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Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier

Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier

Ordre au marché : fonctionnement, risques et bonnes pratiques pour l’investisseur particulier

Pourquoi s’intéresser aux ordres au marché quand on investit (même à impact) ?

Que vous investissiez dans un ETF ESG, une action d’une entreprise à impact ou une obligation verte, vous passez tous par la même porte d’entrée : un ordre de Bourse.

Et là, première bifurcation : ordre au marché ou ordre à cours limité (et leurs variantes) ?

Beaucoup d’investisseurs particuliers choisissent automatiquement l’ordre au marché parce que c’est la première option proposée par le courtier… sans vraiment comprendre ce que cela implique en termes de prix, de risque et de contrôle.

Dans cet article, on va :

Ordre au marché : définition simple et précise

Un ordre au marché, c’est un ordre qui dit à votre courtier : « Achète (ou vends) immédiatement, au meilleur prix disponible, pour la quantité que je demande. »

Deux caractéristiques clés :

En pratique :

C’est l’inverse d’un ordre à cours limité, où vous dites par exemple : « J’achète 50 actions, mais maximum 20 € pièce ». Là, l’exécution n’est plus garantie, c’est le prix qui l’est.

La mécanique derrière : carnet d’ordres et fourchette bid/ask

Pour comprendre ce qui se passe quand vous envoyez un ordre au marché, il faut regarder du côté du carnet d’ordres. C’est la liste de tous les ordres d’achat et de vente en attente sur une valeur, classés par prix.

Sur un titre, à un instant donné, vous aurez par exemple :

La fourchette bid/ask (spread) est l’écart entre le meilleur prix d’achat et le meilleur prix de vente. Ici : 20,02 € – 19,98 € = 0,04 €.

Si vous passez un ordre d’achat au marché pour 30 actions :

Maintenant, si vous passez un ordre d’achat au marché pour 500 actions sur le même carnet :

Vous pensiez « acheter autour de 20 € » ? Vous avez payé jusqu’à 20,10 € parce que la liquidité était limitée au meilleur prix.

Les avantages des ordres au marché (il y en a, et ils sont réels)

Utilisé correctement, l’ordre au marché peut être un outil tout à fait pertinent. Voici dans quels cas il a du sens :

Dans une logique d’investissement responsable à long terme, sur des ETF ou des grandes entreprises solides et liquides, un ordre au marché bien placé dans la journée peut être parfaitement acceptable… à condition de respecter quelques règles (on y revient).

Les risques souvent sous-estimés (et qui peuvent coûter cher)

Le principal risque d’un ordre au marché n’est pas d’être non exécuté… mais d’être trop bien exécuté à un prix défavorable.

Les principaux pièges :

On voit régulièrement des cas d’investisseurs particuliers achetant « au marché » une small cap à impact à +15 % par rapport au cours de référence parce que le carnet était très creux… tout en pensant faire un investissement « raisonné ». L’impact est peut-être positif, mais le prix payé l’est beaucoup moins.

Exemples concrets : quand l’ordre au marché déraille

Exemple 1 : ETF ESG très liquide

Vous achetez 2 000 € d’un ETF MSCI World ESG coté à Paris. Spreads typiques : 0,02 % à 0,05 %. Volume journalier : plusieurs millions d’euros.

Vous passez un ordre d’achat au marché à 11 h. Résultat probable :

Dans ce cas, l’ordre au marché est rationnel et ne met pas en péril votre performance.

Exemple 2 : Small cap à impact peu liquide

Vous repérez une PME française spécialisée dans le recyclage, cotée sur un compartiment peu liquide. Dernier cours affiché : 12 €. Vous êtes séduit par le projet et vous décidez d’acheter pour 3 000 € « au marché ».

Sauf que le carnet d’ordres, au moment précis où vous passez l’ordre, ressemble à ceci :

Votre ordre au marché va :

Vous vous retrouvez avec un prix moyen supérieur à 13 €, soit plus de +8 % par rapport au dernier cours de 12 €. Non pas parce que la valeur a « monté », mais parce que vous avez accepté de payer le carnet tel qu’il était, sans limite de prix. Sur un horizon long, ces 8 % de surcoût peuvent vous priver d’une partie significative de la performance.

Ordre au marché vs ordre à cours limité : lequel privilégier ?

Plutôt que de diaboliser l’un ou l’autre, mieux vaut les considérer comme deux outils complémentaires :

Une règle simple pour l’investisseur particulier :

Bonnes pratiques pour utiliser (ou éviter) les ordres au marché

Voici une check-list opérationnelle avant de cliquer sur « Valider ».

1. Toujours vérifier la liquidité

2. Éviter les ordres au marché à certains moments

3. Sur titres à impact ou niches ESG : redoubler de prudence

Par nature, beaucoup de valeurs à impact ou obligations « vertes » cotées sont :

Autrement dit, ce sont des terrains où l’ordre au marché peut faire très mal s’il est utilisé à l’aveugle.

4. Fractionner vos ordres

Si vous investissez une somme significative sur un titre pas ultra-liquide :

C’est moins « sexy » qu’un all-in, mais souvent plus intelligent en termes de gestion de risque.

5. Toujours penser en termes de stratégie, pas d’interface

Les plateformes de courtage ont tendance à vous présenter l’ordre au marché comme l’option par défaut : rapide, simple, un gros bouton vert. Mais la simplicité d’interface ne doit pas se substituer à la réflexion stratégique.

La bonne question à se poser :

Et dans une stratégie d’investissement responsable à long terme ?

Si votre approche est celle d’un investisseur à long terme, alignant rendement financier et impact social/environnemental, le timing ultra précis d’entrée en position n’est pas le cœur du sujet… mais cela ne signifie pas que le prix ne compte pas.

Sur un horizon de 10 ans :

En pratique :

Résumé opérationnel : comment décider en 30 secondes ?

Avant de passer un ordre, posez-vous les trois questions suivantes :

Si, à l’issue de ces 30 secondes de réflexion, vous ne savez toujours pas quoi choisir, c’est souvent un signal : prendre quelques minutes de plus pour regarder le carnet d’ordres, le volume et le spread n’est jamais du temps perdu.

Un investisseur particulier, même engagé dans la finance à impact, reste avant tout un allocateur de capital. Maîtriser des notions techniques comme l’ordre au marché n’est pas un « détail de trader », c’est un prérequis pour que votre capital travaille efficacement… et que votre intention d’impact ne soit pas sabotée par des erreurs d’exécution évitables.

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