Pourquoi la façon dont vous sortez de votre PER compte autant que la façon dont vous l’alimentez
La plupart des épargnants se concentrent sur la phase de versements du PER : combien je peux déduire ? Quel rendement espérer ? Quel support choisir ?
Beaucoup moins réfléchissent à la question clé : comment vais-je sortir de mon PER à la retraite ?
Or, c’est souvent à ce moment-là que se joue :
votre niveau de revenus complémentaires réels ;
le montant d’impôts que vous allez effectivement payer ;
la transmission (ou non) d’une partie de ce capital à vos proches ;
la cohérence de ce plan avec vos autres placements (assurance vie, immobilier, épargne salariale…).
Autrement dit, un bon PER mal sorti peut devenir un mauvais plan. L’objectif de cet article est de vous donner une vision claire, opérationnelle et chiffrée des options de sortie possibles, de leur fiscalité et des stratégies intelligentes à envisager.
Rappel express : à quoi sert le PER et comment il est alimenté
Avant de parler de retrait, deux points à avoir en tête, car ils conditionnent la fiscalité à la sortie :
Origine des versements :
Versements volontaires (avec ou sans déduction fiscale) ;
Épargne salariale (intéressement, participation, abondement) ;
Transferts d’anciens contrats retraite (PERP, Madelin, article 83, PERCO…).
Déductibilité ou non :
Si vous avez déduit vos versements volontaires de votre revenu imposable, vous avez obtenu un avantage fiscal immédiat ;
Si vous n’avez pas déduit, vous n’avez pas eu d’avantage à l’entrée… ce qui change tout à la sortie.
Gardez ces deux briques en tête, on va les réutiliser dans chaque scénario.
Les trois grandes options de sortie à la retraite
À l’âge de la retraite (ou à l’âge légal permettant la liquidation des droits), vous disposez de plusieurs options :
Sortie en capital (en une ou plusieurs fois) ;
Sortie en rente viagère ;
Sortie mixte capital + rente.
Contrairement aux anciens produits (type PERP), le PER est beaucoup plus souple. Vous n’êtes pas enfermé dans la rente. C’est une bonne nouvelle… à condition de savoir quoi faire de cette souplesse.
Option 1 : sortie en capital – souplesse maximale mais attention à la fiscalité
Vous pouvez récupérer tout ou partie de votre PER sous forme de capital, en une seule fois ou de manière fractionnée sur plusieurs années.
Fiscalement, il faut distinguer :
Le capital correspondant aux versements volontaires déduits :
imposé à l’impôt sur le revenu (IR) au barème progressif, dans la catégorie des traitements et salaires ;
pas de prélèvements sociaux sur ce capital (ils ont été prélevés au fil de l’eau sur les supports).
Les gains (plus-values, intérêts) associés à ces versements :
imposés au PFU (30 %) par défaut (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux) ;
ou, sur option, au barème de l’IR + prélèvements sociaux (intéressant uniquement si vous êtes faiblement imposé).
Si vos versements n’avaient pas été déduits à l’entrée, le capital récupéré est exonéré d’IR (seuls les gains sont taxés au PFU ou au barème).
Sortie en capital : un exemple concret
Imaginons :
Vous avez versé 60 000 € sur votre PER, tous déduits de votre revenu imposable ;
Votre PER vaut 90 000 € au moment de la retraite (30 000 € de gains) ;
Vous choisissez de sortir 90 000 € en une fois.
Fiscalement :
Les 60 000 € de capital versé : ajoutés à votre revenu imposable (avec effet de palier possible) ;
Les 30 000 € de gains : taxés à 30 % (soit 9 000 €) si vous restez au PFU.
Vous voyez le risque : sortir en une fois peut vous propulser dans une tranche d’imposition supérieure. C’est précisément ce qu’il faut piloter.
Le levier souvent oublié : le système du quotient
En cas de sortie en capital « exceptionnelle », vous pouvez parfois utiliser le mécanisme du quotient (article 163-0 A du CGI), qui permet de lisser fiscalement un revenu exceptionnel sur 4 ans.
Concrètement, votre capital imposable est divisé par 4, ajouté à votre revenu, l’impôt correspondant est calculé, puis multiplié par 4. L’avantage : éviter de passer brutalement dans une tranche supérieure.
Attention :
Ce mécanisme doit être demandé (il ne s’applique pas automatiquement) ;
Il ne concerne que la part imposable au barème (le capital déduit), pas les plus-values taxées au PFU ;
Il n’est pas toujours accepté dans toutes les configurations (selon la nature du revenu exceptionnel, les instructions peuvent évoluer).
C’est un point à examiner avec un conseiller ou un fiscaliste si votre capital est élevé.
Option 2 : sortie en rente viagère – sécurité des revenus, mais moins de souplesse
La deuxième grande option est de transformer votre PER en rente viagère. Vous cédez alors le capital à l’assureur, qui vous verse un revenu à vie.
Intérêt principal :
Vous sécurisez un revenu régulier ;
Vous vous protégez (partiellement) contre le risque de longévité (vivre plus longtemps que ce que vous aviez anticipé financièrement).
Inconvénients :
Le capital ne vous appartient plus (et sort en grande partie de votre succession) ;
Les rentes sont peu flexibles (difficile de faire un gros retrait ponctuel pour un projet) ;
Les taux de conversion en rente ne sont pas toujours attractifs.
Sortie en rente : la fiscalité à connaître
La fiscalité dépend encore une fois de l’origine des sommes :
Rente issue de versements déduits ou d’épargne salariale :
imposée à l’impôt sur le revenu comme une pension (après abattement de 10 %) ;
soumise aux prélèvements sociaux sur les pensions (CSG, CRDS, CASA) à un taux global généralement autour de 9,1 % à 10,1 % selon votre situation.
Rente issue de versements non déduits :
imposée seulement sur une fraction de la rente (40 %, 50 % ou 70 % selon votre âge au premier versement, règles proches des rentes à titre onéreux), plus attractive si vous avez beaucoup de capital non déduit.
Ici encore, l’historique de votre PER (ce que vous avez déduit ou non) dicte l’addition fiscale.
Option 3 : sortie mixte – le meilleur des deux mondes ?
Rien ne vous oblige à choisir 100 % capital ou 100 % rente. Vous pouvez combiner :
Une partie en capital pour financer des projets (travaux, voyage, remboursement de crédit…) ;
Une partie en rente pour sécuriser un « plancher » de revenus à vie.
C’est souvent la stratégie la plus pertinente, surtout si :
Vous avez déjà d’autres sources de revenus récurrents (pensions, loyers, assurance vie en rente…) ;
Vous craignez à la fois de « trop consommer » votre capital et de manquer de liquidités ponctuelles.
Dans cette approche, la véritable question n’est pas « capital ou rente ? », mais :
Quel niveau de revenu minimal je veux sécuriser en rente, et combien de capital libre je veux garder pour mes projets et ma transmission ?
Sorties anticipées : les cas prévus par la loi
Le PER est un produit à horizon retraite, mais la loi prévoit des cas de déblocage anticipé :
Acquisition de la résidence principale ;
Décès du conjoint ou partenaire de PACS ;
Invalidité (2e ou 3e catégorie) ;
Expiration des droits au chômage ;
Cessation d’activité non salariée à la suite d’un jugement de liquidation judiciaire ;
Surendettement (à la demande du président de la commission de surendettement ou du juge).
Fiscalement :
Pour l’achat de la résidence principale :
capital imposé comme en sortie retraite (barème pour la part déduite, PFU pour les gains) ;
prélèvements sociaux sur les gains.
Pour les autres cas (accidents de la vie) :
exonération d’IR sur le capital (même déduit à l’entrée) ;
seuls les gains sont soumis aux prélèvements sociaux (17,2 %).
C’est un paramètre important : le PER n’est pas totalement « bloqué », mais il ne doit pas être perçu comme une épargne de précaution. Sa logique reste celle du long terme.
Construire une stratégie de retrait : 5 questions clés à se poser
Plutôt que de raisonner uniquement en mode « quel est le moins d’impôts possible ? », je vous propose un schéma simple en 5 questions :
De combien ai-je besoin chaque mois pour vivre confortablement à la retraite ?
Comparez ce besoin avec vos pensions obligatoires, vos loyers, vos autres placements.
Quel niveau de revenu minimal je veux sécuriser quoi qu’il arrive (rente) ?
C’est le socle de rente viagère potentielle (PER, assurance vie, autres régimes).
Quels gros projets ai-je dans les 10-15 premières années de retraite ?
Voyages, travaux, aide à des enfants, investissement dans un projet entrepreneurial ou un projet à impact…
Quel est mon objectif de transmission ?
Le PER est moins souple qu’une assurance vie sur ce plan ; il faut articuler les deux.
Dans quelles tranches d’imposition vais-je me situer à la retraite ?
C’est là que se joue l’optimisation du calendrier des rachats.
Une fois ces réponses clarifiées, la mécanique technique (capital vs rente, fractionnement, arbitrages) devient bien plus simple à paramétrer.
Lissage des retraits : éviter le mur fiscal
Une erreur fréquente : laisser le PER gonfler jusqu’à la retraite… puis sortir un gros capital en une fois, souvent au moment où l’on a encore des revenus (activité partielle, retraite progressive, loyers, etc.).
Une approche plus fine consiste à :
Étaler les sorties en capital sur plusieurs années (par exemple 10 ans) pour rester dans une tranche d’imposition maîtrisée ;
Exploiter les premières années de retraite (souvent moins imposées) pour faire des rachats plus importants ;
Coupler les retraits du PER avec ceux de l’assurance vie (qui bénéficie d’une fiscalité plus douce après 8 ans).
Par exemple :
65 ans : retraite, baisse de revenus, début de retraits du PER à hauteur de la tranche marginale de 11 % ou 30 % maximum ;
70 ans : démarrage de rachats programmés sur l’assurance vie (avec abattements annuels) ;
75 ans : éventuelle conversion d’une partie du capital restant en rente si besoin de sécuriser davantage les revenus.
L’objectif n’est pas de « ne pas payer d’impôts » (illusoire), mais de ne pas en payer inutilement plus que nécessaire.
PER, assurance vie, PEA : penser l’écosystème, pas le produit isolé
Le PER ne doit pas être pensé en vase clos. Pour un investisseur responsable, on se pose aussi la question :
Quelle part de mon patrimoine long terme est sur des supports fléchés « retraite » (PER, épargne salariale) ?
Quelle part reste flexible (assurance vie, PEA, compte-titres, immobilier) ?
Sur quels supports puis-je le mieux déployer une stratégie ESG / finance à impact ?
Typiquement :
Le PER est intéressant pour loger des fonds actions responsables à horizon long terme, grâce au gain fiscal à l’entrée ;
L’assurance vie reste très pertinente pour des supports à impact (fonds ISR, fonds solidaires, fonds à impact) avec plus de souplesse à la sortie et une bonne transmission ;
Le PEA permet de construire un portefeuille actions responsables européen, avec une fiscalité très avantageuse au-delà de 5 ans.
Votre stratégie de sortie du PER doit donc se caler sur celle de vos autres enveloppes : qui sert à quoi ? à quel moment ? avec quelle fiscalité ?
Transmission : le PER, un outil secondaire mais pas inutile
Contrairement à l’assurance vie, le PER n’est pas d’abord un outil de transmission, mais quelques points méritent d’être connus :
En cas de décès avant la retraite, les sommes sont transmises aux bénéficiaires désignés, avec un régime fiscal proche de l’assurance vie selon l’âge au décès et la nature du contrat (bancaire ou assurantiel) ;
En cas de décès après la retraite :
si vous êtes en capital : le solde du PER entre dans la succession (régime droits de succession classiques) ;
si vous êtes en rente : tout dépend des options de réversibilité ou de rente de réversion que vous avez choisies (souvent au prix d’une rente individuelle plus faible).
En pratique, pour optimiser un projet de transmission à impact (aider des enfants à lancer une entreprise sociale, financer des projets à impact, alimenter une fondation familiale), l’assurance vie reste l’outil principal. Le PER est surtout là pour optimiser votre propre retraite.
Les biais fréquents à éviter
Quelques erreurs que je vois revenir régulièrement :
Surévaluer l’avantage fiscal à l’entrée
Oui, la déduction est intéressante… mais si vous ressortez à une tranche d’IR identique ou supérieure, le gain réel peut être limité (voire négatif après prélèvements sociaux).
Oublier que la situation fiscale à la retraite peut être très différente
Entre pensions, loyers, revenus d’activité, plus-values, chaque cas est particulier ; un PER massif dans un contexte de revenus déjà confortables peut alourdir la facture.
Ne pas tenir compte de l’horizon de vie réel
Convertir tout en rente à 62 ans si votre espérance de vie est réduite (santé, antécédents) n’a pas forcément de sens ; à l’inverse, ne garder que du capital si votre famille vit communément jusqu’à 95 ans n’est pas forcément optimal non plus.
Négliger les frais
Les frais de gestion, de rente, de supports, peuvent rogner sensiblement le rendement net ; comparez les PER et leurs tables de rente avant de vous engager.
En pratique : comment avancer dès maintenant ?
Si vous avez déjà un PER, voici une démarche simple en 4 étapes :
Faites l’inventaire de votre PER :
montant total, historique des versements (déduits ou non), répartition des supports, frais.
Projetez votre situation à la retraite :
pensions estimées, autres revenus, niveau de vie souhaité, âge probable de départ.
Simulez plusieurs scénarios de sortie :
100 % capital en une fois, capital fractionné sur 10 ans, 50 % en rente… en intégrant la fiscalité (il existe des simulateurs, mais un tableur bien construit fait souvent l’affaire).
Ajustez vos versements actuels en fonction de ces simulations :
si vous constatez qu’un PER trop important vous emmène vers une fiscalité très lourde à la sortie, il peut être pertinent de rééquilibrer vers l’assurance vie ou le PEA.
L’objectif n’est pas de faire du PER l’alpha et l’oméga de votre retraite, mais un pilier cohérent d’une stratégie globale, alignée avec vos valeurs et vos objectifs de vie.