PEL et taux d’emprunt : le vrai rôle de votre vieux plan dans un projet immobilier
On parle beaucoup du taux d’intérêt des crédits immobiliers, des renégociations, du HCSF… mais très peu d’un produit qui dort encore dans les tiroirs de millions de Français : le PEL, ou Plan d’Épargne Logement.
Et pourtant, le taux d’emprunt associé au PEL peut, dans certains cas, faire basculer la rentabilité globale d’un projet immobilier, ou au contraire le rendre totalement hors marché.
Problème : la plupart des épargnants ne savent même pas quel taux de prêt est attaché à leur PEL, ni s’il est intéressant de l’utiliser ou pas.
On va donc décortiquer :
- comment fonctionne le duo taux d’épargne / taux d’emprunt du PEL,
- dans quels cas le prêt PEL améliore réellement un projet immobilier,
- quand il vaut mieux utiliser le PEL comme simple réserve de cash… voire le fermer,
- et comment intégrer le PEL dans une stratégie d’épargne responsable et efficace.
Rappel express : comment fonctionne un PEL, vraiment ?
Le PEL, ce n’est pas juste un livret un peu mieux rémunéré. C’est un produit en deux temps :
- Phase d’épargne : vous versez régulièrement, vous touchez un taux d’intérêt fixe (déterminé à l’ouverture) et vous cumulez des droits à prêt.
- Phase de prêt : vous pouvez, si vous le souhaitez, transformer tout ou partie de ces droits en crédit immobilier à taux garanti.
Deux taux à distinguer absolument :
- Le taux d’épargne : c’est ce que vous rapporte le PEL sur vos versements (ex : 2,50 % brut pour un PEL ouvert en 2024).
- Le taux d’emprunt : c’est le taux auquel la banque vous prêtera si vous utilisez vos droits à prêt (différent selon la date d’ouverture).
Ce qui change tout, c’est que taux d’épargne et taux d’emprunt sont figés à l’ouverture. Un PEL de 2005, 2015 ou 2023 n’a ni le même rendement, ni le même taux de crédit associé.
Les différents “vintages” de PEL : êtes-vous assis sur une pépite ou sur un poids mort ?
Avant de parler projet immobilier, il faut situer dans quelle “génération” se trouve votre PEL. Quelques repères (valeurs indicatives, les conditions exactes peuvent varier légèrement selon la banque) :
- PEL ouverts avant mars 2011 :
- Taux d’épargne souvent entre 2,50 % et 4,50 % brut.
- Taux d’emprunt fréquemment entre 4,20 % et 4,80 %.
- Statut fiscal très avantageux sur les intérêts pendant les 12 premières années.
- PEL 2011 – 2016 :
- Taux d’épargne en baisse progressive (2,50 %, puis 2 %, puis 1,50 %).
- Taux d’emprunt autour de 4,20 % – 4,40 %.
- PEL 2016 – 2018 :
- Taux d’épargne 1 % brut.
- Taux d’emprunt autour de 2,20 %.
- PEL depuis 2018 :
- Taux d’épargne longtemps figé à 1 %, puis remonté (2 % à partir de 2023, 2,50 % en 2024).
- Taux d’emprunt autour de 3,20 % (variable selon la génération).
- Fiscalité alourdie : intérêts soumis au PFU (30 %) dès la première année.
Ce panorama montre déjà une chose essentielle : le prêt PEL n’est intéressant que si son taux d’emprunt est compétitif par rapport au marché au moment où vous achetez.
Autrement dit, un vieux PEL à 4,50 % de taux d’emprunt peut être un excellent support d’épargne… mais un très mauvais crédit immobilier.
PEL et projet immobilier : dans quels cas le taux d’emprunt est un atout ?
Pour savoir si votre taux PEL “fait le job” dans un projet immobilier, posez-vous une série de questions simples – mais dans le bon ordre.
1. Quel est le taux de crédit immobilier du marché aujourd’hui ?
La comparaison de base reste : taux PEL vs taux de marché. Exemples simplifiés :
- Vous avez un PEL avec un taux de prêt à 2,20 % sur 15 ans.
- Taux du marché sur 15 ans : 3,80 % → prêt PEL potentiellement très intéressant.
- Vous avez un PEL avec un taux de prêt à 4,20 %.
- Taux du marché sur 20 ans : 3,70 % → le prêt PEL n’a plus aucun avantage, voire un surcoût.
Le calcul à faire est basique mais puissant : comparez le coût total des intérêts avec et sans prêt PEL, à durée équivalente.
2. Quel montant de prêt pouvez-vous réellement obtenir grâce au PEL ?
Le PEL ne vous ouvre pas un crédit illimité. Le montant dépend :
- des droits à prêt accumulés,
- de l’utilisation de ceux-ci par vous (ou parfois par un membre de la famille, via la cession de droits),
- du projet (résidence principale, travaux, investissement locatif sous conditions…).
En pratique, les montants de prêts PEL tournent souvent entre 10 000 € et 92 000 €, avec une durée typique de 2 à 15 ans.
Impact concret :
- Sur un petit projet (ex : travaux de rénovation énergétique de 20 000 €), un prêt PEL à bon taux peut faire une vraie différence.
- Sur un achat à 300 000 € financé à 25 ans, même un bon taux PEL sur 20 000 € ne changera pas radicalement la mensualité globale, mais peut optimiser un peu le coût global.
3. Est-ce que le prêt PEL s’intègre bien dans le “montage” global ?
Votre projet immobilier ne se résume pas à un seul crédit. Vous pouvez avoir :
- un prêt principal classique (amortissable),
- un prêt PEL en complément,
- éventuellement des prêts aidés (PTZ, éco-PTZ, etc.).
La vraie question devient alors : est-ce que la combinaison de ces crédits optimise :
- le coût total (intérêts cumulés),
- la souplesse (possibilité de modulation, remboursement anticipé, etc.),
- et votre capacité future à investir à nouveau ?
Parfois, accepter un taux un peu plus élevé sur une petite partie du financement en échange de plus de flexibilité peut être un choix rationnel – surtout si vous avez d’autres projets d’investissement (y compris à impact) dans votre pipe.
Cas pratiques : quand le prêt PEL aide vraiment… et quand il pénalise
Pour sortir de la théorie, prenons deux scénarios inspirés de situations fréquentes.
Cas 1 : un PEL “nouvelle génération” avec taux de prêt compétitif
Profil : Sophie a ouvert un PEL en 2017.
- Taux d’épargne : 1 % brut.
- Taux de prêt : 2,20 %.
- Montant du projet : 220 000 € pour sa résidence principale.
- Droits à prêt : 40 000 € utilisables sur 15 ans.
- Taux du marché (crédit immo classique sur 20 ans) : 3,90 %.
Montage possible :
- 40 000 € à 2,20 % via son PEL sur 15 ans.
- Le reste (180 000 €) à 3,90 % sur 20 ans.
Elle réduit ainsi le coût des intérêts d’une partie significative de son financement. Dans ce cas, le prêt PEL joue son rôle historique : un vrai levier pour acheter à meilleur coût.
Cas 2 : un vieux PEL très bien rémunéré… mais avec un taux de prêt toxique
Profil : Marc a ouvert un PEL en 2006.
- Taux d’épargne : 2,50 % brut (intéressant dans le contexte de taux bas des dernières années).
- Taux de prêt : 4,50 %.
- Projet : investissement locatif dans une petite ville en transition (rénovation énergétique lourde à prévoir).
- Taux du marché sur 20 ans : 3,60 %.
Dans son cas :
- Utiliser le prêt PEL à 4,50 % serait objectivement défavorable par rapport à un crédit classique.
- En revanche, conserver le PEL comme support d’épargne (2,50 % brut, même fiscalisé) reste intéressant par rapport à certains livrets bancaires classiques.
- Il peut aussi mobiliser une partie du PEL comme apport, et laisser le reste fructifier jusqu’à un horizon cohérent avec ses autres projets.
Dans ce scénario, le PEL n’est pas un outil de financement, mais un outil de trésorerie et de sécurité.
Epargne logement : le PEL comme “réserve stratégique” dans une stratégie d’investissement
On réduit souvent le PEL à un produit “pour acheter sa résidence principale”. C’est une vision très partielle. Utilisé intelligemment, le PEL peut jouer plusieurs rôles dans une stratégie patrimoniale plus globale.
1. Réserve de liquidités dédiée au projet immobilier
Avant même de parler de prêt, le simple fait d’avoir :
- quelques dizaines de milliers d’euros bien identifiés sur un PEL,
- affectés mentalement à un futur projet immobilier,
vous oblige à structurer votre épargne : vous distinguez mieux ce qui relève de la sécurité (livret A, LDDS), du long terme (PEA, assurance-vie) et du “fonds projet immobilier”.
C’est un biais psychologique utile : un argent “étiqueté” a moins de chances de partir dans la consommation ou des placements inadaptés à l’horizon de votre projet.
2. Outil pour lisser les cycles de taux
Le gros intérêt du PEL, souvent oublié, c’est la visibilité à long terme :
- le taux d’épargne est connu à l’avance (utile si les taux de marché retombent),
- le taux de prêt est verrouillé (protection si les taux de crédit remontent brutalement).
Vous n’avez pas à “timer le marché” des taux immobiliers : vous préparez votre projet, et, le moment venu, vous regardez si le prêt PEL est compétitif ou si le PEL ne sert que d’apport.
3. Base de sécurité pour oser des investissements plus dynamiques
Dans une logique d’allocation d’actifs responsable, le PEL peut servir de pilier stable :
- une partie de votre épargne est placée à taux connu,
- ce qui peut vous permettre d’être plus à l’aise pour investir, par ailleurs, dans :
- un PEA orienté vers des entreprises à impact,
- des fonds thématiques ESG,
- un projet d’entrepreneuriat social, etc.
L’idée n’est pas de tout mettre sur un PEL, loin de là, mais de l’utiliser comme une brique d’épargne peu risquée dans un ensemble plus large.
Points de vigilance : les pièges classiques autour du taux d’emprunt PEL
Comme souvent en finance, ce qui paraît simple cache des subtilités. Quelques erreurs fréquentes à éviter.
Se focaliser uniquement sur le taux affiché
Un taux de 2,20 % peut sembler imbattable… jusqu’à ce que :
- vous réalisiez que la durée du prêt PEL est limitée (par exemple 10 ou 15 ans),
- ce qui augmente fortement la mensualité,
- et peut dégrader votre capacité d’emprunt globale.
Il faut toujours comparer sur la base :
- du coût total du crédit (intérêts + assurance),
- de la mensualité,
- et de l’impact sur votre budget mensuel.
Oublier la fiscalité du PEL “nouvelle génération”
Les PEL ouverts depuis 2018 voient leurs intérêts soumis d’emblée :
- au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème.
Un PEL à 2,50 % brut ne rapporte donc en réalité qu’environ 1,75 % net de PFU. À comparer avec d’autres supports sécurisés (fonds euros responsables, livrets réglementés) en tenant compte :
- du risque,
- de la liquidité,
- et de votre horizon de projet.
Surestimer l’intérêt d’un “droit à prêt” par principe
Beaucoup de clients considèrent les droits à prêt PEL comme un trésor à ne pas “gâcher”, et se sentent presque obligés d’utiliser le prêt PEL le jour où ils achètent.
C’est un biais classique de “coût irrécupérable” : vous n’êtes pas obligé d’utiliser un outil sous prétexte que vous l’avez. Si le prêt PEL est hors marché le jour J, l’utiliser revient à se tirer une balle dans le pied.
Comment intégrer intelligemment votre PEL dans un projet d’épargne responsable
Si l’on sort du pur prisme “crédit immobilier”, le PEL peut aussi être évalué à l’aune de votre volonté de donner du sens à votre épargne.
1. Commencez par un diagnostic honnête
- Quel est le taux d’emprunt de votre PEL ?
- Quel est son taux d’épargne net de fiscalité ?
- Quel montant avez-vous dessus ?
- Quel est votre horizon de projet immobilier (2 ans, 5 ans, 10 ans… ou pas de projet identifié) ?
En fonction de ces réponses, votre PEL peut être :
- un outil de financement prioritaire (si taux de prêt attractif, projet proche),
- un pur support d’épargne “tampon”,
- ou un candidat à la fermeture si son rendement net est faible et que vous avez mieux à faire de ce capital.
2. Regardez où va l’argent lorsque vous épargnez ailleurs
Si votre PEL rapporte peu, vous pouvez envisager de :
- transférer une partie de l’épargne vers :
- des supports à impact via une assurance-vie (fonds labellisés ISR, Greenfin, Finansol),
- des fonds euros “verts” (si l’allocation est réellement transparente),
- des plateformes de financement participatif axées sur la transition énergétique ou l’inclusion sociale.
Attention toutefois : la liquidité et le risque ne seront pas les mêmes qu’un PEL. L’idée n’est pas de tout basculer, mais de construire un mix cohérent : sécurité (PEL, livrets), long terme responsable (PEA/assurance-vie), et éventuellement une poche “impact” plus engagée.
3. Anticipez l’après-projet
Le jour où vous utiliserez tout ou partie de votre PEL (en prêt ou en apport), il disparaîtra ou se transformera.
C’est le moment idéal pour se poser une question simple : quel produit prend le relais dans ma stratégie d’épargne responsable ?
- un nouveau PEL (si les conditions le justifient),
- un plan d’investissement régulier sur des fonds à impact,
- ou une montée en puissance de votre poche “transition énergétique” si votre projet immobilier a déjà intégré une dimension environnementale (rénovation, matériaux durables, etc.).
En résumé : transformer un PEL en outil, pas en relique
Le PEL n’est ni un graal, ni un produit dépassé. C’est un outil hybride, qui peut tour à tour être :
- un très bon support d’épargne sécurisée (surtout pour les anciens plans),
- un levier de financement intéressant si le taux d’emprunt est compétitif,
- ou un simple relai de trésorerie en attendant d’être réalloué vers des placements plus cohérents avec vos objectifs – financiers et d’impact.
Le point clé reste le même : ne subissez pas votre PEL. Identifiez clairement :
- son “vintage”,
- son rendement net,
- son taux d’emprunt,
- et la place qu’il doit occuper dans votre stratégie d’épargne globale.
C’est seulement à cette condition que le fameux “taux d’emprunt PEL” cessera d’être une ligne obscure dans un contrat pour devenir ce qu’il devrait toujours être : une option que vous activez ou non, en pleine connaissance de cause, au service de votre projet immobilier et de vos choix d’investissement.
