Per deblocage : dans quels cas pouvez-vous récupérer votre épargne et avec quelle fiscalité

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Per deblocage : dans quels cas pouvez-vous récupérer votre épargne et avec quelle fiscalité
Per deblocage : dans quels cas pouvez-vous récupérer votre épargne et avec quelle fiscalité

Rappel express : à quoi sert vraiment un PER ?

Le Plan d’Épargne Retraite (PER) a été pensé pour une chose : vous aider à vous constituer un revenu complémentaire pour la retraite, avec une carotte fiscale à l’entrée. En contrepartie, l’argent est… bloqué. Et c’est là que les ennuis commencent, quand on a besoin de son épargne avant l’âge légal.

Avant de parler déblocage, deux points à garder en tête :

  • Le PER n’est pas un livret A amélioré : c’est un outil de long terme avec une logique fiscale précise.
  • La fiscalité de sortie dépend à la fois du motif du déblocage et de l’origine des versements (volontaires, épargne salariale, versements obligatoires).
  • Si vous ne savez plus exactement ce que vous avez versé, rassurez-vous : votre assureur ou votre banque est obligée de vous le détailler. Et c’est indispensable pour ne pas faire d’erreur au moment de sortir le capital.

    Blocage du PER : la règle générale… et pourquoi elle surprend

    La règle de base est simple :

  • Votre épargne est bloquée jusqu’à la retraite (âge légal ou départ effectif si plus tard).
  • Vous ne pouvez la récupérer qu’à ce moment-là, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi.
  • Ce qui surprend souvent :

  • Peu de conseillers insistent assez sur le caractère vraiment bloqué de l’épargne.
  • Les épargnants confondent PER et assurance-vie, alors que la logique est très différente.
  • Bonne nouvelle : il existe plusieurs fenêtres de sortie. Les connaître précisément, c’est éviter de se retrouver coincé avec une épargne dont vous auriez vraiment besoin… ou de déclencher un déblocage dans des conditions fiscales défavorables.

    Les 6 cas de déblocage anticipé pour « accidents de la vie »

    En dehors de la retraite et de l’achat de la résidence principale (on y revient juste après), la loi prévoit 6 cas de déblocage anticipé du PER, qu’on appelle les « accidents de la vie » :

  • Invalidité : de vous-même, de votre conjoint/partenaire de PACS ou de vos enfants, correspondant à une invalidité de 2e ou 3e catégorie.
  • Décès du conjoint ou du partenaire de PACS : séparation brutale de revenus, souvent synonyme de besoin urgent de liquidités.
  • Expiration des droits au chômage : vous avez été licencié, vous avez touché l’allocation chômage, et vos droits sont arrivés à terme.
  • Surendettement : sur demande de la commission de surendettement (Banque de France) ou du juge.
  • Cessation d’activité non salariée suite à une liquidation judiciaire : typiquement, un entrepreneur individuel ou un gérant majoritaire qui ferme son activité.
  • Absence de mandat social ou de contrat de travail suite à la non-reconduction d’un mandat (dirigeant, etc.) et inscription à Pôle emploi.
  • Dans tous ces cas, vous pouvez demander le déblocage anticipé de votre PER, généralement sous forme de capital.

    Points de vigilance :

  • Le déblocage n’est pas automatique : vous devez en faire la demande, justificatifs à l’appui.
  • Chaque gestionnaire de PER (banque, assureur) a ses propres procédures et délais de traitement.
  • Vous pouvez choisir de débloquer tout ou partie de votre PER (sauf cas particuliers, à vérifier dans votre contrat).
  • Et surtout : ces déblocages anticipés ont une fiscalité spécifique. On y vient, mais avant, parlons du cas qui intéresse beaucoup de monde… l’achat de la résidence principale.

    Achat de la résidence principale : le cas spécial qui change tout

    C’est la grande nouveauté du PER par rapport aux anciens dispositifs (PERP, Madelin, etc.) : vous pouvez utiliser votre épargne avant la retraite pour acheter votre résidence principale.

    Concrètement, vous pouvez demander le déblocage :

  • Pour l’achat de votre résidence principale (pas une résidence secondaire, pas un investissement locatif).
  • Lors d’un premier achat… ou même si vous n’êtes plus primo-accédant, tant que le bien devient votre résidence principale (la règle est plus souple qu’en PEL).
  • En pratique, vous allez devoir fournir :

  • Un compromis de vente ou une promesse d’achat signée.
  • Une attestation de votre banque ou du notaire précisant l’opération.
  • Attention au timing : un déblocage de PER ne se fait pas en 72 heures. Il faut anticiper dans votre montage de financement, quitte à prévenir votre notaire et votre conseiller bancaire que l’un des apports vient d’un PER.

    Côté fiscalité, c’est un cas à part :

  • La part correspondant à vos versements volontaires (déduits ou non) est exonérée d’impôt sur le revenu dans le cadre d’un achat de résidence principale.
  • Les gains (plus-values) restent soumis aux prélèvements sociaux de 17,2 %.
  • Autrement dit, si vous avez utilisé le PER pour optimiser vos impôts et que vous l’utilisez finalement pour acheter votre résidence principale, la sortie est beaucoup plus douce fiscalement qu’à la retraite. Cela peut même devenir une vraie stratégie de préparation d’apport… à condition de bien maîtriser les règles.

    Sortie à la retraite : capital, rente, ou les deux ?

    Une fois à la retraite (ou à l’âge légal si vous partez plus tard), vous avez plusieurs options :

  • Sortie en capital : en une fois ou de manière fractionnée.
  • Sortie en rente viagère : un revenu régulier jusqu’à votre décès.
  • Sortie mixte : une partie en capital, une partie en rente.
  • Le gros avantage du PER « nouvelle génération » : vous n’êtes plus obligé de sortir uniquement en rente, comme c’était le cas pour certains anciens dispositifs.

    Comment choisir ? Quelques repères :

  • La sortie en capital donne de la flexibilité (rembourser un crédit, financer un projet, aider les enfants…), mais elle peut augmenter fortement votre impôt l’année de la sortie si vous sortez tout d’un coup.
  • La rente viagère joue le rôle de « deuxième pension » mais elle est peu réversible, et dépend des conditions de rente (taux de conversion, options de réversion, etc.).
  • La sortie fractionnée est souvent un bon compromis pour lisser la fiscalité sur plusieurs années.
  • Le bon réflexe : faire une simulation fiscale avant de demander la sortie, surtout si vous avez des montants importants sur le PER.

    Fiscalité des sorties : tout dépend de l’origine des versements

    C’est ici que beaucoup de gens se perdent. Pour comprendre la fiscalité de sortie du PER (anticipée ou à la retraite), il faut distinguer :

  • Versements volontaires :
    • Déduits de votre revenu imposable à l’entrée.
    • Non déduits (vous avez renoncé à l’avantage fiscal).
  • Épargne salariale : intéressement, participation, abondement, transférés sur le PER.
  • Versements obligatoires : dans les PER collectifs obligatoires en entreprise.
  • On va passer en revue les grandes situations, en restant sur les règles de base.

    Sortie des versements volontaires déduits : le « boomerang fiscal »

    Si, au moment de verser sur votre PER, vous avez choisi la déduction fiscale (c’est le cas le plus fréquent), alors :

  • À l’entrée : vous avez réduit votre revenu imposable (donc votre impôt) de vos versements.
  • À la sortie : le fisc vient reprendre sa part.
  • Dans le détail :

  • Sortie en capital (hors achat résidence principale) :
    • La part correspondant à vos versements est imposée au barème de l’IR comme un revenu (TMI 11 %, 30 %, 41 %, 45 %… selon votre tranche).
    • Les gains (plus-values) sont soumis au PFU de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option globale pour le barème.
  • Sortie en rente viagère :
    • La rente est imposée comme une pension de retraite.
    • Vous bénéficiez de l’abattement de 10 % applicable aux pensions, puis la rente est imposée au barème.
    • Des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.) s’appliquent également.

    Fiscalement, le PER fonctionne donc comme un décalage : économie d’impôt aujourd’hui, fiscalité demain. L’intérêt est maximal si :

  • Votre taux marginal d’imposition est élevé pendant votre vie active (30 % et plus).
  • Et plus faible à la retraite (vous récupérez le capital avec un TMI plus bas).
  • Sortie des versements volontaires non déduits : l’angle mort méconnu

    Si vous avez volontairement renoncé à la déduction fiscale à l’entrée (par exemple parce que vous étiez faiblement imposé), vous avez une situation intéressante :

  • Vous avez versé avec de l’argent déjà imposé.
  • À la sortie, l’administration fiscale en tient compte.
  • En sortie :

  • En capital :
    • La part correspondant à vos versements est exonérée d’IR.
    • Les gains sont soumis aux prélèvements sociaux de 17,2 % et, selon les cas, au PFU si assimilés à des produits de placement.
  • En rente :
    • La rente est alors traitée comme une rente viagère à titre onéreux : seule une fraction est imposable (qui dépend de votre âge à la mise en place de la rente).
    • Le reste est exonéré d’IR mais soumis aux prélèvements sociaux.

    Ce cas est souvent sous-exploité, alors qu’il peut être pertinent pour un épargnant peu ou pas imposable aujourd’hui mais qui veut profiter de la structure du PER (gestion pilotée, enveloppe long terme, cadre retraite).

    Épargne salariale logée sur le PER : une logique encore différente

    Si vous avez transféré sur votre PER de l’intéressement, de la participation ou un abondement de votre employeur, la fiscalité à la sortie n’est pas la même que pour les versements volontaires.

    À la sortie :

  • Sortie en capital :
    • La part correspondant à l’épargne salariale (hors gains) est en principe exonérée d’impôt sur le revenu.
    • Les plus-values sont soumises aux prélèvements sociaux de 17,2 %.
  • Sortie en rente :
    • Régime proche de la rente viagère à titre onéreux, avec imposition d’une fraction seulement.

    C’est l’une des raisons pour lesquelles loger de l’épargne salariale sur un PER peut être fiscalement intéressant, à condition de bien anticiper vos besoins de liquidités (notamment par rapport au PEE ou au PEG, plus souples).

    Versements obligatoires sur PER d’entreprise : le cas spécifique

    Dans un PER obligatoire (anciennement article 83), les versements de l’employeur et du salarié sont obligatoires et viennent alimenter un compartiment spécifique de votre PER.

    À la sortie retraite :

  • La sortie se fait le plus souvent en rente viagère (les possibilités de sortie en capital sont limitées, selon les textes et le règlement du plan).
  • La rente est imposée comme une pension de retraite (avec abattement de 10 %).
  • En cas de déblocage anticipé pour accident de la vie, là encore, la fiscalité s’aligne en grande partie sur celle des rentes ou capitaux de retraite, avec des nuances selon le motif. Ce type de PER illustre bien pourquoi il est fondamental de distinguer chaque compartiment de votre plan.

    Fiscalité en cas de déblocage anticipé : ce qu’il faut retenir

    En résumé, pour les déblocages anticipés (hors achat résidence principale) :

  • Les versements volontaires déduits restent, en principe, imposés à la sortie (capital ou rente) comme à la retraite, sauf situations particulières prévues par la loi.
  • Les versements volontaires non déduits conservent leur traitement favorable (non-imposés à l’IR sur le capital versé, seuls les gains supportent les prélèvements sociaux).
  • L’épargne salariale bénéficie d’un régime proche de celui décrit plus haut : capital souvent exonéré d’IR, gains soumis aux prélèvements sociaux.
  • Certains cas, notamment l’invalidité lourde, peuvent bénéficier d’un traitement fiscal plus doux (exonérations partielles ou totales d’IR sur certaines composantes), mais ces dispositifs sont techniques et évolutifs. Dans ces situations, l’appui d’un professionnel ou d’un fiscaliste est vivement recommandé, ne serait-ce que pour vérifier l’application des bonnes cases dans votre déclaration.

    Stratégies pratiques : comment décider de débloquer (ou pas) ?

    Au-delà des règles, la vraie question est : quand est-ce pertinent de débloquer son PER ?

    Quelques repères opérationnels :

  • En cas d’accident de la vie : le PER doit jouer son rôle de coussin de sécurité. Si vous remplissez les conditions légales, il est souvent pertinent de débloquer, quitte à reconstituer plus tard une épargne retraite une fois la situation stabilisée.
  • Pour l’achat de la résidence principale :
    • Si vous avez bénéficié d’une forte déduction fiscale à l’entrée et que votre TMI serait élevé à la retraite, utiliser le PER comme apport immobilier peut être très efficace : sortie fiscalement adoucie par rapport à une sortie retraite classique.
    • En revanche, si votre PER est votre principale épargne retraite, attention à ne pas le vider complètement pour un achat immobilier « coup de cœur ».
  • Au moment de la retraite :
    • Évitez les sorties massives en une seule année si cela vous fait passer dans une tranche d’impôt supérieure.
    • Envisagez des sorties fractionnées, synchronisées avec d’autres décisions patrimoniales (donations, baisse de revenus, rachat de trimestres, etc.).
  • Si vous n’êtes pas ou peu imposable :
    • Ne cherchez pas à tout prix à déduire vos versements à l’entrée : vous récupérerez cette flexibilité en sortie, notamment en capital, avec une fiscalité très faible.

    Les pièges fréquents à éviter

    Pour finir sur du très concret, voici les erreurs que je vois revenir régulièrement chez les épargnants :

  • Penser que le PER est « rachetable » comme une assurance-vie : c’est faux, sauf cas de déblocage prévus par la loi. Ne mettez pas sur un PER l’argent dont vous pourriez avoir besoin à moyen terme, à moins de viser clairement l’achat de la résidence principale.
  • Oublier de distinguer les compartiments : mélanger dans sa tête versements volontaires, épargne salariale et versements obligatoires, c’est le meilleur moyen de mal anticiper la fiscalité de sortie.
  • Se focaliser uniquement sur l’avantage fiscal à l’entrée : un PER ne se juge pas uniquement à la réduction d’impôt immédiate. C’est le couple entrée/sortie qui compte, en fonction de votre trajectoire de revenus.
  • Ne pas anticiper le calendrier :
    • Un déblocage pour achat de résidence principale ne se fait pas en dernière minute avant la signature chez le notaire.
    • Un déblocage pour accident de la vie nécessite des justificatifs parfois longs à obtenir.
  • Sortir tout en une fois à la retraite par réflexe : alors que, dans beaucoup de cas, une sortie échelonnée sur plusieurs années permet de réduire l’impôt global payé.
  • En résumé, le PER est un outil puissant, mais exigeant. Bien utilisé, il peut être un excellent levier pour optimiser à la fois votre fiscalité et votre trajectoire patrimoniale (retraite, achat immobilier, sécurisation en cas de coup dur). Mal compris, il peut donner l’impression d’un produit « bloqué » et fiscalement pénalisant à la sortie.

    La clé, c’est de toujours se poser les questions dans cet ordre :

  • De quel horizon de temps ai-je vraiment besoin pour cette épargne ?
  • Quel sera probablement mon niveau d’imposition au moment de la sortie ?
  • Dans quels cas je pourrais être amené à déclencher un déblocage anticipé ?
  • À partir de là, le PER cesse d’être une boîte noire pour devenir ce qu’il devrait toujours être : un outil au service de votre stratégie, pas l’inverse.