Pfu assurance-vie : comment s’applique la flat tax sur vos retraits

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Pfu assurance-vie : comment s’applique la flat tax sur vos retraits
Pfu assurance-vie : comment s’applique la flat tax sur vos retraits

La « flat tax » (ou PFU, pour prélèvement forfaitaire unique) est censée simplifier la fiscalité de l’épargne. En pratique, dès qu’on parle d’assurance-vie, les choses se compliquent : date des versements, durée du contrat, abattement, seuil de 150 000 €, option pour le barème… et au moment de faire un rachat, beaucoup d’épargnants signent sans comprendre ce qu’ils paient réellement.

On va donc décortiquer, étape par étape, comment s’applique le PFU sur vos retraits d’assurance-vie, avec des exemples chiffrés et les bons réflexes pour optimiser cette fiscalité sans perdre de vue une logique d’investissement responsable.

Rappel express : ce que taxe vraiment le fisc sur une assurance-vie

Premier point clé : lorsque vous retirez de l’argent de votre assurance-vie (on parle de « rachat »), le fisc ne taxe pas le montant retiré, mais uniquement la part de gains incluse dans ce retrait.

Concrètement, votre contrat est composé de :

  • Capital investi : la somme de vos versements (les « primes »)
  • Gains : intérêts, plus-values sur unités de compte, participation aux bénéfices…

À chaque rachat, on considère que vous retirez au prorata :

  • Une part de capital (jamais taxée à l’impôt sur le revenu)
  • Une part de gains (taxée à l’impôt + aux prélèvements sociaux)

C’est donc la fraction de gains comprise dans votre retrait qui est soumise au PFU (ou au barème de l’impôt si vous optez pour lui).

Formule à retenir :

Part imposable du rachat = Montant du rachat × (Gains totaux du contrat / Valeur totale du contrat)

Ensuite, sur cette part de gains, on applique : prélèvements sociaux + PFU (ou barème).

PFU et assurance-vie : le principe en une phrase

Depuis le 1er janvier 2018, par défaut, les gains de vos contrats d’assurance-vie sont soumis au PFU de 30 % lors des retraits, qui se décompose en :

  • 12,8 % d’impôt sur le revenu
  • 17,2 % de prélèvements sociaux

Mais parce que l’assurance-vie reste un produit d’épargne « favorisé », ce PFU ne s’applique pas de la même manière :

  • selon l’ancienneté du contrat (avant ou après 8 ans)
  • selon le montant total de vos versements (plafond de 150 000 € par personne)
  • et parfois, selon la date des versements (avant ou après le 27 septembre 2017)

On détaille ces cas, parce que c’est là que beaucoup de malentendus commencent.

Comment se calcule la fiscalité d’un retrait : la méthode en 4 étapes

Pour comprendre comment s’applique la flat tax, reprenons dans l’ordre ce que l’administration fiscale regarde.

Étape 1 – Identifier la part de gains dans votre retrait

Supposons que :

  • Vous avez versé au total : 50 000 €
  • La valeur actuelle du contrat : 70 000 € (donc 20 000 € de gains)
  • Vous effectuez un rachat de : 10 000 €

Part de gains dans ce retrait :

10 000 × (20 000 / 70 000) ≈ 2 857 €

Sur ces 10 000 €, seuls 2 857 € sont imposables à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux. Les 7 143 € restants sont un « retour de capital », non imposable.

Étape 2 – Regarder l’âge du contrat : avant ou après 8 ans

L’ancienneté de votre contrat se calcule à partir de sa date d’ouverture, pas de la date du versement.

  • Contrat de moins de 8 ans : pas d’abattement annuel, la fiscalité est plus lourde.
  • Contrat de 8 ans et plus : vous bénéficiez chaque année d’un abattement sur les gains retirés :
    • 4 600 € pour une personne seule
    • 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune

Cet abattement s’applique sur la part de gains comprise dans vos retraits, tous contrats d’assurance-vie confondus.

Étape 3 – Prendre en compte la date des versements (avant/après 27/09/2017)

La réforme du PFU a été votée à l’automne 2017. Ce qui introduit une distinction :

  • Versements effectués avant le 27 septembre 2017 : ils restent soumis à l’ancienne fiscalité (taux forfaitaires historiques ou barème, selon l’option) lors des retraits.
  • Versements effectués à partir du 27 septembre 2017 : ils entrent dans le champ du PFU assurance-vie avec la logique 7,5 % / 12,8 % + prélèvements sociaux, et le seuil de 150 000 €.

Dans les faits, la plupart des épargnants ont surtout des versements après 2017 sur lesquels le PFU s’applique. Mais si vous avez un « vieux » contrat abondé avant cette date, il faut parfois ventiler les gains entre les deux périodes (le contrat et l’assureur savent le faire).

Étape 4 – Appliquer le bon taux : PFU ou barème, avec ou sans abattement

Pour les versements effectués depuis le 27/09/2017, la logique est la suivante :

  • Contrat de moins de 8 ans
    • Par défaut : PFU = 12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux = 30 % sur les gains.
    • Option possible : barème progressif de l’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux.
  • Contrat de 8 ans et plus
    • Abattement annuel de 4 600 € / 9 200 € sur les gains, puis :
    • Sur les versements inférieurs à 150 000 € (tous contrats confondus, par personne) :
      • 7,5 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux = 24,7 %
    • Sur la part des versements excédant 150 000 € :
      • 12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux = 30 %
    • Option possible, là encore : barème progressif de l’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux.

Le seuil de 150 000 € s’apprécie :

  • au 31 décembre de l’année précédant le retrait
  • par personne (300 000 € pour un couple, en pratique)
  • en additionnant l’ensemble des primes versées sur tous vos contrats d’assurance-vie et de capitalisation.

PFU ou barème de l’IR : comment choisir intelligemment ?

Le PFU n’est pas « obligatoire ». Lors de votre déclaration de revenus, vous pouvez choisir de soumettre l’ensemble de vos revenus de capitaux (intérêts, dividendes, certains gains) au barème progressif de l’impôt sur le revenu au lieu du PFU.

Ce choix est :

  • global : il concerne tous vos revenus de capitaux de l’année, pas seulement l’assurance-vie.
  • irrévocable pour l’année : vous ne pouvez pas panacher ou revenir en arrière.

De manière simplifiée :

  • Si vous êtes faiblement imposé (tranche 0 %, 11 %, voire parfois 30 %), le barème peut être plus intéressant que les 12,8 % du PFU.
  • Si vous êtes dans les tranches élevées (41 %, 45 %), le PFU est généralement plus avantageux.

Mais attention : dans tous les cas, les 17,2 % de prélèvements sociaux restent dus.

Cas pratique n°1 : retrait sur un contrat de moins de 8 ans

Vous ouvrez en 2020 un contrat d’assurance-vie multisupport « responsable », investi en fonds ESG :

  • Primes versées : 30 000 €
  • Valeur du contrat en 2025 : 39 000 € (soit 9 000 € de gains)
  • Vous retirez (rachat partiel) : 10 000 € en 2025

Part de gains dans le retrait :

10 000 × (9 000 / 39 000) ≈ 2 308 €

Votre contrat a moins de 8 ans. Par défaut, les 2 308 € de gains sont taxés :

  • Impôt sur le revenu au PFU : 12,8 % de 2 308 ≈ 295 €
  • Prélèvements sociaux : 17,2 % de 2 308 ≈ 397 €

Montant total de fiscalité sur ce retrait : environ 692 €. Soit un taux effectif de ~6,9 % sur les 10 000 € retirés (puisqu’on ne taxe que la part de gains).

Option barème ? Si votre taux marginal d’imposition est de 11 %, l’IR au barème serait de 11 % × 2 308 ≈ 254 € au lieu de 295 €. Gain modeste, mais potentiellement intéressant si vous avez d’autres revenus de capitaux faiblement taxables.

Cas pratique n°2 : retrait sur un contrat de plus de 8 ans, avec abattement

Autre scénario, beaucoup plus fréquent chez les épargnants « de long cours » :

  • Contrat ouvert en 2014
  • Primes versées depuis l’ouverture : 80 000 €
  • Valeur du contrat en 2025 : 110 000 € (30 000 € de gains)
  • Vous êtes marié, imposition commune
  • Vous retirez 20 000 € en 2025

Part de gains dans le retrait :

20 000 × (30 000 / 110 000) ≈ 5 455 €

Votre contrat a plus de 8 ans. Vous bénéficiez de l’abattement annuel de 9 200 € (couple) sur les gains retirés, tous contrats confondus.

Ici, vos gains imposables du retrait (5 455 €) sont inférieurs à l’abattement : ils sont donc totalement (mais pas des prélèvements sociaux).

Vous ne paierez donc que :

  • IR : 0 €
  • Prélèvements sociaux : 17,2 % de 5 455 ≈ 938 €

Dans ce type de configuration, l’assurance-vie garde une vraie puissance fiscale, en particulier pour compléter des revenus à la retraite.

L’impact du seuil de 150 000 € : un faux plafond pour beaucoup d’épargnants

Une crainte fréquente : « Si je dépasse 150 000 €, tout sera taxé à 30 % ? » Non. Le seuil de 150 000 € ne toggle pas l’ensemble de votre épargne en mode « surtaxé ».

Ce qui se passe en réalité :

  • Jusqu’à 150 000 € de versements (par personne), les retraits après 8 ans sont imposés à 7,5 % (hors PS).
  • Au-delà, seule la fraction des gains rattachée aux primes excédant 150 000 € est imposée à 12,8 % (hors PS).

En pratique, cela nécessite un calcul par l’assureur, qui tient un « historique » des primes. Pour une grande partie des épargnants, ce seuil n’est jamais atteint, ce qui rend le dispositif finalement plus simple.

Où se positionne l’investisseur responsable dans tout ça ?

Sur un blog dédié à l’investissement à impact, une question légitime surgit : est-ce que le PFU change quelque chose au choix entre un contrat « classique » et un contrat d’assurance-vie responsable ? Fiscalement, non : la règle est la même.

En revanche, là où la fiscalité et l’investissement responsable se croisent, c’est sur la gestion des flux de retraits :

  • Limiter les rachats précipités permet de laisser travailler vos investissements à impact dans la durée, ce qui est cohérent avec l’horizon de transition écologique.
  • En organisant vos retraits pour rester dans les abattements annuels après 8 ans, vous maximisez le net perçu sans casser vos lignes d’investissement durable.
  • En diversifiant entre fonds euros « verts » et unités de compte ESG, vous pouvez adapter votre niveau de risque sans multiplier les retraits/reversements, donc sans surfiscalisation inutile.

La bonne question à se poser n’est pas : « Comment payer zéro impôt ? », mais plutôt : « Comment organiser mes retraits pour financer mes projets tout en accompagnant des entreprises alignées avec ma vision du monde ? »

Les erreurs fréquentes à éviter avec le PFU sur l’assurance-vie

En tant qu’ex-conseiller, je revois toujours les mêmes pièges :

  • Confondre montant retiré et montant imposable Penser que « je retire 5 000 €, je vais payer 30 % dessus » est faux. On taxe les gains, pas le capital.
  • Multiplier les retraits avant 8 ans Parfois pour des dépenses non urgentes. Or, chaque rachat avant 8 ans « gâche » le potentiel fiscal du contrat. Si possible, privilégier d’autres enveloppes (livret A, compte courant, PEL…) pour les besoins de court terme.
  • Oublier l’abattement après 8 ans Beaucoup de retraités n’utilisent pas leur abattement annuel de 4 600 € / 9 200 € alors qu’il permet de sortir des gains quasiment sans impôt sur le revenu.
  • Ne pas anticiper le seuil de 150 000 € Si vous êtes proche de ce seuil, une stratégie simple peut consister à répartir l’épargne entre assurance-vie et d’autres enveloppes fiscalement intéressantes (PEA, PER…), plutôt que d’empiler sur un seul contrat.
  • Choisir le PFU ou le barème « au hasard » Le choix doit être fait en fonction de votre tranche marginale d’imposition globale, pas seulement de votre contrat. Un simulateur ou un conseiller peut vous éviter un mauvais arbitrage.

Les bons réflexes pour optimiser vos retraits (sans devenir fiscaliste)

Pour rester opérationnel, retenez quelques démarches simples :

  • 1. Connaître l’âge fiscal de vos contrats Notez la date d’ouverture de chaque assurance-vie. L’année des 8 ans, commencez à planifier vos futurs besoins de trésorerie.
  • 2. Suivre vos abattements annuels Si vous envisagez des revenus complémentaires, organisez vos retraits pour utiliser chaque année l’abattement de 4 600 € / 9 200 € sur les gains.
  • 3. Regrouper les projets « non urgents » après les 8 ans Un achat de voiture dans 5 ans ? Un voyage important ? Si vous êtes à 2–3 ans de la barre des 8 ans, parfois, patienter un peu est fiscalement très rentable.
  • 4. Vérifier le montant total de vos versements Si vous approchez les 150 000 € de primes par personne, demandez à votre assureur ou à votre conseiller un point précis sur les conséquences fiscales des futurs retraits.
  • 5. Garder une vision « nette de frais et d’impôts » Un contrat affichant 4 % de performance brute, mais avec frais élevés et retraits mal optimisés, peut être moins intéressant en net qu’un contrat responsable à 3 % bien géré fiscalement.

FAQ rapide : les questions qui reviennent tout le temps

Les prélèvements sociaux sont-ils pris au moment du retrait ou chaque année ?

Sur le fonds en euros, ils sont prélevés chaque année sur les intérêts. Sur les unités de compte, ils sont généralement prélevés au moment du rachat (total ou partiel) ou à la clôture, sur les plus-values réalisées.

Si je ne fais jamais de retrait, je ne paie rien ?

Pour l’impôt sur le revenu, oui : il n’y a pas de taxation des gains latents tant qu’il n’y a pas de rachat, sauf cas particulier (dénouement par décès, par exemple). Pour les prélèvements sociaux, c’est plus subtil : le fonds en euros est ponctionné chaque année.

En cas de décès, le PFU s’applique-t-il ?

Non, en cas de décès, on bascule sur la fiscalité successorale spécifique de l’assurance-vie (abattements de 152 500 €, etc.), totalement indépendante du PFU dont on parle ici.

Puis-je changer d’avis sur le PFU après mon retrait ?

Oui, en quelque sorte. Au moment du rachat, l’assureur prélève un acompte de 12,8 % au titre du PFU (sauf dispense possible). Lors de la déclaration de revenus, vous pouvez choisir d’opter pour le barème progressif à la place du PFU pour l’ensemble de vos revenus de capitaux. L’administration recalculera alors l’impôt dû.

À retenir pour agir dès maintenant

La flat tax sur l’assurance-vie n’est pas un monolithe : c’est un cadre, dans lequel vous avez une vraie marge de manœuvre pour organiser vos retraits de façon intelligente.

  • Comprendre que seul le gain est taxé, pas le capital.
  • Anticiper le passage des 8 ans pour profiter des abattements.
  • Arbitrer PFU / barème en fonction de votre situation fiscale globale.
  • Ne pas sacrifier votre stratégie d’investissement responsable pour des retraits mal calibrés.

Si vous utilisez l’assurance-vie comme un outil de long terme pour financer des projets alignés avec vos valeurs (transition énergétique, inclusion sociale, économie circulaire…), la fiscalité devient un levier, pas un frein. Le PFU n’est alors plus une usine à gaz, mais un paramètre à intégrer dans votre plan d’investissement, au même titre que le risque, les frais… et l’impact.