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Redressement judiciaire durée : quelles étapes, quels délais et quels impacts pour les créanciers

Redressement judiciaire durée : quelles étapes, quels délais et quels impacts pour les créanciers

Redressement judiciaire durée : quelles étapes, quels délais et quels impacts pour les créanciers

Quand une entreprise entre en redressement judiciaire, tout le monde se pose la même question : combien de temps ça va durer… et combien je vais récupérer en tant que créancier ?

Pour un investisseur, un banquier, un fournisseur ou un porteur d’obligations, la durée de la procédure n’est pas un simple détail juridique : elle conditionne directement le taux de récupération, le besoin en trésorerie et, parfois, la survie de son propre business.

Dans cet article, on va regarder le redressement judiciaire avec des lunettes de créancier et d’investisseur : quelles sont les étapes, quels sont les délais réalistes (pas uniquement théoriques) et quels impacts concrets attendre à chaque phase.

Redressement judiciaire : à quoi sert-il vraiment ?

Le redressement judiciaire est une procédure collective prévue par le Code de commerce français pour les entreprises en cessation des paiements mais qui ont encore une chance d’être sauvées.

Objectif officiel : permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

En pratique, pour les créanciers, cela signifie trois choses :

Pour un investisseur responsable, comprendre ces mécanismes, c’est aussi mieux mesurer le risque de crédit ex ante : gouvernance, structure de dette, dépendance bancaire, etc. Le redressement judiciaire est la partie visible d’un problème de solvabilité qui se prépare parfois depuis longtemps.

Les grandes étapes d’un redressement judiciaire

La procédure est très codifiée, mais sa durée réelle dépend de la taille de l’entreprise, du nombre de créanciers et… de la capacité de tous les acteurs à se mettre d’accord.

Les principales étapes :

Voyons ces étapes avec des repères de temps et leurs conséquences pour les créanciers.

Ouverture du redressement judiciaire : le “choc” pour les créanciers

Le redressement est ouvert par le tribunal de commerce (ou judiciaire pour certaines structures) à la demande :

À partir du jugement d’ouverture, plusieurs effets majeurs se déclenchent :

Pour les créanciers, le signal est clair : vous entrez dans un univers collectif, très encadré, où la priorité n’est plus votre créance individuelle mais l’équilibre global de la procédure.

La période d’observation : combien de temps, et à quoi ça sert ?

La période d’observation est le cœur du redressement judiciaire. C’est là que se joue la question : l’entreprise est-elle sauvable ou pas ?

Durée théorique :

Donc, en pratique, la période d’observation dure entre 6 et 18 mois, avec une moyenne souvent autour de 9–12 mois pour les PME.

Objectifs de cette phase :

Côté créancier, c’est une phase qui demande de la discipline et de la réactivité.

Déclaration de créance : une étape vitale pour les créanciers

Si vous ne devez retenir qu’une date, c’est celle-ci : le délai pour déclarer votre créance.

Après la publication du jugement d’ouverture au BODACC, vous disposez en principe de :

Passé ce délai, votre créance peut être déclarée forclose : elle n’est plus prise en compte dans le passif, sauf relevé de forclusion (qui n’est pas automatique).

Concrètement, pour un investisseur ou un fournisseur :

Ne pas déclarer = accepter de facto un taux de récupération de 0 %.

À l’issue de la période d’observation : trois issues possibles

À la fin de la période d’observation (ou avant, si la situation est claire), le tribunal doit trancher. Trois grands scénarios :

1. Plan de redressement

C’est le scénario “optimiste” : l’entreprise poursuit son activité et rembourse son passif selon un calendrier arrêté par le tribunal.

Le plan comporte :

Pour les créanciers, cela signifie souvent :

2. Plan de cession

Ici, l’objectif est de céder l’activité (ou une partie) à un repreneur.

Impacts pour les créanciers :

3. Conversion en liquidation judiciaire

C’est l’échec du redressement. L’entreprise cesse son activité (sauf poursuite ponctuelle pour vendre dans de meilleures conditions). Le liquidateur réalise les actifs et répartit les sommes selon l’ordre des privilèges.

Pour la majorité des créanciers chirographaires (non garantis), le taux de récupération est souvent très faible, voire nul.

Combien de temps dure vraiment un redressement judiciaire ?

On peut distinguer trois horizons de temps :

Dans la pratique :

Pour un créancier ou un investisseur, il faut donc penser en scénario :

Impacts concrets pour les différents types de créanciers

Tous les créanciers ne sont pas logés à la même enseigne. L’ordre des paiements et le rapport de force sont très différents selon votre profil.

Créanciers salariés

Créanciers publics (fiscaux, sociaux)

Banques et créanciers garantis

Fournisseurs

Obligataires, investisseurs privés, financeurs à impact

Comment un créancier peut-il agir pendant la procédure ?

Même si la procédure est très encadrée, vous n’êtes pas condamné à la passivité.

Avant l’ouverture (quand il est encore temps)

Au moment de l’ouverture

Pendant la période d’observation

Lors de la préparation du plan

Redressement judiciaire et investissement responsable : quel lien ?

On pourrait croire que le redressement judiciaire est un sujet purement défensif. En réalité, il interroge directement la qualité de l’analyse ESG et la gestion du risque dans une démarche d’investissement responsable.

Quelques enseignements clés :

À l’inverse, dans certains cas, une procédure de redressement peut servir de point de rebond dans une logique d’investissement à impact :

Mais pour pouvoir intervenir utilement à ce stade, il faut comprendre en profondeur la mécanique juridique et financière du redressement… et ses délais réels.

Que retenir comme créancier ou investisseur ?

Face à un redressement judiciaire, la tentation est de ne voir que l’aspect anxiogène : procédures complexes, vocabulaire juridique, horizon de temps long. Pourtant, quelques réflexes simples permettent de garder une approche rationnelle :

La finance responsable ne consiste pas seulement à financer des projets vertueux ; elle consiste aussi à mieux gérer les phases de crise, à protéger au mieux les différentes parties prenantes et, lorsque c’est possible, à transformer une situation de redressement en opportunité de reconstruction plus saine et plus durable.

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