Épargne moyenne français par âge : montants, écarts générationnels et implications pour l’investissement responsable

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Épargne moyenne français par âge : montants, écarts générationnels et implications pour l’investissement responsable
Épargne moyenne français par âge : montants, écarts générationnels et implications pour l’investissement responsable

Combien épargne réellement un Français moyen à 25, 40 ou 60 ans ? Et surtout : qu’est-ce que ces chiffres disent de notre capacité (et de notre responsabilité) à orienter cette épargne vers des placements qui ont un impact positif ?

Dans cet article, on va regarder les montants d’épargne par âge, les écarts générationnels qui se creusent… puis traduire tout ça en pistes concrètes pour investir de manière responsable, quel que soit votre stade de vie.

Ce que disent les chiffres : l’épargne moyenne des Français par âge

Premier point essentiel : la majorité des données disponibles portent sur le patrimoine (ce que vous possédez) plutôt que sur l’« épargne » au sens strict (ce que vous mettez de côté chaque mois). Les deux sont liés, mais ce n’est pas la même chose.

Selon l’Insee (Enquête Patrimoine, 2021), le patrimoine brut médian des ménages français tourne autour de 177 000 €. Mais ce patrimoine augmente fortement avec l’âge :

  • Moins de 30 ans : patrimoine médian autour de 15 000 €
  • 30-39 ans : autour de 80 000 €
  • 40-49 ans : autour de 175 000 €
  • 50-59 ans : autour de 235 000 €
  • 60-69 ans : autour de 240 000 €
  • 70 ans et plus : autour de 230 000 €

À l’intérieur de ce patrimoine, la composante financière (livrets, assurance vie, PEA, compte-titres…) représente en médiane autour de 30 000 € par ménage, avec là encore de gros écarts selon l’âge et le niveau de revenu.

Côté flux, les enquêtes d’instituts comme CSA, Ifop ou la Banque de France montrent que l’épargne mensuelle moyenne se situe autour de 200 à 250 € par ménage, avec des variations typiques :

  • 18-24 ans : souvent moins de 100-150 € par mois
  • 25-34 ans : 150-200 € par mois
  • 35-49 ans : 200-300 € par mois
  • 50-64 ans : 250-300 € (voire plus) par mois
  • 65 ans et plus : retour souvent autour de 150-200 € par mois

Ce sont des ordres de grandeur, pas des chiffres gravés dans le marbre. Ce qui compte ici, c’est la dynamique par âge : montée progressive de la capacité d’épargne, puis stabilisation, puis parfois reflux à la retraite.

Pourquoi les écarts générationnels se creusent

Les différences d’épargne et de patrimoine entre générations ne tiennent pas qu’à l’âge. Plusieurs facteurs structurels jouent contre les plus jeunes :

  • Prix de l’immobilier nettement plus élevés pour les générations qui arrivent aujourd’hui sur le marché (effet “escalier” que les plus de 50 ans ont souvent grimpé plus tôt et moins cher).
  • Précarité de l’emploi : CDD, freelancing contraint, chômage plus fréquent au début de carrière.
  • Inflation récente (alimentation, énergie, logement) qui grignote la capacité d’épargne des ménages les plus modestes.
  • Poids des études : entrée plus tardive sur le marché du travail, et parfois dettes ou aides familiales à rembourser.

À l’inverse, la génération aujourd’hui 55-75 ans a souvent bénéficié d’un “combo” favorable :

  • Accès plus facile à la propriété à des prix bien plus bas,
  • Carrières plus linéaires, avec progression salariale et stabilité,
  • Dispositifs de retraite plus généreux qu’ils ne le seront probablement pour les actifs d’aujourd’hui.

Résultat : un patrimoine concentré chez les plus âgés, notamment dans la pierre… et une fraction importante de la jeune génération qui peine à constituer un matelas de sécurité, encore moins à se projeter dans un investissement responsable de long terme.

Épargne moyenne par âge : ce que ça veut dire pour l’investissement responsable

À quoi bon parler de finance durable si, concrètement, « je n’ai que 50 € par mois à épargner » ? Justement, c’est là que le sujet devient intéressant.

Le lien entre âge, niveau d’épargne et investissement responsable peut se résumer en trois idées :

  • Plus on commence tôt, plus l’effet cumulé est puissant : 50 € par mois à 25 ans, investis sur un support actions responsable à 5 % par an en moyenne, pèsent plus lourd à 60 ans que 200 € par mois commencés à 45 ans.
  • La nature des besoins change : la préoccupation principale d’un jeune actif ne sera pas la même qu’un futur retraité. Mais dans les deux cas, des solutions responsables existent.
  • Le vrai levier n’est pas le montant absolu, mais la cohérence : où va chaque euro que vous arrivez à mettre de côté ? Sur un Livret A à 3 % pendant que votre banque finance des projets carbonés, ou sur un fonds labellisé ISR/Greenfin aligné avec vos valeurs ?

On peut donc raisonner tranche d’âge par tranche d’âge, avec un prisme simple : capacité d’épargne moyenne × horizon de placement × outils responsables adaptés.

Moins de 30 ans : transformer petit montant et gros horizon en atout

À cet âge, la capacité d’épargne moyenne est limitée, mais l’horizon de temps est maximal. C’est une situation paradoxalement très favorable pour la finance responsable.

Objectifs prioritaires :

  • Constituer un matelas de sécurité (3 à 6 mois de dépenses),
  • Se former aux bases de l’investissement (risque, horizon, diversification),
  • Commencer à investir petit mais régulièrement sur des supports responsables.

Outils concrets, en restant réaliste avec une épargne de 50 à 150 € par mois :

  • Livret A / LDDS : pour le matelas de sécurité, même si leur impact direct est limité. L’enjeu ici n’est pas encore l’impact, mais la résilience financière.
  • PEA ou assurance vie en unités de compte avec une ou deux unités de compte labellisées ISR ou Greenfin (fonds actions monde, Europe, climat). Montant d’entrée souvent accessible (50 € / mois).
  • Applications d’investissement fractionné permettant d’acheter des parts de fonds ISR ou d’ETF ESG dès quelques dizaines d’euros.

Point clé : apprendre tôt à regarder les indicateurs extra-financiers (score ESG, empreinte carbone du portefeuille, thématiques d’impact) plutôt que seulement le rendement passé.

30-45 ans : la phase de construction… et de choix structurants

Entre 30 et 45 ans, beaucoup de ménages voient leur capacité d’épargne progresser : salaires plus élevés, parfois deux revenus, mais aussi plus de charges (logement, enfants).

Les études indiquent une épargne mensuelle moyenne qui bascule souvent dans la zone des 200-300 € par mois. C’est le moment où les choix d’allocation vont vraiment peser sur le patrimoine futur.

Stratégie type pour un investisseur qui souhaite rester cohérent avec ses valeurs :

  • Garder 3 à 6 mois de dépenses sur des supports liquides (livrets réglementés, compte à vue).
  • Utiliser l’assurance vie comme “couteau suisse” de l’épargne de long terme, avec :
    • une part en fonds euros (sécurité),
    • une part significative (30 à 60 % selon le profil) en unités de compte ISR (fonds actions ou diversifiés labellisés, thématiques climat, eau, santé, inclusion sociale…).
  • Éventuellement, ouvrir un PEA dédié à des ETF actions Europe / Monde filtrés ESG ou climat (Paris Aligned, par exemple).

Pour ceux qui se sentent plus engagés, c’est aussi l’âge où l’on peut commencer à regarder :

  • Le crowdfunding à impact (projets de rénovation énergétique, énergies renouvelables, économie sociale et solidaire) pour une petite fraction du portefeuille (5-10 %).
  • La participation à des coopératives (énergie citoyenne, finance solidaire, circuits courts) avec un horizon long terme et un risque assumé.

Point de vigilance : la tentation de multiplier les supports “à la mode” (crypto, private equity non régulé, etc.) parce que l’entourage en parle. Dans la grande majorité des cas, mieux vaut un portefeuille simple, diversifié et responsable qu’un patchwork de paris spéculatifs difficiles à suivre.

45-60 ans : optimiser, sécuriser… sans renoncer à l’impact

Autour de 45-60 ans, la capacité d’épargne atteint souvent son pic (250-300 € voire plus par mois), mais l’horizon de placement se raccourcit. La tentation naturelle : tout sécuriser. Ce n’est pas forcément la meilleure idée, y compris pour l’investissement responsable.

Pourquoi ? Parce que l’espérance de vie s’allonge : à 50 ans, vous avez statistiquement encore 30 à 35 ans devant vous. Une partie de votre patrimoine peut donc rester investie dans des supports dynamiques à impact.

Approche possible :

  • Segmenter les objectifs :
    • Capital à sécuriser pour la retraite à court / moyen terme (10 ans ou moins),
    • Capital à horizon plus long (15-20 ans) pouvant rester investi en actions responsables.
  • Sur l’assurance vie :
    • Augmenter progressivement la part sécurisée (fonds euros),
    • Conserver une poche significative de fonds responsables diversifiés (obligataires verts, fonds mixtes ISR, fonds thématiques climat / transition).
  • Éventuellement, commencer à structurer une partie de son patrimoine via des SCPI environnementales ou sociales (immobilier durable, logement social ou intermédiaire), en connaissant bien les risques (liquidité, frais, fiscalité).

C’est aussi une période propice pour se poser des questions de transmission responsable : comment orienter dès maintenant une partie de son patrimoine vers des supports à impact pour ses enfants/petits-enfants ?

Exemples concrets :

  • Ouvrir une assurance vie au nom d’un enfant alimentée uniquement avec des fonds ISR / Greenfin.
  • Inclure dans la stratégie patrimoniale des fonds solidaires qui financent l’insertion, le logement social, l’entrepreneuriat social…

Après 60 ans : réinventer le rôle de l’épargne dans un projet de vie

À partir de 60 ans, beaucoup de ménages disposent d’un stock de patrimoine important (immobilier + financier), mais d’une capacité d’épargne mensuelle plus modeste.

La finance responsable garde pourtant tout son sens à cet âge, mais sous un autre angle :

  • Aligner son patrimoine avec ses valeurs pour les décennies restantes,
  • Préparer une transmission cohérente (donations, legs, clauses bénéficiaires orientées vers des contrats responsables),
  • Utiliser une part du patrimoine pour soutenir des projets concrets (investissements solidaires, fondations, dons avec réduction fiscale) tout en préservant sa sécurité financière.

Concrètement, cela peut passer par :

  • Un audit de portefeuille (avec un conseiller compétent en finance durable) pour identifier les placements non alignés (fonds très carbonés, secteurs controversés…).
  • Un rééquilibrage progressif vers des supports plus responsables (fonds climat, obligations vertes, fonds solidaires, SCPI durables) en respectant la contrainte de liquidité.
  • La mise en place de dons réguliers ou de partage du rendement (par exemple, consacrer une partie des intérêts d’un portefeuille obligataire vert à des causes environnementales ou sociales).

Là encore, il ne s’agit pas de tout basculer dans des placements risqués : la priorité reste la sécurité, mais on peut très largement sortir d’une logique purement “neutre” pour adopter une logique de cohérence.

Les trois erreurs fréquentes qui freinent l’épargne responsable

Quel que soit l’âge, je retrouve systématiquement les mêmes biais chez les épargnants qui voudraient “faire mieux” mais n’y arrivent pas vraiment.

  • Erreur n°1 : croire que “je n’ai pas assez pour que ça compte”
    30, 50 ou 100 € par mois peuvent sembler anecdotiques. Cumulés sur 20 ou 30 ans, ce ne sont plus des “petites sommes”. Et surtout, vous n’êtes pas seul : c’est l’agrégation des choix de millions d’épargnants qui pèse sur la finance.
  • Erreur n°2 : se focaliser uniquement sur le taux du Livret A
    Le Livret A est utile pour la sécurité et la liquidité, pas pour l’impact ni pour le rendement de long terme. Tant que 100 % de votre épargne y dort, vous financez très peu la transition. L’enjeu est de sortir du “tout livret” pour une partie de votre épargne.
  • Erreur n°3 : attendre le “produit parfait”
    Il n’existe pas de placement 100 % pur, neutre en carbone, sans aucun compromis, avec rendement élevé et risque nul. La finance responsable, c’est un chemin d’amélioration, pas un absolu. Vouloir le produit idéal finit souvent en… immobilisme.

Comment utiliser ces données d’épargne pour passer à l’action

Une fois qu’on a compris l’ordre de grandeur de l’épargne moyenne par âge, l’enjeu est de traduire ça en plan concret. Voici une démarche simple, en 4 étapes, applicable à 25, 40 ou 60 ans.

  • 1. Mesurer votre situation réelle
    Oubliez la moyenne nationale pendant 10 minutes. Listez :
    • Votre épargne mensuelle effective (ce qui reste réellement sur vos comptes, pas ce que vous espérez épargner),
    • Votre patrimoine financier actuel (livrets, assurance vie, PEA, PEE, comptes-titres…),
    • La part déjà investie, ou non, dans des supports responsables.
  • 2. Définir un objectif simple
    Par exemple :
    • “D’ici 2 ans, je veux que 50 % de mon épargne financière soit sur des supports responsables”,
    • “Je veux allouer 10 % de mon patrimoine à des placements à impact plus direct (solidaire, crowdfunding, coopératives…)”.
  • 3. Choisir 1 ou 2 leviers prioritaires
    Inutile de tout revoir en une fois. Par tranche d’âge, ça peut être :
    • Moins de 30 ans : ouvrir un premier support investi (PEA ou assurance vie) avec au moins un fonds ISR.
    • 30-45 ans : réorienter votre assurance vie existante vers des unités de compte responsables, progressivement.
    • 45 ans et + : intégrer 1 ou 2 fonds solidaires ou à impact dans votre patrimoine, et revoir vos clauses bénéficiaires.
  • 4. Mettre en place un suivi annuel
    Une fois par an, faites un “bilan d’impact” de votre épargne :
    • Quelle part est aujourd’hui investie de façon responsable ?
    • Votre profil de risque reste-t-il cohérent avec votre âge et votre horizon ?
    • Les fonds que vous détenez restent-ils alignés avec vos convictions (évolution de la stratégie, du label, des secteurs financés) ?

À retenir pour faire rimer épargne, générations et impact

Oui, les écarts générationnels en matière d’épargne et de patrimoine sont réels, et parfois brutaux. Un jeune actif qui met de côté 80 € par mois ne joue pas dans la même cour qu’un retraité propriétaire avec quelques centaines de milliers d’euros de patrimoine.

Mais du point de vue de la finance responsable, la question centrale n’est pas “combien j’ai” mais “que fais-je de ce que j’ai ?”.

Quel que soit votre âge aujourd’hui, vous pouvez :

  • Identifier le montant réaliste que vous pouvez épargner chaque mois, sans vous comparer en permanence aux moyennes nationales.
  • Allouer progressivement une partie croissante de cette épargne à des supports responsables, diversifiés et adaptés à votre horizon.
  • Utiliser les écarts générationnels non pas comme un fatalisme, mais comme un argument supplémentaire pour orienter le capital existant vers une économie plus soutenable.

Qu’il s’agisse de vos premiers 50 € investis dans un ETF climat, de votre assurance vie patiemment alimentée depuis 20 ans ou d’un portefeuille à transmettre à vos enfants : chaque tranche d’âge a un rôle différent à jouer dans la transition. L’important est de choisir, en conscience, de quel côté de la balance vous voulez que votre épargne pèse.