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Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour les investisseurs particuliers

Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour les investisseurs particuliers

Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour les investisseurs particuliers

Ordre au marché : un outil simple… mais pas toujours innocent

Sur la plupart des applis de trading, l’« ordre au marché » est l’option par défaut. Un clic, et vos actions sont achetées ou vendues « instantanément ». Pratique, rapide, rassurant… en apparence.

Dans les faits, un ordre au marché mal utilisé peut vous coûter plusieurs pourcents de performance en quelques secondes. Pour un investisseur responsable qui cherche à optimiser chaque euro (et pas seulement à « jouer en bourse »), comprendre cet outil est indispensable.

Dans cet article, on va décortiquer :

L’objectif : que vous sachiez quand un ordre au marché est pertinent… et quand il devient une très mauvaise idée.

Qu’est-ce qu’un ordre au marché, concrètement ?

Un ordre au marché, c’est une instruction donnée à votre courtier d’acheter ou de vendre un titre « immédiatement », au meilleur prix disponible à l’instant T. Contrairement à un ordre à cours limité, vous ne fixez pas de prix maximum (à l’achat) ou minimum (à la vente).

En pratique, cela signifie :

Si vous envoyez un ordre au marché d’achat sur l’action X :

C’est là que réside le principal piège : ce n’est pas parce que vous voyez un cours à 20 € sur votre écran que toute votre position sera exécutée à 20 €.

Carnet d’ordres : la pièce manquante que votre appli ne montre pas toujours

Pour comprendre les risques d’un ordre au marché, il faut visualiser le carnet d’ordres. C’est simplement la liste de :

Exemple simplifié sur une action :

Le dernier cours affiché peut être 20,00 €. Mais si vous envoyez un ordre au marché pour acheter 400 actions :

Votre prix moyen d’achat sera supérieur à 20,06 €, bien au-dessus du cours que vous aviez en tête. Sur un petit montant, ce n’est pas dramatique. Sur des montants plus élevés ou des titres peu liquides, l’écart peut devenir très significatif.

Les principaux risques d’un ordre au marché

L’ordre au marché n’est pas « dangereux » en soi. Le problème vient de son utilisation sans conscience des risques sous-jacents. Passons-les en revue.

Le dérapage de prix (« slippage »)

Le slippage, c’est l’écart entre :

Sur les marchés liquides, avec des volumes importants et un spread faible, le slippage sur un petit ordre peut être quasi nul. Sur d’autres configurations, il explose :

Un slippage de 1 à 2 % sur un ordre peut sembler marginal. Répétez l’opération à chaque mouvement de portefeuille, et c’est plusieurs dizaines de points de base de performance qui s’évaporent chaque année — autant d’argent qui n’ira pas financer vos projets, ni les entreprises à impact que vous souhaitez soutenir.

Les mouvements brusques en période de volatilité

Autre risque moins intuitif : en période de panique ou d’euphorie, un simple ordre au marché peut être exécuté très loin des niveaux « rationnels ».

Imaginez :

Si vous envoyez un ordre au marché pour vendre « pour limiter la casse », vous risquez d’être exécuté sur un creux de marché provoqué par la panique, parfois 10–15 % en dessous des niveaux qui se rétabliront quelques heures plus tard.

À l’inverse, sur une hype (par exemple autour d’une valeur « verte » très médiatisée), un ordre au marché d’achat peut vous faire entrer au plus haut d’une mèche de volatilité, alors que le titre corrigera rapidement ensuite.

Les risques spécifiques sur certains produits (ETF, obligations, produits à effet de levier)

Tous les produits ne réagissent pas de la même façon aux ordres au marché.

Pour un investisseur particulier orienté long terme et finance durable, ce n’est généralement pas sur ces produits qu’il est pertinent de « jouer » avec des ordres au marché.

Les fausses bonnes raisons d’utiliser systématiquement les ordres au marché

Pourquoi tant d’investisseurs particuliers cliquent-ils sur « marché » sans réfléchir ? Plusieurs biais psychologiques sont à l’œuvre.

Quelques minutes d’analyse (liquidité, carnet d’ordres, spread, horaires) permettent de choisir l’outil adapté, plutôt que de cliquer par défaut.

Quand un ordre au marché peut être pertinent

Tout n’est pas noir. Il existe des cas où l’ordre au marché est parfaitement défendable, voire optimal.

Dans ces configurations, le risque de slippage est limité, et le gain de simplicité peut justifier l’usage de l’ordre au marché.

Les bonnes pratiques pour limiter les risques

Passons à la partie opérationnelle : comment utiliser (ou éviter) les ordres au marché de manière intelligente ?

Privilégier l’ordre à cours limité dans la plupart des cas

Pour un investisseur particulier discipliné, surtout orienté long terme, l’ordre à cours limité devrait être l’outil standard :

Certes, vous prenez le risque de ne pas être exécuté si le marché ne revient pas sur votre prix. Mais si votre horizon est de plusieurs années, la priorité n’est pas d’être « dans la position » à la minute près, c’est d’entrer à un prix raisonnable et contrôlé.

Pour rester pragmatique :

Éviter les ordres au marché sur les titres peu liquides

Sur les valeurs moins liquides (small caps, obligations vertes, ETF de niche, titres cotés sur des marchés secondaires), la règle simple est :

Si le spread est de 3 % ou plus, ou que le carnet présente des « trous » (absence d’ordres pendant plusieurs crans de prix), l’ordre au marché devient une roulette russe. Un ordre à cours limité, quitte à être patient, est nettement préférable.

Faire attention aux horaires et aux événements

Trois moments où un ordre au marché est particulièrement risqué :

Autant que possible, privilégiez les passages d’ordres :

Surveiller le prix moyen exécuté, pas seulement le cours affiché

Sur vos relevés d’ordres, regardez systématiquement :

Si vous constatez régulièrement des écarts de plus de 0,5–1 % entre ce que vous attendiez et ce que vous obtenez, c’est un signal fort : votre utilisation des ordres au marché vous coûte cher. C’est le moment de revoir votre méthode.

Articuler simplicité d’exécution et stratégie d’investissement responsable

Pourquoi ce sujet, qui semble très « technique », est-il important pour un investisseur orienté finance durable ? Pour deux raisons.

1. Chaque point de performance compte pour l’impact

Optimiser le passage d’ordres, ce n’est pas du fétichisme de trader. C’est un moyen de :

Un portage de 20 ans sur des stratégies ESG bien sélectionnées peut faire une énorme différence, et cette différence se joue aussi dans ces « détails » que sont les quelques dixièmes de pourcent perdus à chaque transaction.

2. La discipline technique renforce la discipline émotionnelle

Accepter de ne pas tout faire « au marché » oblige à :

Cette discipline est un excellent antidote aux biais comportementaux (panique, FOMO, suractivité de portefeuille) qui nuisent à la fois à la performance et à la cohérence de votre démarche d’investissement responsable.

En résumé : un outil à manier avec conscience, pas par défaut

L’ordre au marché est un outil utile, parfois le plus adapté, mais certainement pas neutre :

Pour un investisseur particulier qui construit patiemment un portefeuille aligné avec ses valeurs :

Ce n’est pas la partie la plus glamour de l’investissement responsable, mais c’est l’une des plus rentables à long terme : moins de frottements, plus de capital au service de vos convictions.

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