrasté.

    En pratique, on y trouve :

    • Des secteurs très émetteurs de CO₂ : énergie (TotalEnergies), matériaux (ArcelorMittal, Saint-Gobain), aéronautique (Airbus, Safran), automobile (Stellantis, Michelin).
    • Des acteurs des services financiers : BNP Paribas, Société Générale, AXA, Crédit Agricole SA, Amundi… qui financent, directement ou indirectement, l’économie réelle (et donc des activités parfois très carbonées).
    • Des champions du luxe et de la consommation : LVMH, Kering, L’Oréal, Hermès, etc. avec des enjeux sociaux (conditions de travail dans la chaîne d’approvisionnement), environnementaux (matières premières, transport) et de gouvernance (rémunération des dirigeants, fiscalité).
    • Des groupes industriels et technologiques : Schneider Electric, Legrand, STMicroelectronics, Dassault Systèmes, avec des modèles parfois au cœur de la transition (efficacité énergétique, numérique, automatisation industrielle).

    Autrement dit, le CAC 40, ce n’est pas “bon” ou “mauvais” d’un bloc. C’est un panorama condensé de l’économie française et européenne, avec :

    • des entreprises très impliquées dans la transition,
    • d’autres encore fortement dépendantes d’un modèle fossile,
    • et beaucoup de situations intermédiaires, où la crédibilité des plans de transition est la vraie question.

    Côté chiffres, plusieurs études montrent que :

    • une poignée de valeurs du CAC 40 concentre une part disproportionnée des émissions de gaz à effet de serre (les grands groupes pétroliers, matériaux, transports),
    • mais certaines entreprises du CAC 40 figurent aussi parmi les “leaders ESG” dans les grands classements internationaux (Schneider, L’Oréal, Dassault Systèmes, etc.).

    On retrouve donc dans le CAC 40 les mêmes paradoxes que dans l’économie réelle : vous financez potentiellement la transition… et les énergies fossiles, en même temps.

    Comment le CAC 40 façonne vos placements responsables

    Passons à ce qui vous intéresse probablement le plus : en quoi cet indice influence-t-il concrètement vos placements responsables ?

    Il y a au moins quatre canaux majeurs.

    1. Les indices “CAC 40 ESG” et “low carbon”

    Pour répondre à la demande croissante d’ISR, Euronext (l’opérateur boursier) et les agences de notation ESG ont créé des variantes “responsables” du CAC 40, par exemple :

    • CAC 40 ESG : indice qui sélectionne et pondère les sociétés du CAC 40 selon des critères ESG, tout en cherchant à rester proche de la performance de l’indice classique.
    • CAC 40 Climate / Low Carbon : indices qui réduisent l’empreinte carbone globale, en sous-pondérant ou excluant certains gros émetteurs, ou en privilégiant les entreprises plus alignées avec les objectifs climatiques.

    Beaucoup d’ETF “responsables” que vous trouvez sur les plateformes ou dans les contrats d’assurance-vie répliquent ces indices dérivés du CAC 40. Résultat : même lorsque vous choisissez un ETF “ESG”, vous restez très largement dépendant du même univers de départ : le CAC 40.

    Vous changez la recette (pondération, exclusions partielles), mais les ingrédients de base restent souvent les mêmes.

    2. Les fonds ISR utilisent le CAC 40 comme point de départ

    La plupart des gérants de fonds actions France ou Europe partent d’un univers d’indices standards (CAC 40, SBF 120, Euro Stoxx 50…) puis appliquent :

    • des exclusions normatives (armes controversées, charbon thermique, tabac, etc.),
    • des filtres ESG (éliminer les “mauvais élèves” ou privilégier les “meilleurs de leur secteur”),
    • et parfois une sélection thématique (transition énergétique, économie circulaire, santé, éducation).

    Dans un fonds “actions France ISR”, il n’est pas rare de retrouver une vingtaine, voire une trentaine de valeurs… dont une grande partie issues du CAC 40. L’indice agit donc comme un gabarit implicite pour la construction du portefeuille.

    Autrement dit, votre gestion “responsable” reste très liée à la composition et à la structure sectorielle du CAC 40, même si les poids sont ajustés.

    3. Le CAC 40 influence votre perception du risque

    Lorsque vous regardez la performance de votre contrat d’assurance-vie ou de votre PEA, le réflexe est souvent de comparer :

    • “Mon fonds ISR a fait +4 %”,
    • “Le CAC 40 a fait +6 % sur la même période.”

    Spontanément, vous pouvez en déduire que l’ISR “coûte en performance”. Mais ce raisonnement suppose que le CAC 40 est la référence naturelle et neutre, ce qui n’est pas le cas :

    • le CAC 40 est très concentré sur quelques secteurs (finance, luxe, énergie, industrie),
    • il n’est pas diversifié géographiquement (exposition principalement à la France / Europe, même si ces groupes sont mondialisés),
    • il reflète l’économie telle qu’elle est aujourd’hui, pas forcément telle qu’elle devra être dans 20 ou 30 ans.

    Utiliser le CAC 40 comme mètre étalon absolu biaise donc souvent l’analyse. Un portefeuille plus “transition” peut sous-performer à court terme… tout en étant potentiellement mieux positionné pour un monde à +1,5°C ou +2°C.

    4. Le poids spécifique de certaines “méga-capitalisations”

    Enfin, n’oublions pas que dans un indice pondéré par la capitalisation, quelques mastodontes pèsent très lourd. Dans le CAC 40, les grandes valeurs du luxe, de la finance et de l’énergie peuvent représenter à elles seules une part significative de l’indice.

    Conséquence : si vous achetez un ETF CAC 40 classique, une partie non négligeable de votre argent va mécaniquement :

    • aux groupes pétroliers et gaziers,
    • aux grandes banques finançant encore massivement les énergies fossiles,
    • aux grands groupes peu alignés avec les trajectoires climatiques 1,5°C.

    Même via un ETF “ESG”, si la méthodologie reste peu exigeante, ces mêmes groupes peuvent être présents, parfois avec un poids légèrement réduit… mais pas éliminés.

    Les limites du CAC 40 pour un investisseur responsable

    Regarder le CAC 40 en investisseur responsable, c’est accepter de voir ses angles morts. Parmi les principaux :

    • Un biais “France / grandes capi” très fort : vous passez à côté de nombreuses PME/ETI européennes ou mondiales, souvent très innovantes sur les sujets climat ou social.
    • Une représentation partielle de l’économie réelle : la plupart des entreprises non cotées (économie sociale et solidaire, coopératives, entreprises à mission de taille modeste) n’apparaissent pas dans cet univers.
    • Un risque de “greenwashing indiciel” : re-labelliser un indice CAC 40 en “ESG” sans modifier radicalement son univers peut donner une illusion de transformation, alors que la majorité des flux financiers restent dirigés vers les mêmes grands groupes.
    • Un horizon de temps court : les indices sont jugés quotidiennement, au gré des résultats trimestriels, alors que la transition écologique et sociale se joue sur 10, 20, 30 ans.

    La question n’est pas de “démoniser” le CAC 40. Il a son utilité : lisibilité, suivi macro, produits liquides et peu coûteux pour investir. Mais il est sain, en tant qu’investisseur responsable, de se rappeler que :

    le CAC 40 est un outil, pas une boussole éthique.

    Comment utiliser intelligemment le CAC 40 dans une stratégie d’investissement responsable

    Plutôt que d’opposer frontalement “CAC 40” et “investissement responsable”, il est plus utile de se demander : comment intégrer (ou limiter) le CAC 40 de façon cohérente avec vos valeurs et votre stratégie ?

    Voici quelques pistes opérationnelles.

    Clarifier votre niveau d’acceptation du compromis

    Pour beaucoup d’investisseurs, la question clé n’est pas “CAC 40 ou pas CAC 40”, mais :

    • “Jusqu’où suis-je prêt à aller pour rester aligné avec mes convictions ?”
    • “Quel niveau de compromis j’accepte entre pureté éthique, liquidité, diversification et coûts ?”

    Quelques profils typiques :

    • Vous acceptez une exposition raisonnée au CAC 40 : vous cherchez des fonds ou ETF qui filtrent les pires comportements (charbon, armes controversées, non-respect des droits humains) tout en restant proches des grands indices.
    • Vous souhaitez limiter fortement votre exposition : vous privilégiez des indices bas carbone, des fonds thématiques (énergies renouvelables, santé, éducation, eau) et des solutions non cotées (crowdequity, fonds à impact).
    • Vous voulez l’éviter au maximum : vous construisez un portefeuille très sélectif, en choisissant des entreprises et des projets avec une intention d’impact très forte, quitte à accepter plus de volatilité et de complexité.

    Dans tous les cas, la clé est de rendre ce compromis conscient, plutôt que de le subir via des allocations par défaut dictées par le CAC 40.

    Utiliser le CAC 40 comme “noyau” puis ajouter un “satellite à impact”

    Une stratégie que beaucoup d’investisseurs responsables adoptent consiste à combiner :

    • un “cœur” de portefeuille en ETF larges (France, Europe, monde) avec une légère teinte ESG, pour bénéficier de :
      • frais très bas,
      • diversification,
      • simplicité de gestion,
    • et un “satellite” à impact composé :
      • de fonds à impact (climat, inclusion sociale, logement abordable, etc.),
      • de titres vifs soigneusement sélectionnés,
      • de projets non cotés (énergies renouvelables, finance solidaire, crowdfunding à impact).

    Dans ce schéma, le CAC 40 (via des ETF France/Europe) n’est plus votre unique exposition actions, mais seulement une brique parmi d’autres, que vous encadrez dans une stratégie globale cohérente.

    Choisir des ETF et fonds “ESG” vraiment exigeants

    Si vous passez par des produits indiciels ou des fonds labellisés, tous ne se valent pas. Quelques points de vigilance concrets :

    • Regarder les premières lignes du portefeuille : quelles sont les 10 plus grosses positions ? Y trouvez-vous des groupes en contradiction frontale avec vos valeurs ?
    • Analyser les exclusions : le fonds exclut-il seulement les armes controversées et le charbon… ou va-t-il plus loin (sables bitumineux, nouveaux projets pétroliers, tabac, divertissement pour adultes, etc.) ?
    • Vérifier l’alignement climatique : le fonds communique-t-il sur la trajectoire d’alignement (1,5°C, 2°C) ? Quel est son objectif de réduction d’intensité carbone par rapport à l’indice classique ?
    • Observer la politique d’engagement actionnarial : le gérant vote-t-il réellement en assemblée générale ? Publie-t-il ses votes ? S’engage-t-il dans un dialogue structuré avec les entreprises les plus controversées ?

    Deux ETF estampillés “ESG” sur le CAC 40 peuvent avoir une composition et une exigence radicalement différentes. La mention “ISR” ou “ESG” sur la brochure ne suffit plus.

    Utiliser le CAC 40 comme outil d’analyse, pas seulement comme support d’investissement

    Enfin, le CAC 40 peut être un excellent laboratoire pédagogique pour comprendre les enjeux de la finance responsable :

    • Suivez l’actualité ESG de quelques grandes entreprises du CAC 40 : plans climat, controverses sociales, litiges, changements de gouvernance.
    • Comparez deux entreprises d’un même secteur : leurs stratégies de transition sont-elles crédibles ? leurs CAPEX (investissements) vont-ils vraiment dans le bon sens ?
    • Regardez comment les agences de notation ESG les notent… et où ces notations se contredisent.

    Cet exercice vous aidera à développer votre propre grille de lecture, au-delà des labels et des argumentaires commerciaux, et à prendre du recul par rapport au discours dominant : “le CAC 40, c’est la Bourse, donc c’est la référence”.

    À retenir pour vos placements responsables

    Le CAC 40 n’est ni votre allié naturel, ni votre ennemi juré. C’est :

    • un outil de mesure simple et largement utilisé,
    • un univers d’investissement très présent dans vos placements existants,
    • un reflet imparfait mais instructif de l’économie française et européenne.

    En tant qu’investisseur responsable, votre rôle n’est pas de tourner le dos aux grands indices sans réfléchir, ni de les suivre les yeux fermés. Il est plutôt de :

    • comprendre comment le CAC 40 s’invite déjà dans vos placements,
    • identifier ce qui vous convient et ce qui vous dérange dans sa composition,
    • choisir consciemment le degré d’exposition que vous acceptez,
    • compléter, orienter ou corriger cette exposition par des stratégies vraiment alignées avec vos valeurs.

    La Bourse – CAC 40 compris – restera un passage obligé pour une large part de l’investissement responsable, ne serait-ce que par les montants en jeu. La question n’est donc pas “CAC 40 : oui ou non ?”, mais plutôt :

    À quelles conditions, dans quelles proportions, et avec quel niveau d’exigence ESG êtes-vous prêt à l’intégrer dans votre stratégie ?

    Montant de l’épargne des français : analyse des chiffres, des écarts générationnels et des tendances durables

    0

    Combien épargnent réellement les Français ? Qui met de côté, combien, sur quels supports… et avec quelle utilité pour la transition écologique ? Derrière les gros chiffres rassurants, les écarts sont considérables, notamment entre générations. Et ces écarts façonnent directement la finance durable de demain.

    Où en est l’épargne des Français en 2024 ? Les grands ordres de grandeur

    Premier point clé : l’épargne des ménages français est massive à l’échelle du pays.

    Selon la Banque de France et l’Insee :

    • Le patrimoine financier des ménages (livrets, assurances vie, actions, épargne retraite, etc.) dépasse les 6 000 milliards d’euros.
    • Le taux d’épargne des ménages oscille autour de 17–18 % du revenu disponible (après un pic au-dessus de 20 % pendant le Covid).
    • Environ 60 % de ce patrimoine financier est placé sur des produits très liquides ou peu risqués (dépôts à vue, livrets, fonds euros, etc.).

    Dit autrement, la France n’a pas un problème de manque d’épargne globale. Elle a plutôt :

    • un problème de répartition de cette épargne (gros écarts entre ménages),
    • un problème d’orientation (beaucoup de cash et de produits peu productifs pour l’économie réelle),
    • et un défi : transformer cette masse d’épargne en levier de transition écologique et sociale.

    À l’échelle macro, les chiffres sont donc “confortables”. Mais, comme souvent en finance, la moyenne est trompeuse.

    Ce que cachent les moyennes : écarts générationnels et sociaux

    Quand on zoome, on découvre une France coupée en plusieurs “économies parallèles” : celle des jeunes actifs, celle des classes moyennes patrimoniales, et celle des retraités installés.

    Les études de l’Insee sur le patrimoine montrent grosso modo :

    • Les 10 % des ménages les plus aisés détiennent près de la moitié du patrimoine total.
    • À l’inverse, 50 % des ménages les moins dotés détiennent moins de 10 % du patrimoine.
    • L’âge est un facteur structurant : le patrimoine moyen d’un ménage de 60–69 ans est sans commune mesure avec celui d’un ménage de moins de 30 ans.

    Si on regarde par générations :

    Moins de 30 ans

    • Patrimoine financier médian faible : beaucoup de comptes courants peu garnis et de petits livrets.
    • Forte instabilité de revenus (CDD, freelancing, périodes sans emploi) → capacité d’épargne très variable.
    • Difficulté d’accès à la propriété, ce qui limite l’accumulation de patrimoine global.

    30–45 ans

    • Période de “tension maximale” : achat de résidence principale, enfants, charges en hausse.
    • L’épargne existe, mais souvent absorbée par les projets de vie (immobilier, éducation, épargne de précaution).
    • Montée en puissance progressive des placements long terme (assurance vie, PEA, épargne salariale) chez les cadres et professions intermédiaires.

    45–60 ans

    • Phase d’accumulation patrimoniale la plus forte : revenus généralement plus élevés, certains crédits déjà remboursés.
    • C’est là que se concentrent une grande partie des encours d’assurance vie et des investissements boursiers.
    • Capacité d’orienter une partie de l’épargne vers des dispositifs à impact si l’information et les outils sont disponibles.

    60 ans et plus

    • Patrimoine en moyenne plus élevé, surtout immobilier + assurance vie.
    • Moindre appétence au risque (biais très marqués pour les fonds euros, livrets et solutions garanties).
    • Potentiel de réallocation partielle vers des solutions d’investissement à impact, mais souvent freiné par la peur de “perdre ce qu’on a mis toute une vie à constituer”.

    À ces écarts générationnels s’ajoutent les écarts de revenus et de niveau d’études. Les études AMF montrent par exemple que la détention d’actions ou de fonds est beaucoup plus fréquente chez les ménages :

    • à hauts revenus,
    • diplômés du supérieur,
    • ayant déjà un premier patrimoine immobilier.

    Ce n’est pas anodin pour la finance durable : ceux qui ont le plus de “pouvoir d’orientation” de l’épargne ne sont pas ceux qui subissent le plus fortement les impacts du changement climatique ou des inégalités sociales.

    Comment les Français épargnent-ils ? Produits, montants, comportements

    Regardons maintenant où va réellement l’argent.

    Les grands “réservoirs” d’épargne des Français sont :

    • Les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP, etc.)
    • L’assurance vie (en euros et en unités de compte)
    • L’épargne retraite (PER individuel et collectif)
    • L’épargne salariale (PEE, PERCO, fonds d’entreprise)
    • Les comptes-titres et PEA

    Quelques ordres de grandeur récents (approximatifs, Banque de France / France Assureurs) :

    • Encours du Livret A + LDDS : autour de 550 milliards d’euros.
    • Assurance vie : plus de 1 900 milliards d’euros d’encours.
    • Épargne salariale et retraite d’entreprise : de l’ordre de 170–200 milliards d’euros.
    • Épargne retraite individuelle (PER et anciens contrats) : plus de 300 milliards d’euros, en progression rapide.

    Mais la question clé n’est pas seulement “où est l’argent ?”, c’est : “que finance-t-il réellement ?”.

    Sur ce point, quelques constats ressortent :

    • Une part importante des fonds euros en assurance vie et des livrets finance indirectement les dettes publiques ou des obligations d’entreprises, via les portefeuilles des banques et assureurs, sans grande transparence pour l’épargnant.
    • La part des unités de compte (UC) “vertes” ou ISR dans l’assurance vie progresse, mais reste encore minoritaire dans les encours totaux.
    • L’usage massif de produits très sécurisés illustre une aversion au risque, souvent renforcée par un manque de culture financière.

    En parallèle, on observe un comportement typique :

    • Une forte épargne de précaution : beaucoup de ménages gardent plusieurs mois de revenus sur des livrets faiblement rémunérés, “au cas où”.
    • Une difficulté à passer à l’investissement long terme : crainte de la volatilité, souvenirs des crises (2008, Covid, etc.).
    • Un intérêt croissant pour l’investissement responsable, mais un fossé entre l’intention déclarée et les actes concrets (faible passage à l’achat de produits étiquetés durables).

    En clair : la capacité d’épargne existe, mais la transformation de cette épargne en capital patient, orienté vers la transition, est encore loin du compte.

    Tendances durables : verdissement de l’épargne ou simple vernis ?

    Depuis quelques années, l’AMF, la Banque de France et de multiples études montrent une tendance nette : l’épargnant français se dit de plus en plus sensible aux enjeux ESG (environnement, social, gouvernance).

    Quelques signaux positifs :

    • Les encours des fonds labellisés ISR, Greenfin ou Finansol ont fortement augmenté ces dernières années.
    • Les assureurs et banques multiplient les gammes “responsables”, en unités de compte, PER, PEA, etc.
    • La loi PACTE et les évolutions réglementaires ont poussé à intégrer des supports responsables dans les produits grand public (assurance vie, PER, épargne salariale).

    Mais il faut rester lucide sur plusieurs points :

    • La part réellement durable reste minoritaire à l’échelle des 6 000 milliards d’euros de patrimoine financier : on parle de quelques centaines de milliards d’euros “labellisés”, dont une fraction seulement a un impact réel mesurable.
    • Le risque de greenwashing est élevé : tous les fonds “verts” ne se valent pas. Certains se contentent d’exclure quelques secteurs très carbonés sans changer fondamentalement la logique d’investissement.
    • L’impact n’est pas toujours additionnel : acheter une action “verte” sur le marché secondaire ne crée pas mécaniquement un impact environnemental ; il faut regarder le rôle de l’investisseur (engagement actionnarial, financement primaire, etc.).

    Pour évaluer si le verdissement de l’épargne française est solide ou cosmétique, trois questions simples à se poser :

    • Les produits “verts” financent-ils réellement des projets additionnels (renouvelables, rénovation, inclusion…) ou se contentent-ils de reclasser des actifs déjà existants ?
    • L’investisseur (fonds, assureur) dispose-t-il de leviers d’engagement (vote, dialogue) pour transformer les entreprises financées ?
    • Y a-t-il une transparence claire sur les impacts (CO₂ évité, emplois créés, indicateurs sociaux) au-delà des seuls indicateurs financiers ?

    C’est précisément là que l’épargne des Français peut devenir un véritable “outil de politique climatique” – ou rester un simple habillage marketing.

    Comment situer sa propre épargne (et la rendre plus utile)

    Face à ces chiffres macro, la question devient personnelle : où vous situez-vous, vous, dans ce paysage de l’épargne française ? Et surtout : que pouvez-vous faire, à votre échelle, pour orienter davantage votre argent vers des projets utiles ?

    Une façon concrète de procéder est de faire un petit “diagnostic à 360°” de votre épargne :

    Étape 1 : Cartographier

    • Listez tous vos comptes et contrats : comptes courants, livrets (A, LDDS, LEP…), assurance vie, PEA, PER, épargne salariale, etc.
    • Notez pour chacun :
      • le montant,
      • l’horizon (court, moyen, long terme),
      • la nature (garanti / non garanti),
      • la part éventuellement investie dans des fonds “responsables”.

    Étape 2 : Ventiler par objectifs

    • Épargne de précaution (3 à 6 mois de dépenses courantes sur livret ou équivalent).
    • Projets de vie à moyen terme (achat immobilier, reconversion, études des enfants…).
    • Préparation de la retraite et patrimoine long terme.

    L’idée est simple : tout ce qui dépasse votre besoin de trésorerie de court terme peut, en théorie, être investi plus long terme… et donc plus utilement.

    Étape 3 : Identifier les leviers “durables” disponibles

    • Dans votre assurance vie : vérifier la présence d’unités de compte ISR, Greenfin ou à impact, et la possibilité de réorienter une partie de votre fonds euros.
    • Dans votre PEA / compte-titres : regarder les ETF ou fonds actions labellisés, ou des stratégies thématiques (énergies renouvelables, eau, économie circulaire, santé, inclusion).
    • Dans votre PER : analyser les profils d’investissement “responsables” parfois proposés par défaut, et vérifier les supports sous-jacents.
    • Dans votre épargne salariale : explorer les fonds solidaires (10 % minimum investis dans des entreprises solidaires agréées) et les fonds ISR.

    Un point clé : il n’est pas nécessaire de tout bouleverser du jour au lendemain. Même un simple arbitrage de 10–20 % de vos encours vers des supports plus responsables peut déjà représenter, à l’échelle nationale, des dizaines de milliards d’euros réorientés.

    Étape 4 : Garder la tête froide sur les risques

    • L’investissement responsable n’est pas un “superpouvoir” qui supprimerait le risque de marché : les fonds verts sont soumis à la volatilité comme les autres.
    • L’alignement entre vos valeurs et les pratiques du fonds n’est jamais parfait : il faut accepter une part de compromis, tout en restant exigeant sur la transparence.
    • La diversification reste votre meilleure alliée : ne pas tout concentrer sur une seule thématique (par exemple, uniquement les énergies renouvelables).

    La bonne nouvelle : de plus en plus de solutions existent pour concilier rendement potentiel, gestion du risque et impact. La moins bonne : il faut accepter de consacrer un peu de temps à comprendre ce que l’on achète réellement.

    Ce qu’un investisseur responsable doit surveiller dans les prochaines années

    L’épargne des Français ne va pas rester figée. Plusieurs tendances lourdes vont la transformer, avec des implications fortes pour la finance durable.

    Vieillissement démographique et transmission

    • Les générations du baby-boom détiennent une part très importante du patrimoine.
    • Les transmissions (dons, successions) dans les 10–20 prochaines années vont redistribuer des centaines de milliards d’euros vers les générations plus jeunes.
    • Ces jeunes générations étant en moyenne plus sensibles aux enjeux climatiques, il existe une opportunité majeure pour rediriger ce patrimoine vers des produits à impact… à condition d’accompagner cette transition (conseil, éducation financière, offre adaptée).

    Pression réglementaire sur la finance durable

    • Les réglementations européennes (SFDR, taxonomie verte, CSRD…) vont progressivement forcer les acteurs financiers à être plus transparents sur les impacts de leurs produits.
    • Les labels vont être durcis, certains fonds “pseudo-verts” devront se repositionner.
    • Les épargnants auront plus d’informations, mais aussi plus de complexité à gérer : savoir lire une documentation extra-financière deviendra un véritable atout.

    Montée en puissance des produits “à impact”

    • Au-delà de l’ISR “généraliste”, on voit se développer des fonds à impact : obligations vertes, fonds thématiques alignés sur les ODD, fonds solidaires, infrastructures durables, etc.
    • Ces produits cherchent non seulement à “mieux sélectionner” les entreprises, mais aussi à financer directement des projets ayant un impact mesurable (par exemple, des parcs solaires, des logements sociaux, des entreprises sociales).
    • L’enjeu, pour l’épargnant, sera de distinguer :
      • les stratégies purement marketing,
      • des approches avec une réelle gouvernance de l’impact (objectifs, indicateurs, reporting).

    Digitalisation et nouveaux intermédiaires

    • Les néobanques, fintech d’investissement et plateformes d’impact investing se multiplient.
    • Elles peuvent faciliter l’accès à des produits responsables (parcours simplifiés, ticket d’entrée plus faible, reporting visuel).
    • Mais elles introduisent aussi de nouveaux risques : manque de recul sur les modèles économiques, mode “coup de cœur” plus que stratégie patrimoniale, greenwashing numérique bien ficelé.

    Surveiller ces tendances, c’est se donner la possibilité d’être non pas un simple “épargnant spectateur”, mais un acteur qui arbitre, questionne et oriente.

    En résumé, le montant global de l’épargne des Français est élevé, mais son pouvoir de transformation dépendra de trois choses : la façon dont elle se transmettra entre générations, les règles du jeu imposées au secteur financier, et la capacité de chacun à reprendre la main sur ses choix d’investissement.

    La question n’est plus seulement : “Combien j’épargne chaque mois ?”, mais aussi : “Que permet de faire chaque euro que je mets de côté, ici ou là, pour la société dans laquelle je vivrai demain ?”.

    Droits d’entrée franchise : comment évaluer le coût réel et la rentabilité d’un projet de franchise

    0

    Se lancer en franchise, c’est un peu comme acheter un ticket d’entrée pour un train déjà lancé : vous payez pour gagner du temps, profiter d’une marque, d’un savoir-faire et d’un accompagnement. Mais ce “ticket” – le fameux droit d’entrée – vaut-il vraiment le prix demandé ? Et surtout : comment savoir si le projet est rentable, au-delà du joli discours commercial ?

    Dans cet article, on va traiter le droit d’entrée comme ce qu’il est réellement : un investissement. Avec une logique de financeur, pas de “candidat à la franchise séduit par le logo”. Objectif : vous donner une méthode simple et opérationnelle pour évaluer le coût total et la rentabilité réelle d’un projet de franchise, notamment si vous cherchez à investir dans des modèles plus responsables ou à impact.

    Ce que recouvre vraiment le “droit d’entrée” d’une franchise

    Commençons par poser des définitions claires. Dans la plupart des contrats, le droit d’entrée correspond à une somme forfaitaire payée par le franchisé au départ, en échange :

    • de l’accès à la marque et au concept,
    • de la transmission du savoir-faire (formation initiale),
    • de l’assistance au lancement (business plan, aide à la recherche de local, opening),
    • de l’intégration au réseau (outils, manuels, process, etc.).

    Concrètement, ce droit d’entrée varie en France, selon les secteurs, typiquement entre 5 000 € et 50 000 € (et parfois bien plus en restauration, hôtellerie ou pour les grandes enseignes nationales). Mais attention : le droit d’entrée n’est qu’une brique du coût réel d’un projet de franchise.

    Pour évaluer correctement votre investissement, il faut ajouter :

    • les redevances d’exploitation (un pourcentage du chiffre d’affaires ou un forfait mensuel),
    • la redevance publicité/communication, souvent obligatoire,
    • l’investissement initial global (travaux, aménagement, matériel, stock, dépôt de garantie),
    • le besoin en fonds de roulement (trésorerie nécessaire au démarrage),
    • votre propre rémunération (qu’on “oublie” trop souvent dans les projections optimistes).

    Le droit d’entrée représente parfois moins de 10 à 15 % de l’investissement total. Se focaliser uniquement dessus, c’est comme juger un investissement immobilier en ne regardant que les frais de notaire.

    Coût apparent vs coût réel : comment reconstituer le “vrai” ticket d’entrée

    Pour analyser sérieusement un projet, il faut passer du “prix affiché” au “coût économique complet”. Voici une grille de lecture en trois blocs.

    1. Les coûts initiaux (one shot)

    • Droit d’entrée
    • Étude de marché (si externalisée)
    • Frais de création de société, conseils juridiques et comptables
    • Travaux, aménagement, achat de matériel
    • Stocks de départ
    • Caution, dépôt de garantie, pas-de-porte, etc.

    Le franchiseur doit vous fournir une estimation cohérente et justifiée de ces montants dans le DIP (document d’information précontractuelle). Méfiez-vous d’un discours trop vague du type “ça dépendra du local”.

    2. Les coûts récurrents

    • Redevance de franchise (par ex. 5 à 8 % du chiffre d’affaires HT)
    • Redevance publicité / communication nationale ou régionale
    • Obligation d’achats auprès du franchiseur ou de fournisseurs référencés (avec possible surcoût caché)
    • Logiciels, licence, maintenance, mise à jour des outils du réseau

    Ce sont ces coûts récurrents qui vont peser sur votre marge chaque année. Une redevance “modeste” de 5 % du CA peut, en pratique, absorber 20 à 30 % de votre bénéfice potentiel si le concept est peu rentable.

    3. Les coûts indirects et cachés

    Ils ne sont pas toujours mis en avant, mais ils existent :

    • temps de gestion spécifique lié aux standards du réseau (reporting, contrôles, formations obligatoires),
    • coûts d’adaptation du local aux exigences de la marque (parfois très élevés),
    • investissements futurs imposés (relooking de point de vente, nouveau concept, outils digitaux à adopter),
    • pénalités possibles en cas de non-respect des procédures.

    La bonne question n’est donc pas : “Le droit d’entrée est-il cher ?”

    Mais : “Quel est le coût complet (initial + récurrent) de l’accès à ce modèle, et qu’est-ce que je reçois en échange, en termes de rentabilité potentielle ?”

    Évaluer la rentabilité : les 4 calculs que la plupart des candidats ne font pas

    Un projet de franchise se juge comme n’importe quel investissement : par sa capacité à générer du cash, et à vous rémunérer correctement pour le risque pris. Voici quatre outils simples à utiliser, même si vous n’êtes pas financier.

    1. Le chiffre d’affaires prévisionnel crédible

    Le franchiseur vous fournira souvent un “compte de résultat type” ou des chiffres moyens du réseau. À manier avec prudence. Posez-vous ces questions :

    • Les chiffres donnés sont-ils issus de comptes réels (et non de projections commerciales) ?
    • Quelle est la dispersion dans le réseau (moyenne vs top 25 % vs bottom 25 %) ?
    • La zone que vous visez a-t-elle les mêmes caractéristiques que celles des franchisés performants (pouvoir d’achat, flux, concurrence, densité de population) ?

    Un CA moyen sans écart-type et sans contexte géographique, c’est un chiffre marketing, pas une base de travail.

    2. La marge nette exploitable après redevances

    Ce qui vous intéresse n’est pas le CA, mais ce qu’il reste :

    • après coûts d’achat,
    • après loyers, salaires, charges,
    • après redevances de franchise,
    • et après impôts.

    Essayez de reconstituer un compte de résultat simplifié avec trois scénarios :

    • Scénario prudent : -20 % sur le CA estimé, charges constantes,
    • Scénario central : projections “réalistes”,
    • Scénario favorable : +15 à +20 % sur le CA.

    Si, dans le scénario prudent, votre résultat est déjà proche de zéro (ou négatif), vous êtes sur une ligne de crête. Le moindre retard de démarrage ou surcoût peut vous mettre en difficulté.

    3. Le point mort (seuil de rentabilité)

    Calculer le seuil de rentabilité, c’est répondre à une question très concrète : “À partir de quel niveau de chiffre d’affaires je commence à gagner de l’argent ?”

    Formule simplifiée :

    Seuil de rentabilité = Charges fixes annuelles / Taux de marge sur coûts variables

    Par exemple :

    • Charges fixes annuelles (loyer, salaires, assurance, redevance fixe, etc.) : 180 000 €
    • Taux de marge sur coûts variables (CA – achats de marchandises, commissions variables, etc.) : 60 %

    Seuil de rentabilité = 180 000 / 0,60 = 300 000 € de CA

    Si le franchiseur vous “vend” un CA de 320 000 € la 1re année, vous voyez tout de suite que la marge de sécurité est extrêmement faible.

    4. Le délai de retour sur investissement (payback) et le TRI simplifié

    Deux indicateurs utiles :

    • Payback : nombre d’années nécessaires pour récupérer la mise initiale (droit d’entrée + investissements + BFR),
    • TRI (taux de rentabilité interne) : rentabilité annuelle moyenne du projet.

    En pratique, pour un commerce de proximité en franchise, un payback supérieur à 6–7 ans est risqué. Vous prenez dix ans d’engagement (contrat, bail commercial) pour un retour très lointain et très incertain. À l’inverse, sur des modèles bien calibrés, on peut viser 4–5 ans.

    Sur des projets à impact (économie sociale, circuits courts, services à la personne responsables), il est fréquent d’accepter un retour un peu plus long… à condition que :

    • le risque soit mieux maîtrisé,
    • la clientèle soit fidèle et moins sensible au prix,
    • le modèle soit cohérent avec vos valeurs (ce qui compte aussi dans votre “rendement global”, non financier).

    Comment savoir si un droit d’entrée est “juste” ? 5 questions de financeur

    Plutôt que de demander “Pouvez-vous baisser le droit d’entrée ?”, adoptez une posture d’analyste :

    • Que finance réellement ce droit d’entrée ?
      Demandez le détail : formation initiale (durée, contenu), accompagnement à l’ouverture, outils mis à disposition, aide au financement, etc.
    • Quelle part de mon investissement initial représente-t-il ?
      Un droit d’entrée de 25 000 € sur un projet total à 250 000 €, ce n’est pas la même chose que 25 000 € sur un projet à 100 000 €.
    • Le réseau a-t-il fait ses preuves ?
      Combien de points de vente ? Quel taux de survie à 3 et 5 ans ? Combien de fermetures ou de contentieux ? Un droit d’entrée élevé peut se défendre si le réseau est solide, bien accompagné et rentable.
    • Quelles références concrètes de performance chez les franchisés existants ?
      L’idéal : parler directement avec plusieurs franchisés (pas seulement “les vitrines” que l’enseigne vous propose) pour vérifier si le service rendu vaut bien le prix d’entrée.
    • Quelles sont les clauses de sortie ?
      Si le droit d’entrée est important, mais que les conditions de sortie sont extrêmement restrictives ou pénalisantes, le rapport risque/rendement se dégrade.

    Un droit d’entrée “cher” peut être un bon investissement si :

    • il s’accompagne d’un vrai transfert de savoir-faire,
    • le concept est éprouvé et rentable,
    • vous bénéficiez d’un accompagnement fort (marketing, digital, formation continue),
    • la marque crée un avantage concurrentiel réel.

    À l’inverse, un droit d’entrée “modeste” peut être trop cher si le franchiseur vous apporte peu, vous laisse vous débrouiller et capte pourtant une part significative de vos revenus.

    Deux cas pratiques : même droit d’entrée, rentabilité très différente

    Cas 1 : Franchise A – restauration rapide classique

    • Droit d’entrée : 25 000 €
    • Investissement total (hors BFR) : 220 000 €
    • Redevance : 6 % du CA + 2 % pub
    • CA moyen réseau annoncé : 450 000 €
    • Marge nette après rémunération du dirigeant : 35 000 € / an

    Supposons que vous confirmiez ces chiffres auprès de plusieurs franchisés. Votre délai de retour sur investissement (hors salaire) sera :

    Investissement total : 220 000 € / 35 000 € ≈ 6,3 ans

    Pour un secteur exposé (restauration, concurrence élevée, sensibilité accrue aux crises), ce délai est déjà limite.

    Cas 2 : Franchise B – services à la personne à domicile (avec positionnement responsable)

    • Droit d’entrée : 25 000 €
    • Investissement total : 90 000 € (peu de matériel, pas de local commercial coûteux)
    • Redevance : 4 % du CA + 1 % communication
    • CA moyen réseau annoncé : 300 000 €
    • Marge nette après rémunération du dirigeant : 40 000 € / an

    Investissement total : 90 000 € / 40 000 € ≈ 2,25 ans

    À droit d’entrée identique, la dynamique économique n’a rien à voir. Dans le deuxième cas, le droit d’entrée est proportionnellement plus élevé par rapport au montant total investi, mais la rentabilité est bien plus rapide et le risque capital immobilisé moindre.

    Message clé : ne jugez jamais le droit d’entrée isolément. Intégrez-le dans une analyse globale de la structure de coûts, de la rentabilité et du risque sectoriel.

    Spécificités des franchises à impact ou socialement responsables

    Si vous lisez Invest4Good, il y a de bonnes chances que les modèles à impact positif vous intéressent : recyclage, circuits courts, inclusion, services aux publics fragiles, énergies renouvelables, etc. La franchise existe aussi sur ces segments.

    Quelques particularités à intégrer dans votre analyse :

    • Marge parfois plus faible, mais clientèle plus fidèle
      Les clients sensibles à l’impact acceptent souvent un prix un peu plus élevé, mais les volumes peuvent être plus lents à monter. Le taux de réachat et la recommandation peuvent néanmoins être très forts.
    • Accès à des aides et financements spécifiques
      En fonction du secteur (insertion, handicap, économie circulaire), vous pouvez bénéficier de subventions, d’aides à l’emploi, de financements à taux préférentiels. Cela réduit votre besoin en capital et améliore mécaniquement votre TRI.
    • Exigence de cohérence entre le discours du réseau et ses pratiques
      Un réseau se disant “éco-responsable” mais imposant des fournisseurs à forte empreinte carbone ou des pratiques sociales discutables est un signal d’alerte. Votre risque réputationnel augmente.
    • Valorisation non financière
      Il est possible que vous acceptiez un retour sur investissement financier un peu plus long si le projet coche toutes vos cases en termes de sens, d’impact social ou environnemental. L’important est de le faire de manière consciente et chiffrée.

    Là encore, discutez avec plusieurs franchisés de ces réseaux : comment vivent-ils le modèle au quotidien ? Les promesses d’impact sont-elles tenues ? Les clients suivent-ils ?

    Check-list de due diligence avant de signer un droit d’entrée

    Avant de signer et de verser plusieurs dizaines de milliers d’euros, prenez le temps de cocher ces étapes :

    • Analyser en détail le DIP
      Nombre d’ouvertures, de fermetures, historique du réseau, procès éventuels, principaux indicateurs économiques. Demandez des explications sur tout point flou.
    • Parler avec au moins 3 à 5 franchisés existants
      Si possible, pas seulement ceux recommandés par le franchiseur. Questions à poser : respect du business plan initial, qualité du support, rentabilité, difficultés rencontrées, valeur ajoutée réelle du réseau.
    • Construire votre propre prévisionnel financier
      Ne vous contentez pas du prévisionnel “clé en main” fourni. Faites-le challenger par un expert-comptable ou un conseiller indépendant.
    • Tester la sensibilité de votre rentabilité
      Que se passe-t-il si le CA est 20 % plus bas que prévu ? Si le loyer est 10 % plus élevé ? Si vous devez embaucher une personne de plus ?
    • Clarifier les engagements d’accompagnement du franchiseur
      Que se passe-t-il si vous êtes en difficulté ? Quel est le niveau de support opérationnel ? Quelles formations continues ?
    • Examiner les clauses contractuelles clés
      Durée du contrat, exclusivité territoriale, non-concurrence, conditions de renouvellement, de cession, de sortie. Un mauvais contrat peut transformer un bon concept en piège.
    • Vérifier la cohérence avec votre projet de vie
      Horaires, charge de travail, implication personnelle, niveau de stress. Une franchise rentable mais incompatible avec votre vie personnelle n’est pas un bon investissement.

    Le droit d’entrée n’est qu’un chèque. Ce qui compte, c’est ce que vous achetez réellement derrière : un modèle économique, un accompagnement, un niveau de risque… et, idéalement, une activité qui crée de la valeur à la fois pour vous, pour vos clients et pour la société.

    En traitant le projet de franchise comme un véritable investissement – avec analyse des coûts complets, des flux de trésorerie, des risques et de l’impact – vous vous donnez une chance réelle de transformer un ticket d’entrée élevé en actif rentable, plutôt qu’en charge irrécupérable.

    Au dernier vivant : décrypter cette clause et ses effets sur la transmission de patrimoine

    Pourquoi la clause « au dernier vivant » mérite votre attention

    On en parle souvent en une phrase rapide chez le notaire : « On pourra ajouter une clause au dernier vivant, vous verrez plus tard ». Résultat ? Beaucoup de couples signent sans vraiment mesurer l’impact réel sur leur patrimoine… ni sur leurs héritiers.

    La clause « au dernier vivant » (ou « préciput », ou encore « donation entre époux » selon les configurations) est un outil puissant de protection du conjoint. Mais comme tout outil puissant, mal utilisé, elle peut créer des blocages, des tensions familiales, voire une inefficacité fiscale totale.

    Dans cet article, on va :

    • décrypter ce qu’est réellement une clause au dernier vivant,
    • voir ce qu’elle change concrètement dans une succession,
    • analyser ses avantages, ses risques et ses limites,
    • et surtout : passer en revue les bonnes questions à se poser avant de la signer (ou de la modifier).

    Clause « au dernier vivant » : de quoi parle-t-on exactement ?

    En pratique, ce qu’on appelle « au dernier vivant » recouvre le plus souvent une donation entre époux intégrée au contrat de mariage ou réalisée par acte notarié. Elle permet d’augmenter les droits du conjoint survivant au jour du décès du premier époux.

    Sans aménagement particulier, en présence d’enfants communs, le conjoint survivant a le choix entre :

    • l’usufruit de la totalité de la succession, ou
    • la pleine propriété du quart de la succession.

    La clause au dernier vivant va lui ouvrir des options supplémentaires, par exemple :

    • usufruit sur tout + une partie en pleine propriété,
    • pleine propriété d’une quotité plus importante (jusqu’à la « quotité disponible »),
    • ou une combinaison adaptée à la situation familiale.

    Autrement dit : ce n’est pas une baguette magique, mais un mécanisme qui donne plus de latitude au conjoint survivant pour se protéger… dans le cadre très encadré du Code civil (notamment la réserve héréditaire des enfants).

    Comment ça fonctionne concrètement dans une succession ?

    Imaginons un couple marié sous le régime légal (communauté réduite aux acquêts), avec 2 enfants communs, et un patrimoine de 400 000 € constitué :

    • Résidence principale : 300 000 €
    • Épargne financière : 100 000 €

    Sans clause particulière :

    • La moitié des biens (200 000 €) appartient déjà au conjoint survivant au titre de la communauté.
    • L’autre moitié (200 000 €) forme la succession du défunt.
    • Le conjoint peut choisir : l’usufruit de 200 000 € ou la pleine propriété de 50 000 € (¼).
    • Les enfants récupèrent le reste, en pleine propriété ou en nue-propriété selon le choix du conjoint.

    Avec une clause au dernier vivant bien rédigée, le conjoint pourra par exemple :

    • obtenir l’usufruit de la totalité de la succession + la pleine propriété d’une partie de celle-ci, ou
    • obtenir la pleine propriété de la quotité disponible (ici, avec 2 enfants, 1/3 en pleine propriété), soit plus que le simple quart légal.

    Concrètement pour lui, cela peut signifier : rester dans le logement sans pression, conserver une plus grande marge de manœuvre financière, voire arbitrer des actifs (vendre, réinvestir) sans être bloqué par les enfants.

    Les grands objectifs d’une clause au dernier vivant

    En pratique, quand un couple met en place cette clause, il cherche en général à atteindre trois objectifs :

    • Protéger le niveau de vie du conjoint survivant
      Éviter la vente précipitée du logement, lui laisser la maîtrise de l’épargne, lui garantir un « revenu » via l’usufruit, etc.
    • Limiter les tensions avec les enfants au premier décès
      Quand tout est cadré en amont, chacun sait à quoi s’attendre. On évite l’éternelle phrase : « Papa aurait voulu que… » sans que rien ne soit écrit.
    • Gérer la fiscalité de façon plus intelligente
      Rappel : les transmissions entre époux sont exonérées de droits de succession. Renforcer les droits du conjoint n’alourdit donc pas l’impôt à ce stade ; en revanche, cela peut modifier la charge fiscale au second décès.

    Dit autrement : la clause au dernier vivant est souvent pertinente si vous voulez que vos enfants héritent plus tard, mais mieux (avec un conjoint survivant qui n’est pas fragilisé en cours de route).

    Les différentes formes de protection offertes au conjoint

    Une donation entre époux peut offrir au conjoint survivant plusieurs options de partage de la succession. Les plus courantes :

    • L’usufruit de la totalité des biens
      Le conjoint peut utiliser, occuper, percevoir les revenus de tous les biens successoraux jusqu’à son décès. Les enfants sont nus-propriétaires. Intérêt : protection forte du conjoint (logement + revenus). Limite : les enfants doivent attendre le second décès pour récupérer la pleine propriété.
    • La pleine propriété de la quotité disponible
      Avec des enfants, la loi réserve une partie de la succession à ceux-ci (réserve) et laisse une partie libre (quotité disponible). Par exemple :
      • 1 enfant : réserve 1/2, quotité disponible 1/2
      • 2 enfants : réserve 2/3, quotité disponible 1/3
      • 3 enfants ou plus : réserve 3/4, quotité disponible 1/4

      Le conjoint peut recevoir cette quotité disponible en pleine propriété.

    • Un mix usufruit / pleine propriété
      Souvent très efficace : par exemple :
      • usufruit sur la résidence principale + pleine propriété d’une partie de l’épargne,
      • ou usufruit sur tout + une fraction en pleine propriété selon ce que la loi permet.

      Ce type de montage se rapproche d’une « ingénierie patrimoniale fine », surtout utile en présence de patrimoine immobilier ou d’entreprise.

    Point clé : la clause au dernier vivant doit être pensée avec une vision globale du patrimoine (immobilier + financier + assurance vie + éventuelle société civile) et pas seulement « logement + livret A ».

    Ce que cette clause change pour vos enfants

    Sur le plan civil, les enfants restent héritiers réservataires : la clause ne peut pas les déshériter. En revanche, elle modifie le timing et la nature de leurs droits.

    En présence d’une clause au dernier vivant qui favorise le conjoint :

    • les enfants peuvent devenir nus-propriétaires dès le premier décès,
    • mais ils ne disposeront de la pleine propriété (et donc du pouvoir de vendre, d’occuper, etc.) qu’au décès du second parent,
    • la valeur économique transmise est alors souvent optimisée, mais plus tardive.

    Dans certains cas, notamment en familles recomposées, cela peut créer un sentiment d’injustice : les enfants du premier lit « attendent » pendant qu’un beau-parent occupe le bien familial ou perçoit les loyers.

    C’est là que le rôle du notaire ou du conseiller patrimonial est crucial : anticiper ces tensions et, si besoin, préférer des ajustements plus fins (legs particuliers, assurance vie, clauses de réversion, création de SCI, etc.).

    Impacts fiscaux : ce qu’il faut vraiment regarder

    La clause au dernier vivant ne crée pas, à elle seule, d’optimisation fiscale spectaculaire. En revanche, elle structure la chronologie de l’impôt.

    • Entre époux : exonération de droits
      Depuis 2007, les transmissions entre époux (et partenaires de PACS) sont exonérées de droits de succession en France. Conséquence : renforcer la part du conjoint n’alourdit pas la facture fiscale au premier décès.
    • Pour les enfants : focus sur le second décès
      Les enfants bénéficient d’un abattement de 100 000 € chacun (à la date de rédaction) sur ce qu’ils reçoivent de chaque parent. Si l’essentiel du patrimoine est « reporté » au second décès (usufruit puis pleine propriété), la masse taxable pour les enfants peut être plus importante à ce moment-là. Autrement dit : c’est parfois plus d’impôt, mais plus tard. Ce n’est pas forcément un problème… si c’est assumé.
    • Assurance vie : à articuler intelligemment
      L’assurance vie est un outil de transmission hors succession (dans la limite des règles de primes manifestement exagérées, etc.). Une clause bénéficiaire bien rédigée peut :
      • compléter la protection du conjoint (capital en pleine propriété disponible immédiatement),
      • ou au contraire flécher une part directement vers les enfants, pour compenser un montage civil qui favorise beaucoup le conjoint.

      La clause « au dernier vivant » doit donc être pensée avec vos contrats d’assurance vie, pas à côté.

    Les principaux avantages de la clause au dernier vivant

    Si cette clause est si répandue chez les notaires, ce n’est pas un hasard. Bien utilisée, elle présente de vrais atouts :

    • Sécurité pour le conjoint survivant
      Permet de rester dans le logement, d’éviter la vente forcée, de conserver des revenus issus des placements ou de l’immobilier locatif.
    • Flexibilité au moment du décès
      Le conjoint survivant peut généralement choisir parmi plusieurs options prévues dans la donation entre époux, en fonction de la réalité du moment (santé, âge, besoins financiers, situation des enfants).
    • Prévisibilité juridique
      Tout est écrit. On évite les interprétations divergentes, les promesses orales… et une bonne partie des conflits familiaux.
    • Coût maîtrisé
      La mise en place d’une donation entre époux reste, à l’échelle des enjeux patrimoniaux, un investissement raisonnable. C’est souvent l’un des premiers outils à mobiliser lorsqu’on structure sa succession en couple.

    Les risques, biais fréquents et points de vigilance

    Comme toujours en matière patrimoniale, ce qui protège quelqu’un peut en léser un autre… ou se retourner contre vous si le contexte change. Quelques risques à bien intégrer :

    • Blocage pour les enfants sur le long terme
      En cas d’usufruit étendu, les enfants peuvent se retrouver nus-propriétaires pendant 20 ou 30 ans, sans pouvoir réellement disposer des biens. Si le conjoint survivant est nettement plus jeune, la situation peut être tendue.
    • Familles recomposées : zone de turbulences
      Donner beaucoup de pouvoir au conjoint survivant (qui n’est pas le parent de tous les enfants) peut générer une impression de mise à l’écart pour les enfants du premier lit. Les clauses au dernier vivant doivent être manipulées avec beaucoup de finesse dans ces configurations.
    • Surprotection du conjoint… mal alignée avec vos objectifs
      On signe parfois une donation entre époux à 35 ans, sans patrimoine significatif, puis on ne la revoit jamais. Or, 20 ans plus tard, le patrimoine, la situation familiale et le projet de vie ont changé. Ne pas remettre à jour la clause peut conduire à une surdotation involontaire du conjoint par rapport à ce que vous souhaiteriez aujourd’hui.
    • Effet de masse au second décès
      Reporter très largement la transmission aux enfants au second décès peut aboutir à une succession plus lourde fiscalement (plus de patrimoine, moins d’abattements disponibles). Ce n’est pas forcément un « défaut », mais il faut le modéliser pour décider en connaissance de cause.

    Exemples concrets pour y voir plus clair

    Cas 1 : Couple avec résidence principale, pas ou peu d’épargne

    Patrimoine : maison de 250 000 €, épargne de 20 000 €. 2 enfants communs. Sans clause, au décès de Monsieur, Madame peut garder l’usufruit, mais les enfants deviennent nus-propriétaires et peuvent, en théorie, demander une vente si la cohabitation est impossible.

    Avec une clause au dernier vivant donnant à Madame l’usufruit de la totalité et la pleine propriété de la quotité disponible sur l’épargne, elle peut :

    • rester dans la maison sans pression,
    • disposer librement d’une partie de l’épargne,
    • laisser les enfants récupérer la pleine propriété à son décès.

    Ici, la clause joue clairement son rôle de protection du toit et de stabilité familiale.

    Cas 2 : Famille recomposée avec patrimoine immobilier locatif

    Monsieur a 2 enfants d’une première union. Il se remarie avec Madame, sans enfant commun. Ils ont ensemble un parc locatif de 3 appartements.

    Une clause au dernier vivant donnant à Madame l’usufruit sur tous les biens peut bloquer les enfants de Monsieur pendant de longues années : ils voient leurs héritages « en suspens », pendant que la belle-mère perçoit tous les loyers.

    Dans ce cas, un montage plus équilibré peut être préféré :

    • Madame reçoit l’usufruit de la résidence principale + une partie des biens locatifs,
    • les enfants reçoivent plus vite la pleine propriété de certains biens, qu’ils peuvent vendre ou exploiter.

    On garde l’esprit de protection du conjoint, mais sans sacrifier la perception d’équité pour les enfants du premier lit.

    Comment savoir si cette clause est adaptée à votre situation ?

    Avant de signer (ou de modifier) une clause au dernier vivant, il est utile de se poser une série de questions très pragmatiques :

    • Qui souhaitez-vous vraiment protéger en priorité ?
      Le conjoint, les enfants, certains enfants en particulier (situation fragile, handicap, projet entrepreneurial…), un projet à impact ? L’ordre des priorités doit être explicite.
    • Votre patrimoine est-il plutôt immobilier, financier, ou professionnel ?
      La façon de protéger le conjoint et les enfants ne sera pas la même selon qu’il s’agit :
      • de la résidence principale uniquement,
      • d’un portefeuille de titres,
      • d’une entreprise familiale ou de parts de SCI.
    • Quelle est la configuration familiale ?
      Enfants communs uniquement, enfants de lits différents, âge des enfants, situation du conjoint (actif, retraité, écart d’âge important…). Plus la situation est complexe, plus la clause doit être sur-mesure.
    • Quel rôle souhaitez-vous donner au conjoint survivant ?
      Souhaitez-vous qu’il ait la main sur tout (usufruit étendu, choix d’options larges) ou au contraire que son pouvoir soit encadré (limitation à certains biens, durée, etc.) ?
    • Quand avez-vous relu votre clause pour la dernière fois ?
      Un audit patrimonial tous les 5 à 10 ans n’est pas un luxe. Vos souhaits d’il y a 20 ans ne sont peut-être plus les mêmes aujourd’hui.

    Intégrer la clause « au dernier vivant » dans une stratégie patrimoniale globale

    Sur Invest4Good, on parle beaucoup d’investissement responsable, mais aussi de cohérence globale : votre façon d’investir, de protéger vos proches et d’organiser votre transmission fait partie d’un même récit.

    La clause au dernier vivant est une pièce de ce puzzle, à articuler avec :

    • Votre régime matrimonial (communauté, séparation, participation aux acquêts, etc.),
    • Vos contrats d’assurance vie (qui peut être un outil puissant pour rééquilibrer entre conjoint et enfants),
    • Éventuelles sociétés civiles (SCI, holding) utilisées pour structurer l’immobilier ou l’entreprise,
    • Vos objectifs d’impact : souhaitez-vous léguer une partie de votre patrimoine à une fondation, à une entreprise sociale, à un projet environnemental ? La marge de manœuvre dépendra aussi de ce que vous laissez à votre conjoint et à vos enfants.

    Avant de signer la moindre clause, demandez à votre notaire ou à votre conseiller de vous montrer noir sur blanc :

    • Qui reçoit quoi, et quand, au premier décès ?
    • Qui reçoit quoi, et quand, au second décès ?
    • Quel est l’ordre de grandeur des droits de succession dans chaque scénario ?
    • Quelles marges de manœuvre reste-t-il pour flécher une partie de votre patrimoine vers des projets alignés avec vos valeurs ?

    C’est seulement à ce niveau de détail que la clause « au dernier vivant » cesse d’être une formalité signée à la va-vite… pour devenir un véritable outil de stratégie patrimoniale, au service de vos proches et de vos convictions.

    Prélèvement assurance vie : comment fonctionnent les taxes et frais sur vos contrats

    Si vous avez déjà reçu un relevé d’assurance vie en vous demandant : « Mais c’est quoi, tous ces prélèvements ? », vous n’êtes pas seul. Entre impôt, prélèvements sociaux, frais de gestion et retenues à chaque mouvement, il devient vite difficile de savoir ce que vous gagnez vraiment… et ce que la banque gagne à votre place.

    Dans cet article, on va remettre de l’ordre dans tout ça. Objectif : que vous compreniez, ligne par ligne, ce qui est prélevé sur votre contrat d’assurance vie, à quel moment, et surtout comment optimiser tout ça – sans tricher, mais en étant mieux armé que 90 % des épargnants.

    Pourquoi parler de “prélèvements” en assurance vie ?

    Dans le jargon, on mélange souvent deux choses :

    • les prélèvements fiscaux (impôts + prélèvements sociaux),
    • et les prélèvements de frais par l’assureur et l’intermédiaire (banque, courtier…).

    Pour votre rendement net, ces deux catégories sont tout aussi importantes. Un contrat « fiscalement avantageux » mais plombé par des frais élevés peut être moins intéressant qu’un contrat un peu plus imposé mais très peu chargé en frais.

    Et si vous investissez dans des supports responsables ou à impact, la transparence sur les frais est encore plus cruciale : chaque euro capté par les intermédiaires, c’est un euro de moins qui finance réellement la transition écologique ou les projets sociaux.

    Les trois grands moments où on vous prélève en assurance vie

    Avant d’entrer dans le détail, il est utile de visualiser le “parcours” de votre argent sur un contrat :

    • À l’entrée : lors des versements, des frais peuvent être prélevés.
    • Pendant la vie du contrat : les frais de gestion et d’arbitrage sont pris régulièrement, souvent de manière peu visible.
    • À la sortie : fiscalité (impôt + prélèvements sociaux) en cas de rachat ou de décès.

    On va suivre ce fil logique. Vous verrez que la plupart des “mauvaises surprises” viennent d’un mélange entre méconnaissance des règles fiscales et sous-estimation de l’impact des frais récurrents.

    Les prélèvements à l’entrée : les frais sur versement

    Quand vous versez 10 000 € sur une assurance vie, tout n’est pas toujours investi pour vous. Une partie peut être prélevée immédiatement par l’assureur ou le distributeur, sous forme de frais sur versement (aussi appelés « frais d’entrée »).

    Ils sont généralement entre 0 % et 5 % du montant versé. En pratique :

    • Banques traditionnelles : souvent 2 à 4 % (négociables).
    • Assureurs en ligne / courtiers indépendants : souvent 0 %.
    • Contrats “délivrés” par un conseiller en gestion de patrimoine : très variable, souvent autour de 1 à 3 %.

    Exemple concret : vous versez 10 000 € avec 3 % de frais d’entrée. 300 € sont prélevés immédiatement, seuls 9 700 € commencent réellement à travailler.

    Sur un contrat responsable ou à impact, il est fréquent que ces frais soient plus faibles, notamment en ligne. C’est paradoxalement sur certains contrats “grand public” classiques que l’on trouve les coûts d’entrée les plus élevés… et les supports les moins ambitieux sur le plan ESG.

    Point de vigilance : pour un investissement de long terme, 3 % de frais d’entrée peuvent mettre plusieurs années à être “rattrapés” par la performance, surtout en fonds euros. Sur un horizon de 3-5 ans, ces frais peuvent ruiner l’intérêt du contrat.

    Les prélèvements pendant la vie du contrat : les frais invisibles

    C’est souvent là que la complexité commence. Chaque année, des frais sont prélevés, mais vous ne voyez jamais une ligne “- X € de frais” qui sort de votre compte courant. Tout est fait “en interne”, sur le contrat.

    On distingue principalement :

    • Les frais de gestion sur le fonds en euros

    Ils sont prélevés directement par l’assureur sur le rendement brut du fonds en euros. Vous ne les voyez jamais, car on ne vous affiche que le rendement net de frais de gestion.

    Exemple : si l’actif du fonds en euros a produit 3,2 % brut, et que les frais de gestion sont de 0,8 %, l’assureur annoncera un taux servi de 2,4 %.

    Sur le marché, ces frais sont généralement entre 0,5 % et 1 % par an.

    • Les frais de gestion sur les unités de compte (UC)

    Pour les supports en unités de compte (fonds actions, obligations, fonds ISR, fonds à impact, SCPI…), il y a en réalité une double couche :

    • des frais de gestion du contrat lui-même (0,5 à 1 % par an en général),
    • des frais de gestion du support sous-jacent (le fonds dans lequel vous investissez), souvent 0,5 à 2 % supplémentaires.

    Résultat : vous pouvez avoir 2 % de frais annuels ou plus sur certaines UC. Ce n’est pas rare sur des fonds actions thématiques, y compris “verts” ou “climat”.

    Exemple chiffré sur 20 ans :

    • Capital investi : 20 000 € sur une UC
    • Rendement brut des marchés : 5 % par an
    • Frais totaux (contrat + fonds) : 2 % par an

    Rendement net pour vous : environ 3 % par an. Sur 20 ans :

    • À 5 % net : ~53 000 €
    • À 3 % net : ~36 000 €

    Les 2 % de frais annuels vous “coûtent” donc 17 000 € de capital final. Voilà pourquoi la chasse aux frais n’est pas un détail technique mais un sujet central, y compris en investissement responsable.

    • Les frais d’arbitrage

    Chaque fois que vous changez la répartition de votre contrat (par exemple : 50 % fonds euros / 50 % UC vers 30 % fonds euros / 70 % UC), un arbitrage est effectué. Certains assureurs facturent :

    • un pourcentage du montant arbitré (0,1 à 1 %),
    • ou un forfait fixe par arbitrage (par exemple 10 €),
    • ou quelques arbitrages gratuits par an, puis payants.

    Si vous faites vivre votre contrat pour “rééquilibrer” régulièrement votre allocation, ces frais peuvent peser lourd. À l’inverse, certains contrats en ligne proposent désormais des arbitrages gratuits, ce qui est plus cohérent avec une gestion active ou une stratégie progressif vers des supports ISR.

    • Les frais de mandat de gestion ou d’allocation pilotée

    Si vous déléguez la gestion (mandat, gestion profilée, gestion à horizon), des frais supplémentaires de l’ordre de 0,1 à 0,5 % par an peuvent s’ajouter.

    Pour des portefeuilles thématiques (par exemple 100 % fonds durables, climat ou impact), ces mandats peuvent avoir du sens… à condition que :

    • les frais restent raisonnables,
    • la performance nette (et l’impact réel) soient au rendez-vous.

    Les prélèvements sociaux : un passage obligé sur les gains

    Les prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.) s’élèvent aujourd’hui à 17,2 %. Ils s’appliquent uniquement sur les gains (intérêts, plus-values), pas sur le capital que vous avez versé.

    Leur mode de prélèvement dépend du type de support :

    • Sur le fonds en euros

    Les prélèvements sociaux sont prélevés chaque année sur les intérêts générés, même si vous ne faites aucun rachat.

    Exemple : votre fonds en euros vous crédite 1 000 € d’intérêts sur l’année :

    • Prélèvements sociaux (17,2 %) : 172 €
    • Intérêts nets : 828 €

    Vous ne verrez pas ces 172 € sortir de votre compte bancaire, mais ils sont bien prélevés “à la source” sur le rendement du fonds.

    • Sur les unités de compte

    Les prélèvements sociaux sur les UC sont prélevés au moment où vous réalisez un gain :

    • lors d’un rachat (partiel ou total),
    • et au moment du dénouement du contrat (par exemple au décès).

    Si vous arbitriez entre deux UC avec plus-value, la fiscalité peut être neutralisée à l’intérieur du contrat, mais ce n’est qu’au moment de la sortie “vers le monde extérieur” que les prélèvements sociaux s’appliquent réellement.

    Les impôts sur les rachats : comment fonctionne la fiscalité assurance vie

    En cas de rachat (vous retirez une partie ou la totalité de votre épargne), la fiscalité dépend :

    • de la date de vos versements (avant ou après le 27 septembre 2017),
    • de la durée de détention du contrat (moins de 8 ans / plus de 8 ans),
    • et du montant total de primes versées, au-delà ou en deçà de 150 000 € par personne.

    Commençons par une règle clé trop souvent oubliée : l’abattement annuel après 8 ans.

    • Après 8 ans : l’abattement qui change tout

    Une fois que votre contrat a plus de 8 ans, vous bénéficiez chaque année d’un abattement sur les gains retirés :

    • 4 600 € pour une personne seule,
    • 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune.

    Concrètement, si les gains inclus dans votre retrait sont inférieurs à cet abattement, vous ne payez pas d’impôt (il reste les prélèvements sociaux, eux aussi dus).

    Exemple :

    • Contrat ouvert il y a plus de 8 ans.
    • Vous retirez 20 000 €, dont 5 000 € de gain et 15 000 € de capital.
    • Vous êtes en couple : abattement 9 200 €.

    Les 5 000 € de gain sont entièrement couverts par l’abattement : 0 € d’impôt sur le revenu, seulement 17,2 % de prélèvements sociaux sur ces 5 000 €.

    • Moins de 8 ans : PFU ou barème ?

    Sur les versements effectués depuis le 27 septembre 2017, deux régimes coexistent :

    • le PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique), dit “flat tax” : 12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux = 30 %,
    • ou l’imposition au barème de l’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux.

    En pratique, si votre taux marginal d’imposition est supérieur à 12 %, le PFU est souvent plus intéressant. Si vos revenus sont faibles ou irréguliers, le barème peut être plus favorable. Vous pouvez trancher au moment de la déclaration, en fonction de votre situation globale.

    Particularité après 8 ans : pour les versements inférieurs à 150 000 € par personne, le taux forfaitaire descend à 7,5 % (toujours + 17,2 % de prélèvements sociaux). Au-delà de 150 000 €, c’est 12,8 % qui s’applique sur la part dépassant ce seuil.

    Erreur fréquente : croire que toute l’assurance vie est “exonérée” après 8 ans. Ce n’est pas le cas. Seule une partie des gains (grâce à l’abattement) peut l’être. Au-delà, c’est imposé, mais souvent à un taux plus doux que sur d’autres produits.

    Prélèvements en cas de décès : atout successoral… sous conditions

    L’un des grands intérêts de l’assurance vie reste son traitement au moment du décès. Mais là encore, il existe deux régimes principaux selon l’âge auquel vous avez versé les primes.

    • Primes versées avant vos 70 ans (article 990 I du CGI)

    Pour chaque bénéficiaire désigné :

    • exonération jusqu’à 152 500 € (toutes assurances vie confondues),
    • 20 % de taxation entre 152 500 € et 700 000 €,
    • 31,25 % au-delà.

    Cette fiscalité est souvent nettement plus avantageuse que les droits de succession classiques, surtout pour des bénéficiaires non héritiers réservataires (neveux, proches, associations…).

    • Primes versées après vos 70 ans (article 757 B du CGI)

    Dans ce cas, ce sont les primes elles-mêmes (hors gains) qui sont intégrées dans la succession, après un abattement global de 30 500 € (tous contrats et tous bénéficiaires confondus). Les gains capitalisés, eux, sont exonérés de droits de succession.

    Pour l’organisation d’un patrimoine à impact (legs à des fondations, associations, fonds de dotation), bien maîtriser cette mécanique permet de maximiser ce qui revient effectivement aux projets que vous souhaitez soutenir.

    Comment identifier et réduire les frais sur votre contrat existant

    Avant de chercher le “meilleur contrat” du marché, le premier réflexe efficace est souvent de faire l’autopsie de votre contrat actuel.

    Commencez par récupérer :

    • les conditions générales d’origine,
    • le dernier relevé annuel détaillé,
    • la liste des supports en portefeuille avec leurs frais de gestion propres.

    À partir de là, vérifiez point par point :

    • Frais sur versement : sont-ils encore appliqués sur chaque nouveau versement ? Peuvent-ils être négociés ou annulés ?
    • Frais de gestion du contrat : où vous situez-vous (0,6 %, 0,8 %, 1 % ou plus) ?
    • Frais de gestion des supports : certains fonds ne pourraient-ils pas être remplacés par des ETF ISR ou des fonds indiciels responsables bien moins chargés en frais ?
    • Frais d’arbitrage : avez-vous intérêt à limiter les mouvements, ou à passer sur un contrat sans frais d’arbitrage si votre stratégie est dynamique ?

    Si votre contrat a plus de 10-15 ans, il est fréquent qu’il soit fiscalement intéressant (ancienneté, bénéfice de l’abattement), mais financièrement pénalisant (frais élevés, supports datés). La solution n’est pas forcément de tout fermer, mais de :

    • limiter les nouveaux versements sur ce vieux contrat,
    • ouvrir un nouveau contrat plus moderne (frais réduits, gamme ISR / impact plus riche),
    • utiliser l’ancien principalement pour profiter de sa fiscalité à la sortie.

    Prélèvements et investissement responsable : quelques pièges spécifiques

    Lorsque l’on cherche à investir de façon responsable, on se retrouve souvent face à :

    • des fonds thématiques “verts” très marketés mais très chargés en frais,
    • des fonds à impact avec des couches de frais multiples (fonds de fonds, performance fees, etc.).

    Deux biais fréquents à repérer :

    • Confondre “label” et “performance nette” : un fonds labellisé ISR ou Greenfin avec 2,5 % de frais annuels devra surperformer nettement son indice juste pour compenser ses propres coûts. Sinon, une solution plus simple (ETF ISR à 0,2-0,3 % de frais) peut être plus cohérente, y compris en termes d’impact à long terme.
    • Accepter sans discuter les frais de mandat “responsable” : certains mandats impact/ESG facturent une couche de frais de gestion supplémentaires sans réelle valeur ajoutée en termes de sélection d’actifs ou de reporting d’impact. Exigez des exemples concrets de décisions de gestion et de résultats, pas seulement un joli discours.

    Rappel utile : chaque 0,5 % de frais de trop, sur 20 ou 30 ans, c’est plusieurs milliers d’euros de différence. Appliqué à un contrat dédié à la finance durable, cela peut faire la différence entre un projet réellement financé sur le terrain… et un budget marketing d’intermédiaires.

    Comment piloter vos retraits pour optimiser les prélèvements

    Une fois que le contrat est en place, la vraie stratégie commence au moment des rachats. Quelques principes simples permettent d’optimiser les prélèvements :

    • Attendre (si possible) le passage des 8 ans

    Si vous êtes proche de ce cap et que vous n’avez pas un besoin urgent de liquidités, décaler un retrait de quelques mois peut vous faire économiser quelques centaines ou milliers d’euros d’impôt, grâce à l’abattement annuel.

    • Lisser les retraits dans le temps

    Plutôt que de retirer 40 000 € d’un coup avec 10 000 € de gains, vous pouvez :

    • programmer plusieurs rachats sur 2 ou 3 ans,
    • et utiliser chaque année l’abattement de 4 600 / 9 200 € sur les gains.

    C’est particulièrement pertinent pour compléter des revenus à la retraite, tout en gardant votre contrat “en vie” et en bénéficiant de son cadre successoral.

    • Arbitrer entre PFU et barème

    Si une année donnée vous avez peu de revenus (année de transition professionnelle, départ à la retraite, congé sabbatique…), repasser au barème de l’impôt sur le revenu peut réduire la note, voire effacer l’impôt sur certains retraits de faible montant.

    Dans tous les cas, la logique est la même : anticiper vos besoins de trésorerie et les articuler avec le calendrier fiscal de l’assurance vie, plutôt que d’improviser au dernier moment.

    En résumé : transformer un contrat opaque en outil maîtrisé

    Une assurance vie n’est ni “magique”, ni forcément une machine à frais. Tout dépend :

    • de la qualité du contrat choisi (et de sa structure de frais),
    • de la façon dont vous l’utilisez dans le temps,
    • et de votre capacité à piloter retraits et arbitrages en gardant un œil sur la fiscalité.

    Pour reprendre le contrôle sur vos prélèvements :

    • faites l’inventaire détaillé des frais de votre contrat actuel,
    • vérifiez si vos supports ISR / à impact sont cohérents… aussi côté frais,
    • cartographiez vos besoins de liquidités futurs pour organiser vos retraits (abattements après 8 ans, choix PFU/barème),
    • et, si nécessaire, ouvrez un second contrat mieux calibré, plutôt que de subir un vieux contrat trop coûteux.

    La bonne nouvelle, c’est que, une fois ces règles comprises, l’assurance vie redevient ce qu’elle devrait toujours être : un outil souple, puissant, et parfaitement compatible avec une stratégie d’investissement responsable – à condition de ne plus laisser les prélèvements décider à votre place.

    Calcul sig : comprendre les soldes intermédiaires de gestion pour analyser la performance d’une entreprise

    Si vous investissez dans une entreprise – côté en Bourse, non cotée, PME locale ou startup à impact – vous devez dépasser le simple chiffre du “résultat net”. Trop tardif, trop agrégé, trop facilement maquillé.

    C’est là que les soldes intermédiaires de gestion (SIG) deviennent votre meilleur allié. Bien utilisés, ils vous permettent de répondre à des questions simples mais décisives :

  • D’où vient réellement la performance de l’entreprise : du cœur de métier, de la finance, de l’exceptionnel ?
  • Le modèle économique est-il sain et reproductible, ou dopé par des subventions / plus-values ponctuelles ?
  • L’entreprise génère-t-elle assez de marge pour absorber salaires, impôts, amortissements… et investir pour l’avenir ?
  • Voyons comment utiliser les SIG comme un outil d’analyse opérationnel, en restant concret et actionnable.

    Qu’est-ce que les SIG et à quoi servent-ils ?

    Les soldes intermédiaires de gestion sont une série d’indicateurs calculés à partir du compte de résultat. Plutôt que de regarder seulement le résultat net, on reconstitue une “cascade” de marges, du chiffre d’affaires jusqu’au bénéfice final.

    L’idée : décomposer la création de valeur étape par étape. Chaque solde répond à une question de gestion :

  • L’entreprise sait-elle bien acheter et vendre ? → Marge commerciale
  • Crée-t-elle de la richesse avec ses salariés et ses machines ? → Valeur ajoutée
  • Son activité “pure” est-elle rentable ? → Excédent brut d’exploitation (EBE)
  • Le cœur du métier est-il solide ? → Résultat d’exploitation
  • La structure financière aide-t-elle ou plombe-t-elle le résultat ? → Résultat courant
  • Quelle est la part du non-récurrent dans le résultat ? → Résultat exceptionnel
  • Pour un investisseur – surtout en finance responsable – ces questions sont cruciales. Deux entreprises peuvent afficher le même résultat net, mais :

  • L’une le tire d’une activité saine et récurrente
  • L’autre le doit à une vente d’actif, une subvention exceptionnelle ou des jeux comptables
  • Les SIG vous permettent de savoir qui fait vraiment le job, et qui maquille la vitrine.

    Les principaux SIG à connaître (et comment les lire)

    On va passer en revue les SIG les plus utilisés, avec pour chacun :

  • La définition
  • La formule simplifiée
  • Ce qu’il dit de l’entreprise
  • Un mini-exemple chiffré
  • Les montants ci-dessous sont volontairement simplifiés, mais la logique reste la même pour une PME ou un grand groupe.

    Marge commerciale : l’art d’acheter et de revendre

    Elle concerne surtout les entreprises de négoce / distribution qui achètent des biens pour les revendre sans transformation majeure.

    Formule :

  • Marge commerciale = Ventes de marchandises – Coût d’achat des marchandises vendues
  • Ce que ça mesure : la capacité de l’entreprise à fixer ses prix de vente, négocier ses achats, gérer ses stocks.

    Exemple :

  • Chiffre d’affaires marchandises : 1 000 000 €
  • Achats de marchandises (corrigés des variations de stock) : 700 000 €
  • Marge commerciale = 1 000 000 – 700 000 = 300 000 € (soit 30 % du CA)
  • Lecture : une marge commerciale durablement faible interroge sur le pouvoir de négociation, le positionnement prix… ou sur un marché trop concurrentiel.

    Production de l’exercice : ce que l’entreprise produit réellement

    Elle concerne plutôt les entreprises industrielles ou de services qui produisent eux-mêmes ce qu’ils vendent.

    Formule (vue simplifiée) :

  • Production de l’exercice = Production vendue + Production stockée + Production immobilisée
  • Ce que ça mesure : le volume économique de ce que l’entreprise a produit pendant l’année, pas seulement ce qu’elle a vendu.

    Utile pour identifier une entreprise qui :

  • Produit beaucoup mais peine à vendre (stocks qui gonflent)
  • Active énormément de production immobilisée (développement de logiciels, R&D…), ce qui peut flatter artificiellement certains soldes
  • Valeur ajoutée : la richesse créée par l’entreprise

    C’est le premier solde vraiment structurant. La valeur ajoutée (VA) montre ce que l’entreprise crée comme richesse après avoir payé ses fournisseurs.

    Formule simplifiée :

  • Valeur ajoutée = Marge commerciale + Production de l’exercice – Consommations externes
  • Les consommations externes incluent par exemple :

  • Achats de matières premières
  • Loyers, honoraires, sous-traitance
  • Frais d’énergie, de transport, etc.
  • Ce que ça mesure : la part de la richesse qui va ensuite être partagée entre :

  • Les salariés (salaires, charges sociales)
  • L’État (impôts et taxes)
  • Les prêteurs (intérêts)
  • Les actionnaires (dividendes)
  • L’entreprise elle-même (autofinancement, investissement)
  • Exemple :

  • Marge commerciale + Production : 1 200 000 €
  • Consommations externes : 600 000 €
  • Valeur ajoutée = 600 000 €
  • Une VA trop faible par rapport au chiffre d’affaires signale un modèle économique peu créateur de valeur, dépendant de beaucoup de sous-traitants ou à faible différenciation.

    Excédent brut d’exploitation (EBE) : la rentabilité “pure” de l’activité

    L’EBE est l’un des indicateurs préférés des analystes. Il mesure la rentabilité de l’exploitation avant prises en compte de la politique de financement, des amortissements, de l’impôt…

    Formule simplifiée :

  • EBE = Valeur ajoutée – Charges de personnel – Impôts et taxes (hors impôt sur les bénéfices) + Subventions d’exploitation
  • Ce que ça mesure : la capacité du modèle économique à générer un surplus de trésorerie, indépendamment :

  • Des choix de financement (dettes vs fonds propres)
  • Des investissements passés (amortissements)
  • Exemple :

  • Valeur ajoutée : 600 000 €
  • Charges de personnel : 350 000 €
  • Impôts et taxes : 30 000 €
  • Subventions d’exploitation : 20 000 €
  • EBE = 600 000 – 350 000 – 30 000 + 20 000 = 240 000 €
  • Lecture :

  • Un EBE positif et stable = modèle économique robuste
  • Un EBE très sensible à une subvention = modèle fragile, dépendant de l’aide publique
  • Un EBE en baisse alors que le CA augmente = dérive des coûts (salaires, sous-traitance, énergie, etc.)
  • Pour un investisseur à impact, analyser l’EBE permet de vérifier qu’un projet à forte utilité sociale ou environnementale est aussi économiquement soutenable.

    Résultat d’exploitation : ce que vaut le cœur du métier

    On commence ici à intégrer des éléments de long terme : amortissements, provisions.

    Formule simplifiée :

  • Résultat d’exploitation = EBE + Reprises sur amortissements et provisions – Dotations aux amortissements et provisions ± Autres produits et charges d’exploitation
  • Ce que ça mesure : la performance du cœur de métier, après prise en compte :

  • De l’usure et du renouvellement des actifs (amortissements)
  • Des risques anticipés (provisions)
  • Exemple (suite) :

  • EBE : 240 000 €
  • Dotations aux amortissements : 120 000 €
  • Reprises nettes et autres produits/charges : 10 000 €
  • Résultat d’exploitation = 240 000 – 120 000 + 10 000 = 130 000 €
  • Lecture :

  • Un EBE correct mais un résultat d’exploitation très faible peut signaler :
  • Des amortissements lourds (investissements récents, capital intensif)
  • Des provisions importantes (litiges, risques environnementaux, restructuration…)
  • C’est à ce niveau que vous verrez réellement si un modèle à impact doit supporter des coûts additionnels liés à la transition écologique (mise aux normes, dépollution, etc.).

    Résultat courant avant impôt : l’exploitation + la finance

    Le résultat courant avant impôt (RCAI) intègre désormais la politique financière de l’entreprise (dettes, placements).

    Formule simplifiée :

  • Résultat courant avant impôt = Résultat d’exploitation + Résultat financier
  • Le résultat financier inclut :

  • Produits financiers (intérêts reçus, dividendes reçus)
  • Charges financières (intérêts sur les dettes…)
  • Ce que ça mesure : la performance “normale” de l’entreprise (opérationnelle + financière), hors événements exceptionnels.

    Exemple :

  • Résultat d’exploitation : 130 000 €
  • Résultat financier : – 50 000 € (intérêts sur les prêts bancaires, obligations…)
  • RCAI = 130 000 – 50 000 = 80 000 €
  • Lecture :

  • Un résultat d’exploitation correct mais un RCAI faible ou négatif = structure de dettes lourde
  • Un RCAI supérieur au résultat d’exploitation = résultats financiers positifs (beaucoup de trésorerie placée, peu de dettes…)
  • En finance durable, c’est un bon endroit pour vérifier que la transition n’est pas financée à crédit de manière excessive, au risque d’étouffer l’entreprise.

    Résultat exceptionnel : le bruit dans le signal

    Le résultat exceptionnel rassemble les opérations non récurrentes :

  • Vente d’un immeuble
  • Pénalités, amendes importantes
  • Réorganisations majeures, litiges exceptionnels
  • Formule simplifiée :

  • Résultat exceptionnel = Produits exceptionnels – Charges exceptionnelles
  • Ce que ça mesure : l’impact des événements qui ne devraient pas se reproduire régulièrement… en théorie.

    Attention : si un groupe affiche tous les ans un “résultat exceptionnel” significatif, vous pouvez légitimement vous demander si l’exceptionnel n’est pas devenu une habitude.

    Résultat net : la ligne qui trompe les débutants

    Le résultat net inclut tous les étages :

  • Résultat courant
  • Résultat exceptionnel
  • Impôt sur les bénéfices
  • Formule simplifiée :

  • Résultat net = Résultat courant avant impôt + Résultat exceptionnel – Impôt sur les bénéfices
  • Utile pour :

  • Calculer un PER, un taux de marge nette, un ROE…
  • Raisonner sur la distribution de dividendes
  • Mais insuffisant pour analyser la qualité de la performance. C’est tout l’enjeu des SIG : remonter du résultat net vers ses composantes.

    Comment calculer concrètement les SIG à partir d’un compte de résultat ?

    Dans la pratique, vous avez deux cas :

  • Vous disposez d’états financiers au format français (PCG, liasses fiscales) → les SIG sont souvent déjà préparés
  • Vous analysez une société avec un compte de résultat “classique” → vous devez recréer les SIG vous-même
  • Une méthode opérationnelle en 5 étapes :

  • Identifier le chiffre d’affaires et les ventes de marchandises
  • Repérez le poste “Chiffre d’affaires”
  • Si l’entreprise fait du négoce, distinguez “ventes de marchandises” et “ventes de produits/services”
  • Isoler les achats et consommations externes
  • Achats consommés (matières, marchandises)
  • Sous-traitance, loyers, honoraires, énergie, transport…
  • Ceci vous permet de calculer la marge commerciale et la valeur ajoutée
  • Distinguer les charges de personnel
  • Salaires bruts
  • Charges sociales
  • C’est la clé pour passer de la VA à l’EBE
  • Repérer amortissements et provisions
  • Dotations aux amortissements
  • Dotations aux provisions
  • Puis leurs reprises éventuelles
  • Cela vous donne le résultat d’exploitation
  • Ajouter les résultats financier et exceptionnel
  • Produits et charges financières
  • Produits et charges exceptionnelles
  • Enfin, l’impôt sur les bénéfices pour aboutir au résultat net
  • Pour un investisseur individuel, un simple fichier Excel suffira pour reconstituer le tableau de SIG à partir du compte de résultat publié.

    Comment utiliser les SIG pour analyser la performance d’une entreprise ?

    Une fois les SIG calculés, l’objectif n’est pas de les aligner dans un tableau sexy… mais de raconter une histoire économique cohérente. Quelques angles d’analyse utiles :

  • Stabilité des marges dans le temps
  • La marge commerciale est-elle stable, en hausse, en baisse ?
  • La valeur ajoutée progresse-t-elle au même rythme que le chiffre d’affaires ?
  • L’EBE suit-il la croissance de l’activité ou se dégrade-t-il ?
  • Structure des coûts
  • Poids des consommations externes : forte sous-traitance, dépendance énergétique ?
  • Poids des salaires : entreprise très capital humain vs très capitalistique
  • Poids des amortissements : cycle d’investissement lourd ?
  • Qualité du résultat
  • Part de l’exploitation vs exceptionnel
  • Résultat financier soutenable ou signe d’endettement excessif ?
  • Dépendance à des subventions d’exploitation ?
  • Appliquons ça à deux profils simplifiés.

    Cas 1 : une entreprise de négoce “classique”

  • Marge commerciale : stable autour de 25–30 % du CA
  • VA en légère hausse, EBE aussi
  • Résultat d’exploitation régulier, pas de gros exceptionnel
  • Résultat financier faible (un peu de dettes, mais maîtrisées)
  • Lecture : modèle économique prévisible, bien géré. Intéressant pour un investisseur qui cherche de la stabilité, à condition que le secteur ne soit pas structurellement menacé (e-commerce, nouvelles normes, etc.).

    Cas 2 : une entreprise “à impact” très subventionnée

  • VA correcte mais EBE très dépendant d’une grosse subvention d’exploitation
  • Résultat d’exploitation positif grâce à cette aide, mais sans elle l’entreprise serait en perte
  • Résultat exceptionnel ponctuellement positif (aide à l’investissement, prime, etc.)
  • Lecture : projet potentiellement très utile socialement/environnementalement, mais modèle économique fragile et dépendant de la puissance publique. Acceptable pour un investisseur à impact… à condition d’en être conscient et d’évaluer la pérennité des financements publics.

    Ce que les SIG révèlent sur la durabilité du modèle économique

    Les SIG sont particulièrement utiles pour analyser la compatibilité entre impact et viabilité financière.

    Quelques signaux que vous pouvez repérer :

  • Coûts de mise aux normes environnementales
  • Ils apparaissent souvent en charges d’exploitation, parfois en provisions (risques environnementaux futurs)
  • Impact : baisse du résultat d’exploitation à court terme, mais réduction de risques futurs
  • Dépendance aux subventions “vertes”
  • Subventions d’exploitation intégrées dans l’EBE
  • Question clé : que devient l’EBE si la subvention disparaît ?
  • Intensité capitalistique de la transition
  • Investissements massifs → amortissements élevés
  • Si l’EBE ne croît pas au même rythme, le résultat d’exploitation s’érode
  • Externalisation des impacts négatifs
  • Une entreprise “peu chère” peut afficher une bonne marge, tout en externalisant des coûts (environnement, conditions de travail)
  • La montée des réglementations peut transformer ces externalités en vraies charges (provisions, amendes, investissements obligatoires), visibles dans les SIG
  • Les SIG ne remplacent pas l’analyse ESG, mais ils sont un excellent outil pour vérifier si le business model a les reins assez solides pour absorber les coûts réels de la transition.

    Les limites et pièges classiques des SIG

    Comme tout outil comptable, les SIG ont leurs biais. Quelques points de vigilance :

  • Comparaison intersectorielle
  • Comparer la marge commerciale d’un distributeur alimentaire avec celle d’un éditeur de logiciels n’a aucun sens
  • Raisonnez par métier : industrie vs services vs négoce, etc.
  • Normes comptables différentes
  • Les SIG sont très “franco-français”
  • En normes IFRS, certains postes sont classés différemment : attention aux reconstitutions approximatives
  • Effet des politiques d’amortissement
  • Une entreprise peut “accélérer” ou “étaler” ses amortissements dans les limites des règles
  • Impact direct sur le résultat d’exploitation, moins sur l’EBE
  • Exceptionalisation abusive
  • Tendance classique : classer en “exceptionnel” tout ce qui est désagréable
  • Si un poste “exceptionnel” revient tous les ans… il n’a plus grand-chose d’exceptionnel
  • Subventions et aides publiques
  • Elles sont parfois présentées comme de l’exploitation récurrente… alors que leur maintien dépend d’un contexte politique
  • En résumé, les SIG sont puissants, mais ils demandent un minimum de recul critique et de bon sens.

    Checklist pratique pour analyser une entreprise avec les SIG

    Pour finir, un petit plan d’action que vous pouvez appliquer dès votre prochain rapport annuel :

  • Étape 1 – Reconstituer les SIG
  • À partir du compte de résultat, calculez : VA, EBE, résultat d’exploitation, RCAI, résultat net
  • Étape 2 – Calculer quelques ratios simples
  • VA / Chiffre d’affaires
  • EBE / Chiffre d’affaires (marge d’EBE)
  • Résultat d’exploitation / Chiffre d’affaires
  • Charges de personnel / Valeur ajoutée
  • Étape 3 – Regarder l’évolution sur 3 à 5 ans
  • Les marges sont-elles stables, en amélioration, en érosion ?
  • Les subventions prennent-elles une place croissante ?
  • Les amortissements explosent-ils sans que l’EBE suive ?
  • Étape 4 – Identifier la “vérité économique”
  • D’où vient vraiment la performance : exploitation, finance, exceptionnel ?
  • Le modèle crée-t-il assez de valeur pour rémunérer durablement salariés, État, prêteurs et actionnaires ?
  • Étape 5 – Croiser avec votre grille ESG / impact
  • La trajectoire financière est-elle compatible avec les investissements nécessaires pour rester aligné avec vos critères (climat, social, gouvernance) ?
  • Maîtriser les SIG, ce n’est pas devenir comptable : c’est apprendre à lire entre les lignes du compte de résultat. Une compétence clé pour tout investisseur qui veut financer des entreprises performantes, mais aussi réellement durables.