Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier

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Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier
Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier

Pourquoi s’intéresser aux ordres au marché quand on investit (même à impact) ?

Que vous investissiez dans un ETF ESG, une action d’une entreprise à impact ou une obligation verte, vous passez tous par la même porte d’entrée : un ordre de Bourse.

Et là, première bifurcation : ordre au marché ou ordre à cours limité (et leurs variantes) ?

Beaucoup d’investisseurs particuliers choisissent automatiquement l’ordre au marché parce que c’est la première option proposée par le courtier… sans vraiment comprendre ce que cela implique en termes de prix, de risque et de contrôle.

Dans cet article, on va :

  • expliquer clairement comment fonctionne un ordre au marché ;
  • illustrer avec des exemples concrets (ETF, small caps, valeurs peu liquides) ;
  • analyser les risques souvent sous-estimés ;
  • vous donner des bonnes pratiques pour les utiliser intelligemment (ou les éviter).

Ordre au marché : définition simple et précise

Un ordre au marché, c’est un ordre qui dit à votre courtier : « Achète (ou vends) immédiatement, au meilleur prix disponible, pour la quantité que je demande. »

Deux caractéristiques clés :

  • Priorité à l’exécution : l’objectif est d’être exécuté, pas de contrôler le prix.
  • Pas de limite de prix : vous acceptez d’acheter au prix auquel des vendeurs sont disposés à vendre (ou de vendre au prix auquel des acheteurs sont prêts à acheter).

En pratique :

  • si vous achetez au marché, vous frapperez le(s) meilleur(s) prix de vente disponible(s) dans le carnet d’ordres ;
  • si vous vendez au marché, vous frapperez le(s) meilleur(s) prix d’achat disponible(s).

C’est l’inverse d’un ordre à cours limité, où vous dites par exemple : « J’achète 50 actions, mais maximum 20 € pièce ». Là, l’exécution n’est plus garantie, c’est le prix qui l’est.

La mécanique derrière : carnet d’ordres et fourchette bid/ask

Pour comprendre ce qui se passe quand vous envoyez un ordre au marché, il faut regarder du côté du carnet d’ordres. C’est la liste de tous les ordres d’achat et de vente en attente sur une valeur, classés par prix.

Sur un titre, à un instant donné, vous aurez par exemple :

  • Bid (meilleurs acheteurs) : 100 actions à 19,98 € ; 200 actions à 19,95 € ; 300 actions à 19,90 €…
  • Ask (meilleurs vendeurs) : 50 actions à 20,02 € ; 150 actions à 20,05 € ; 300 actions à 20,10 €…

La fourchette bid/ask (spread) est l’écart entre le meilleur prix d’achat et le meilleur prix de vente. Ici : 20,02 € – 19,98 € = 0,04 €.

Si vous passez un ordre d’achat au marché pour 30 actions :

  • Vous prenez les 30 premières actions disponibles à 20,02 € (meilleur ask) ;
  • Votre ordre est exécuté en totalité, à un prix proche du dernier cours.

Maintenant, si vous passez un ordre d’achat au marché pour 500 actions sur le même carnet :

  • Vous prenez les 50 actions à 20,02 € ;
  • puis 150 actions à 20,05 € ;
  • puis 300 actions à 20,10 € ;
  • soit 500 actions au total, mais à des prix différents, avec un prix moyen autour de 20,08 €.

Vous pensiez « acheter autour de 20 € » ? Vous avez payé jusqu’à 20,10 € parce que la liquidité était limitée au meilleur prix.

Les avantages des ordres au marché (il y en a, et ils sont réels)

Utilisé correctement, l’ordre au marché peut être un outil tout à fait pertinent. Voici dans quels cas il a du sens :

  • Sur des titres très liquides : grandes capitalisations, ETF très échangés, indices majeurs (CAC 40, S&P 500, MSCI World…). Le carnet d’ordres est profond, les spreads sont serrés, le risque de « dérapage » est limité.
  • Pour des montants modestes : un ordre d’achat de 500 € sur un ETF MSCI World très liquide ne va pas faire bouger le carnet d’ordres.
  • Quand l’exécution immédiate est prioritaire : besoin de liquider une position en urgence (risque spécifique découvert sur une entreprise, problème de gouvernance ESG, scandale, etc.).
  • Simplicité maximale : pour un débutant, c’est l’ordre le plus intuitif à comprendre et à utiliser.

Dans une logique d’investissement responsable à long terme, sur des ETF ou des grandes entreprises solides et liquides, un ordre au marché bien placé dans la journée peut être parfaitement acceptable… à condition de respecter quelques règles (on y revient).

Les risques souvent sous-estimés (et qui peuvent coûter cher)

Le principal risque d’un ordre au marché n’est pas d’être non exécuté… mais d’être trop bien exécuté à un prix défavorable.

Les principaux pièges :

  • Glissement de prix (slippage) : vous envoyez un ordre au marché sur un titre peu liquide ou en forte volatilité, le prix « file » pendant l’exécution, et vous finissez avec un prix moyen très éloigné du niveau que vous aviez en tête.
  • Spreads très larges : certaines small caps, obligations vertes cotées ou valeurs de niche à impact ont des écarts bid/ask significatifs. Acheter au marché revient alors à payer l’écart maximal.
  • Ouvertures de marché et écarts importants : à l’ouverture, après une nouvelle importante (profit warning, scandale environnemental, annonce réglementaire), le titre peut ouvrir avec un gap. Un ordre au marché passé avant ouverture peut être exécuté sur ce nouveau niveau, parfois très éloigné du dernier cours connu la veille.
  • Marchés peu profonds : sur certains marchés émergents, segments alternatifs ou valeurs non éligibles au SRD, le carnet d’ordres est parfois presque vide. Quelques ordres au marché suffisent à décaler fortement les prix.

On voit régulièrement des cas d’investisseurs particuliers achetant « au marché » une small cap à impact à +15 % par rapport au cours de référence parce que le carnet était très creux… tout en pensant faire un investissement « raisonné ». L’impact est peut-être positif, mais le prix payé l’est beaucoup moins.

Exemples concrets : quand l’ordre au marché déraille

Exemple 1 : ETF ESG très liquide

Vous achetez 2 000 € d’un ETF MSCI World ESG coté à Paris. Spreads typiques : 0,02 % à 0,05 %. Volume journalier : plusieurs millions d’euros.

Vous passez un ordre d’achat au marché à 11 h. Résultat probable :

  • exécution quasi instantanée ;
  • prix très proche du dernier cours ;
  • slippage négligeable par rapport à votre horizon de détention (5, 10, 15 ans).

Dans ce cas, l’ordre au marché est rationnel et ne met pas en péril votre performance.

Exemple 2 : Small cap à impact peu liquide

Vous repérez une PME française spécialisée dans le recyclage, cotée sur un compartiment peu liquide. Dernier cours affiché : 12 €. Vous êtes séduit par le projet et vous décidez d’acheter pour 3 000 € « au marché ».

Sauf que le carnet d’ordres, au moment précis où vous passez l’ordre, ressemble à ceci :

  • Bid : 200 titres à 11,80 € ; 150 titres à 11,50 €
  • Ask : 50 titres à 12,50 € ; 100 titres à 13,00 € ; 200 titres à 13,80 €

Votre ordre au marché va :

  • prendre 50 titres à 12,50 € ;
  • puis 100 titres à 13,00 € ;
  • puis le reste à 13,80 € ;

Vous vous retrouvez avec un prix moyen supérieur à 13 €, soit plus de +8 % par rapport au dernier cours de 12 €. Non pas parce que la valeur a « monté », mais parce que vous avez accepté de payer le carnet tel qu’il était, sans limite de prix. Sur un horizon long, ces 8 % de surcoût peuvent vous priver d’une partie significative de la performance.

Ordre au marché vs ordre à cours limité : lequel privilégier ?

Plutôt que de diaboliser l’un ou l’autre, mieux vaut les considérer comme deux outils complémentaires :

  • Ordre au marché : priorité à l’exécution rapide, au détriment du contrôle précis du prix.
  • Ordre à cours limité : priorité au prix maximum/minimum que vous êtes prêt à accepter, au détriment de la certitude d’être exécuté.

Une règle simple pour l’investisseur particulier :

  • Sur valeurs très liquides et montants modestes : un ordre au marché peut être acceptable, en journée, hors période de volatilité extrême.
  • Sur valeurs peu liquides, small caps, niches de la finance à impact : privilégier presque systématiquement l’ordre à cours limité.
  • Sur montants relativement importants par rapport au volume quotidien : éviter l’ordre au marché qui risque de « manger » plusieurs niveaux de carnet.

Bonnes pratiques pour utiliser (ou éviter) les ordres au marché

Voici une check-list opérationnelle avant de cliquer sur « Valider ».

1. Toujours vérifier la liquidité

  • Volume quotidien moyen : un volume de plusieurs centaines de milliers d’euros par jour est généralement confortable ; quelques dizaines de milliers seulement imposent la prudence.
  • Profondeur du carnet d’ordres : si votre courtier affiche le carnet, regardez combien de titres sont disponibles aux meilleurs prix. Votre ordre représente-t-il 5 %, 20 %, 50 % de ces quantités ?
  • Écart bid/ask : un spread de 0,05 % sur un ETF est courant ; un spread de 2–3 % sur une small cap est un signal clair de risque de slippage.

2. Éviter les ordres au marché à certains moments

  • Juste à l’ouverture : les carnets se réajustent, les prix peuvent gaper fortement après une news. Mieux vaut attendre que le marché « digère » l’information.
  • Juste avant la clôture : la liquidité peut se réduire, certains opérateurs arbitrent en dernière minute.
  • Pendant les annonces sensibles : résultats trimestriels, annonces réglementaires, décisions de banques centrales… la volatilité explose, la visibilité sur le prix d’exécution diminue.

3. Sur titres à impact ou niches ESG : redoubler de prudence

Par nature, beaucoup de valeurs à impact ou obligations « vertes » cotées sont :

  • moins suivies par les grands investisseurs ;
  • moins liquides ;
  • plus sensibles aux flux d’ordres ponctuels.

Autrement dit, ce sont des terrains où l’ordre au marché peut faire très mal s’il est utilisé à l’aveugle.

4. Fractionner vos ordres

Si vous investissez une somme significative sur un titre pas ultra-liquide :

  • évitez d’envoyer un seul gros ordre au marché ;
  • privilégiez des ordres à cours limité en plusieurs fois (par exemple par paliers de prix ou répartis sur la séance).

C’est moins « sexy » qu’un all-in, mais souvent plus intelligent en termes de gestion de risque.

5. Toujours penser en termes de stratégie, pas d’interface

Les plateformes de courtage ont tendance à vous présenter l’ordre au marché comme l’option par défaut : rapide, simple, un gros bouton vert. Mais la simplicité d’interface ne doit pas se substituer à la réflexion stratégique.

La bonne question à se poser :

  • « Est-ce que, sur ce titre, à ce moment-là, pour ce montant-là, je préfère être sûr d’être exécuté ou contrôler le prix que je suis prêt à payer/vendre ? »

Et dans une stratégie d’investissement responsable à long terme ?

Si votre approche est celle d’un investisseur à long terme, alignant rendement financier et impact social/environnemental, le timing ultra précis d’entrée en position n’est pas le cœur du sujet… mais cela ne signifie pas que le prix ne compte pas.

Sur un horizon de 10 ans :

  • surpayer systématiquement de 1–2 % vos entrées à cause d’ordres au marché mal utilisés peut rogner significativement votre performance cumulée ;
  • à l’inverse, passer des heures à optimiser le centime près sur des ETF mondiaux très liquides a un impact marginal par rapport à vos choix d’allocation stratégique (actions vs obligations, secteurs, zones géographiques, niveau de risque, etc.).

En pratique :

  • Pour vos ETF cœur de portefeuille (World, Europe, obligations globales, etc.) : ordre au marché possible, mais idéalement en milieu de séance, sur des montants raisonnables par rapport au volume quotidien.
  • Pour vos lignes satellites à impact (PME innovantes, green bonds peu liquides, valeurs de niche) : ordre à cours limité largement préférable, quitte à attendre plusieurs jours pour être exécuté au bon prix.

Résumé opérationnel : comment décider en 30 secondes ?

Avant de passer un ordre, posez-vous les trois questions suivantes :

  • 1. Le titre est-il très liquide ?
    Grande cap / ETF majeur / volume élevé / spread serré : ordre au marché possible.
    Small cap / volume faible / spread large : ordre à cours limité recommandé.
  • 2. Le montant de mon ordre est-il significatif par rapport au volume quotidien ?
    Ordre modeste : risque limité.
    Ordre important : risque de balayer plusieurs niveaux de carnet.
  • 3. Ce qui compte le plus pour moi, c’est l’exécution immédiate ou le prix ?
    Besoin d’exécuter vite : ordre au marché (avec prudence sur le timing de la journée).
    Priorité au prix : ordre à cours limité, quitte à patienter.

Si, à l’issue de ces 30 secondes de réflexion, vous ne savez toujours pas quoi choisir, c’est souvent un signal : prendre quelques minutes de plus pour regarder le carnet d’ordres, le volume et le spread n’est jamais du temps perdu.

Un investisseur particulier, même engagé dans la finance à impact, reste avant tout un allocateur de capital. Maîtriser des notions techniques comme l’ordre au marché n’est pas un « détail de trader », c’est un prérequis pour que votre capital travaille efficacement… et que votre intention d’impact ne soit pas sabotée par des erreurs d’exécution évitables.