Que veut dire cac40 et comment cet indice influence vos placements responsables

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Que veut dire cac40 et comment cet indice influence vos placements responsables
Que veut dire cac40 et comment cet indice influence vos placements responsables

Le CAC 40, c’est quoi exactement ?

Le CAC 40, tout le monde en parle… mais peu de gens savent vraiment comment il fonctionne. Or si vous investissez, et a fortiori si vous faites de l’investissement responsable, cet indice joue un rôle beaucoup plus important que vous ne l’imaginez.

Commençons par une définition claire.

Le CAC 40 (Cotation Assistée en Continu) est l’indice boursier phare de la Bourse de Paris. Il regroupe 40 grandes entreprises françaises (ou à forte implantation en France), parmi les plus importantes en termes de capitalisation boursière et de liquidité.

En pratique, c’est :

  • Un baromètre de la Bourse française : quand on dit “la Bourse de Paris a gagné 2 % aujourd’hui”, on parle généralement du CAC 40.
  • Un indice pondéré par la capitalisation flottante : plus une entreprise “pèse lourd” en Bourse et plus elle est facilement échangeable, plus elle pèse dans le CAC 40.
  • Un indice révisé régulièrement : un comité scientifique se réunit au moins 4 fois par an pour décider d’entrer ou sortir certaines valeurs (par exemple l’entrée d’un champion du luxe, la sortie d’un groupe en difficulté, etc.).

Autrement dit, le CAC 40 n’est pas “figé”. C’est une photo en mouvement permanent des grandes capitalisations françaises cotées.

Techniquement, son niveau est calculé à partir :

  • du cours de Bourse de chaque action,
  • multiplié par le nombre d’actions en circulation disponibles en Bourse (le flottant),
  • puis ajusté par un coefficient pour que l’indice reste cohérent dans le temps (malgré les splits, fusions, augmentations de capital, etc.).

Résultat : lorsque le CAC 40 monte de 1 %, cela signifie que, globalement, la valeur des 40 entreprises qui le composent a augmenté d’environ 1 %. Pas plus, pas moins.

Jusqu’ici, rien de spécifique à l’investissement responsable. Mais regardons maintenant comment cet indice pénètre… quasiment tous vos placements.

Pourquoi le CAC 40 influence déjà une grande partie de votre épargne

Même si vous n’avez jamais “acheté du CAC 40” de votre vie, il est probable que votre argent y soit déjà exposé. Comment ? Par plusieurs canaux :

  • Les OPCVM “actions France” ou “actions zone euro” : une grande partie de ces fonds utilisent le CAC 40 comme indice de référence. Ils essaient de le battre, ou de s’en rapprocher.
  • Les ETF / trackers CAC 40 : ces fonds indiciels répliquent la performance du CAC 40, à la hausse comme à la baisse, en achetant les actions de l’indice.
  • Votre assurance-vie : derrière des noms marketing (“Actions Europe”, “Grandes capitalisations”, etc.), beaucoup d’unités de compte ont une exposition significative au CAC 40.
  • Votre épargne salariale : les FCPE proposés par votre employeur sont souvent bâtis autour d’indices généralistes comme le CAC 40.

D’après les chiffres de la Banque de France, les ménages français détiennent plus de 400 milliards d’euros en unités de compte en assurance-vie, dont une part majoritaire en fonds actions ou diversifiés très corrélés aux grands indices (CAC 40, Euro Stoxx, MSCI Europe). Sans le savoir, vous êtes donc probablement “co-propriétaire” des entreprises du CAC 40.

La vraie question devient alors : quelles entreprises composez-vous réellement, en tant qu’investisseur… et en tant que citoyen ?

Que trouve-t-on dans le CAC 40, d’un point de vue ESG ?

Lorsque l’on regarde le CAC 40 avec des lunettes “ESG” (Environnement, Social, Gouvernance), le tableau est contrasté.

En pratique, on y trouve :

  • Des secteurs très émetteurs de CO₂ : énergie (TotalEnergies), matériaux (ArcelorMittal, Saint-Gobain), aéronautique (Airbus, Safran), automobile (Stellantis, Michelin).
  • Des acteurs des services financiers : BNP Paribas, Société Générale, AXA, Crédit Agricole SA, Amundi… qui financent, directement ou indirectement, l’économie réelle (et donc des activités parfois très carbonées).
  • Des champions du luxe et de la consommation : LVMH, Kering, L’Oréal, Hermès, etc. avec des enjeux sociaux (conditions de travail dans la chaîne d’approvisionnement), environnementaux (matières premières, transport) et de gouvernance (rémunération des dirigeants, fiscalité).
  • Des groupes industriels et technologiques : Schneider Electric, Legrand, STMicroelectronics, Dassault Systèmes, avec des modèles parfois au cœur de la transition (efficacité énergétique, numérique, automatisation industrielle).

Autrement dit, le CAC 40, ce n’est pas “bon” ou “mauvais” d’un bloc. C’est un panorama condensé de l’économie française et européenne, avec :

  • des entreprises très impliquées dans la transition,
  • d’autres encore fortement dépendantes d’un modèle fossile,
  • et beaucoup de situations intermédiaires, où la crédibilité des plans de transition est la vraie question.

Côté chiffres, plusieurs études montrent que :

  • une poignée de valeurs du CAC 40 concentre une part disproportionnée des émissions de gaz à effet de serre (les grands groupes pétroliers, matériaux, transports),
  • mais certaines entreprises du CAC 40 figurent aussi parmi les “leaders ESG” dans les grands classements internationaux (Schneider, L’Oréal, Dassault Systèmes, etc.).

On retrouve donc dans le CAC 40 les mêmes paradoxes que dans l’économie réelle : vous financez potentiellement la transition… et les énergies fossiles, en même temps.

Comment le CAC 40 façonne vos placements responsables

Passons à ce qui vous intéresse probablement le plus : en quoi cet indice influence-t-il concrètement vos placements responsables ?

Il y a au moins quatre canaux majeurs.

1. Les indices “CAC 40 ESG” et “low carbon”

Pour répondre à la demande croissante d’ISR, Euronext (l’opérateur boursier) et les agences de notation ESG ont créé des variantes “responsables” du CAC 40, par exemple :

  • CAC 40 ESG : indice qui sélectionne et pondère les sociétés du CAC 40 selon des critères ESG, tout en cherchant à rester proche de la performance de l’indice classique.
  • CAC 40 Climate / Low Carbon : indices qui réduisent l’empreinte carbone globale, en sous-pondérant ou excluant certains gros émetteurs, ou en privilégiant les entreprises plus alignées avec les objectifs climatiques.

Beaucoup d’ETF “responsables” que vous trouvez sur les plateformes ou dans les contrats d’assurance-vie répliquent ces indices dérivés du CAC 40. Résultat : même lorsque vous choisissez un ETF “ESG”, vous restez très largement dépendant du même univers de départ : le CAC 40.

Vous changez la recette (pondération, exclusions partielles), mais les ingrédients de base restent souvent les mêmes.

2. Les fonds ISR utilisent le CAC 40 comme point de départ

La plupart des gérants de fonds actions France ou Europe partent d’un univers d’indices standards (CAC 40, SBF 120, Euro Stoxx 50…) puis appliquent :

  • des exclusions normatives (armes controversées, charbon thermique, tabac, etc.),
  • des filtres ESG (éliminer les “mauvais élèves” ou privilégier les “meilleurs de leur secteur”),
  • et parfois une sélection thématique (transition énergétique, économie circulaire, santé, éducation).

Dans un fonds “actions France ISR”, il n’est pas rare de retrouver une vingtaine, voire une trentaine de valeurs… dont une grande partie issues du CAC 40. L’indice agit donc comme un gabarit implicite pour la construction du portefeuille.

Autrement dit, votre gestion “responsable” reste très liée à la composition et à la structure sectorielle du CAC 40, même si les poids sont ajustés.

3. Le CAC 40 influence votre perception du risque

Lorsque vous regardez la performance de votre contrat d’assurance-vie ou de votre PEA, le réflexe est souvent de comparer :

  • “Mon fonds ISR a fait +4 %”,
  • “Le CAC 40 a fait +6 % sur la même période.”

Spontanément, vous pouvez en déduire que l’ISR “coûte en performance”. Mais ce raisonnement suppose que le CAC 40 est la référence naturelle et neutre, ce qui n’est pas le cas :

  • le CAC 40 est très concentré sur quelques secteurs (finance, luxe, énergie, industrie),
  • il n’est pas diversifié géographiquement (exposition principalement à la France / Europe, même si ces groupes sont mondialisés),
  • il reflète l’économie telle qu’elle est aujourd’hui, pas forcément telle qu’elle devra être dans 20 ou 30 ans.

Utiliser le CAC 40 comme mètre étalon absolu biaise donc souvent l’analyse. Un portefeuille plus “transition” peut sous-performer à court terme… tout en étant potentiellement mieux positionné pour un monde à +1,5°C ou +2°C.

4. Le poids spécifique de certaines “méga-capitalisations”

Enfin, n’oublions pas que dans un indice pondéré par la capitalisation, quelques mastodontes pèsent très lourd. Dans le CAC 40, les grandes valeurs du luxe, de la finance et de l’énergie peuvent représenter à elles seules une part significative de l’indice.

Conséquence : si vous achetez un ETF CAC 40 classique, une partie non négligeable de votre argent va mécaniquement :

  • aux groupes pétroliers et gaziers,
  • aux grandes banques finançant encore massivement les énergies fossiles,
  • aux grands groupes peu alignés avec les trajectoires climatiques 1,5°C.

Même via un ETF “ESG”, si la méthodologie reste peu exigeante, ces mêmes groupes peuvent être présents, parfois avec un poids légèrement réduit… mais pas éliminés.

Les limites du CAC 40 pour un investisseur responsable

Regarder le CAC 40 en investisseur responsable, c’est accepter de voir ses angles morts. Parmi les principaux :

  • Un biais “France / grandes capi” très fort : vous passez à côté de nombreuses PME/ETI européennes ou mondiales, souvent très innovantes sur les sujets climat ou social.
  • Une représentation partielle de l’économie réelle : la plupart des entreprises non cotées (économie sociale et solidaire, coopératives, entreprises à mission de taille modeste) n’apparaissent pas dans cet univers.
  • Un risque de “greenwashing indiciel” : re-labelliser un indice CAC 40 en “ESG” sans modifier radicalement son univers peut donner une illusion de transformation, alors que la majorité des flux financiers restent dirigés vers les mêmes grands groupes.
  • Un horizon de temps court : les indices sont jugés quotidiennement, au gré des résultats trimestriels, alors que la transition écologique et sociale se joue sur 10, 20, 30 ans.

La question n’est pas de “démoniser” le CAC 40. Il a son utilité : lisibilité, suivi macro, produits liquides et peu coûteux pour investir. Mais il est sain, en tant qu’investisseur responsable, de se rappeler que :

le CAC 40 est un outil, pas une boussole éthique.

Comment utiliser intelligemment le CAC 40 dans une stratégie d’investissement responsable

Plutôt que d’opposer frontalement “CAC 40” et “investissement responsable”, il est plus utile de se demander : comment intégrer (ou limiter) le CAC 40 de façon cohérente avec vos valeurs et votre stratégie ?

Voici quelques pistes opérationnelles.

Clarifier votre niveau d’acceptation du compromis

Pour beaucoup d’investisseurs, la question clé n’est pas “CAC 40 ou pas CAC 40”, mais :

  • “Jusqu’où suis-je prêt à aller pour rester aligné avec mes convictions ?”
  • “Quel niveau de compromis j’accepte entre pureté éthique, liquidité, diversification et coûts ?”

Quelques profils typiques :

  • Vous acceptez une exposition raisonnée au CAC 40 : vous cherchez des fonds ou ETF qui filtrent les pires comportements (charbon, armes controversées, non-respect des droits humains) tout en restant proches des grands indices.
  • Vous souhaitez limiter fortement votre exposition : vous privilégiez des indices bas carbone, des fonds thématiques (énergies renouvelables, santé, éducation, eau) et des solutions non cotées (crowdequity, fonds à impact).
  • Vous voulez l’éviter au maximum : vous construisez un portefeuille très sélectif, en choisissant des entreprises et des projets avec une intention d’impact très forte, quitte à accepter plus de volatilité et de complexité.

Dans tous les cas, la clé est de rendre ce compromis conscient, plutôt que de le subir via des allocations par défaut dictées par le CAC 40.

Utiliser le CAC 40 comme “noyau” puis ajouter un “satellite à impact”

Une stratégie que beaucoup d’investisseurs responsables adoptent consiste à combiner :

  • un “cœur” de portefeuille en ETF larges (France, Europe, monde) avec une légère teinte ESG, pour bénéficier de :
    • frais très bas,
    • diversification,
    • simplicité de gestion,
  • et un “satellite” à impact composé :
    • de fonds à impact (climat, inclusion sociale, logement abordable, etc.),
    • de titres vifs soigneusement sélectionnés,
    • de projets non cotés (énergies renouvelables, finance solidaire, crowdfunding à impact).

Dans ce schéma, le CAC 40 (via des ETF France/Europe) n’est plus votre unique exposition actions, mais seulement une brique parmi d’autres, que vous encadrez dans une stratégie globale cohérente.

Choisir des ETF et fonds “ESG” vraiment exigeants

Si vous passez par des produits indiciels ou des fonds labellisés, tous ne se valent pas. Quelques points de vigilance concrets :

  • Regarder les premières lignes du portefeuille : quelles sont les 10 plus grosses positions ? Y trouvez-vous des groupes en contradiction frontale avec vos valeurs ?
  • Analyser les exclusions : le fonds exclut-il seulement les armes controversées et le charbon… ou va-t-il plus loin (sables bitumineux, nouveaux projets pétroliers, tabac, divertissement pour adultes, etc.) ?
  • Vérifier l’alignement climatique : le fonds communique-t-il sur la trajectoire d’alignement (1,5°C, 2°C) ? Quel est son objectif de réduction d’intensité carbone par rapport à l’indice classique ?
  • Observer la politique d’engagement actionnarial : le gérant vote-t-il réellement en assemblée générale ? Publie-t-il ses votes ? S’engage-t-il dans un dialogue structuré avec les entreprises les plus controversées ?

Deux ETF estampillés “ESG” sur le CAC 40 peuvent avoir une composition et une exigence radicalement différentes. La mention “ISR” ou “ESG” sur la brochure ne suffit plus.

Utiliser le CAC 40 comme outil d’analyse, pas seulement comme support d’investissement

Enfin, le CAC 40 peut être un excellent laboratoire pédagogique pour comprendre les enjeux de la finance responsable :

  • Suivez l’actualité ESG de quelques grandes entreprises du CAC 40 : plans climat, controverses sociales, litiges, changements de gouvernance.
  • Comparez deux entreprises d’un même secteur : leurs stratégies de transition sont-elles crédibles ? leurs CAPEX (investissements) vont-ils vraiment dans le bon sens ?
  • Regardez comment les agences de notation ESG les notent… et où ces notations se contredisent.

Cet exercice vous aidera à développer votre propre grille de lecture, au-delà des labels et des argumentaires commerciaux, et à prendre du recul par rapport au discours dominant : “le CAC 40, c’est la Bourse, donc c’est la référence”.

À retenir pour vos placements responsables

Le CAC 40 n’est ni votre allié naturel, ni votre ennemi juré. C’est :

  • un outil de mesure simple et largement utilisé,
  • un univers d’investissement très présent dans vos placements existants,
  • un reflet imparfait mais instructif de l’économie française et européenne.

En tant qu’investisseur responsable, votre rôle n’est pas de tourner le dos aux grands indices sans réfléchir, ni de les suivre les yeux fermés. Il est plutôt de :

  • comprendre comment le CAC 40 s’invite déjà dans vos placements,
  • identifier ce qui vous convient et ce qui vous dérange dans sa composition,
  • choisir consciemment le degré d’exposition que vous acceptez,
  • compléter, orienter ou corriger cette exposition par des stratégies vraiment alignées avec vos valeurs.

La Bourse – CAC 40 compris – restera un passage obligé pour une large part de l’investissement responsable, ne serait-ce que par les montants en jeu. La question n’est donc pas “CAC 40 : oui ou non ?”, mais plutôt :

À quelles conditions, dans quelles proportions, et avec quel niveau d’exigence ESG êtes-vous prêt à l’intégrer dans votre stratégie ?