Est-ce que ça vaut encore le coup de s’intéresser au PERP en 2026 ? Oui… mais pas comme vous l’imaginez. Le PERP n’est plus commercialisé depuis la loi Pacte et a été remplacé par le PER (Plan d’Épargne Retraite). Pourtant, beaucoup d’épargnants ont encore un PERP ouvert, ou se demandent comment fonctionnait (et fonctionne encore) l’avantage fiscal rattaché à ce type de produit.
Or, pour juger de l’intérêt d’un produit de retraite par capitalisation, il faut d’abord être capable de chiffrer son avantage fiscal. Et là, les outils officiels – notamment ceux liés à impots.gouv.fr – deviennent vos meilleurs alliés… à condition de savoir les utiliser sans se tromper.
Dans cet article, on va voir comment :
- comprendre le mécanisme fiscal du PERP (et par extension celui du PER) ;
- retrouver vos plafonds de déductibilité sur impots.gouv.fr ;
- estimer l’économie d’impôt avec les simulateurs officiels ;
- éviter les principaux pièges d’interprétation ;
- utiliser ces simulations pour décider si verser… ou s’abstenir.
PERP, PER, impots.gouv : de quoi parle-t-on exactement ?
Avant de cliquer frénétiquement sur un simulateur, il faut poser le cadre.
Le PERP (Plan d’Épargne Retraite Populaire) est un ancien produit d’épargne retraite individuel :
- il n’est plus commercialisé depuis octobre 2020 ;
- mais les PERP existants continuent d’exister et de fonctionner ;
- vous pouvez encore y verser, en bénéficiant de l’avantage fiscal prévu à l’origine.
Il a été remplacé par le PER individuel, plus flexible :
- logique fiscale très proche : déduction des versements du revenu imposable, dans la limite d’un plafond ;
- portabilité facilitée (transfert entre plans) ;
- sortie possible en capital dans plus de cas qu’avec un PERP.
Pourquoi continuer à s’intéresser au PERP ? Parce que :
- si vous en détenez un, vous devez piloter vos versements intelligemment ;
- le mécanisme fiscal est quasiment le même que pour le PER ; ce que vous apprenez ici est donc réutilisable ;
- l’accès aux plafonds fiscaux et aux simulateurs passe par la même interface que pour vos autres dispositifs d’épargne retraite.
Les outils officiels ne s’appellent pas « simulateur PERP » mais se présentent plutôt comme :
- la consultation de votre avis d’impôt (pour les plafonds) ;
- le simulateur d’impôt sur le revenu sur impots.gouv.fr ;
- dans certains cas, des simulateurs ou calculettes proposés par des assureurs ou des banques, basés sur les règles fiscales publiques.
Rappel express : comment fonctionne l’avantage fiscal du PERP ?
Un PERP (comme un PER) ne vous « rapporte » pas directement de l’argent : il réduit votre base imposable. La logique est la suivante :
- vous versez 2 000 € sur votre PERP ;
- ces 2 000 € viennent en déduction de votre revenu imposable, dans la limite de votre plafond disponible ;
- plus votre tranche marginale d’imposition est élevée, plus l’avantage fiscal est important.
Formule de base :
Économie d’impôt ≈ Versement déductible × Taux marginal d’imposition
Exemple simple :
- revenu imposable : 50 000 € ;
- tranche marginale d’imposition (TMI) : 30 % ;
- versement PERP : 2 000 € ;
- économie d’impôt approximative : 2 000 × 30 % = 600 €.
Mais dans la vraie vie, votre situation fiscale est plus complexe : quotient familial, décote, plafonnement, effets de seuils… C’est là que la simulation sur la base de votre vraie déclaration devient intéressante.
Étape 1 : retrouver votre plafond PERP sur impots.gouv.fr
Pour simuler correctement, il faut connaître combien vous avez le droit de déduire. Ce plafond figure sur votre avis d’impôt.
Concrètement :
- connectez-vous à votre espace particulier sur impots.gouv.fr ;
- allez dans la rubrique « Documents » puis « Avis d’impôt sur le revenu » ;
- ouvrez le dernier avis disponible (par exemple « Avis d’impôt 2025 sur les revenus 2024 ») ;
- descendez jusqu’à la section « Plafond épargne retraite ».
Vous verrez plusieurs lignes, notamment :
- « Plafond épargne retraite pour les cotisations versées en N+1 » (par exemple pour les cotisations versées en 2026) ;
- le plafond individuel par membre du foyer fiscal ;
- éventuellement la mention de report des plafonds non utilisés des années précédentes.
Ce plafond s’applique globalement à :
- vos versements PERP ;
- vos versements sur un PER individuel ;
- vos éventuels autres dispositifs de retraite supplémentaire (Madelin, PERCO abondé, etc.), avec des règles spécifiques.
Premier réflexe à avoir : notez noir sur blanc :
- votre plafond global disponible pour l’année ;
- le montant déjà consommé (via d’autres dispositifs, si c’est votre cas) ;
- le « reliquat » que vous pouvez utiliser pour un versement PERP ou PER.
Étape 2 : utiliser le simulateur d’impôt officiel comme un « labo »
Impots.gouv ne propose pas un simulateur « spécial PERP », mais vous pouvez détourner le simulateur d’impôt sur le revenu pour estimer votre gain fiscal.
Voici la méthode opérationnelle.
Préparer les deux scénarios : sans versement, avec versement
Allez sur la page officielle du simulateur :
- https://www.impots.gouv.fr/simulateurs puis « Simulateur impôt sur le revenu ».
Choisissez la version « Détaillée » (celle qui se rapproche le plus de la déclaration réelle). Ensuite :
- Munissez-vous de votre dernière déclaration de revenus et de votre dernier avis d’impôt.
- Reproduisez fidèlement votre situation (état civil, foyer, revenus, charges…) pour l’année de référence.
Vous allez créer :
- Scénario A : sans versement PERP supplémentaire ;
- Scénario B : en intégrant un versement PERP dans les cases adaptées.
La différence entre A et B = votre économie d’impôt réelle, en tenant compte de toutes les subtilités du barème.
Où saisir les versements PERP dans le simulateur ?
Dans la déclaration papier ou en ligne, les versements sur un PERP (ou PER) se déclarent dans les rubriques « Charges déductibles » liées à l’épargne retraite. Selon la version de la déclaration, il s’agit généralement :
- des cases 6RS à 6RU pour les cotisations PERP, PREFON, Corem, etc. ;
- des cases 6NS à 6NU pour certaines cotisations des travailleurs non-salariés (Madelin, par exemple, mais logique proche).
Sur le simulateur détaillé, vous verrez une section « Épargne retraite / charges déductibles ». Vérifiez :
- que vous êtes bien dans la bonne rubrique ;
- que vous ne doublez pas des montants déjà pris en compte ;
- que le montant total reste inférieur ou égal à votre plafond disponible (vu à l’étape 1).
Pour le Scénario A :
- ne saisissez aucun nouveau versement PERP (ou laissez uniquement ce qui existe déjà, si vous voulez simuler à iso-situation).
Pour le Scénario B :
- indiquez le montant de versement PERP que vous envisagez (par exemple 3 000 €) dans la bonne case.
Lancez le calcul dans les deux cas et notez :
- l’« Impôt net à payer » pour le Scénario A ;
- l’« Impôt net à payer » pour le Scénario B.
Économie d’impôt = Impôt (A) – Impôt (B).
Exemple chiffré complet : un PERP utilisé comme « bouclier fiscal intelligent »
Imaginons le cas de Sophie, 42 ans, cadre, célibataire, sans enfant :
- Revenu imposable avant épargne retraite : 55 000 € ;
- Tranche marginale d’imposition : 30 % ;
- Plafond épargne retraite disponible : 8 000 € (données vues sur son avis d’impôt) ;
- Elle envisage de verser 4 000 € sur son PERP existant.
Elle réalise deux simulations sur le simulateur impots.gouv :
Scénario A – Sans versement PERP
- Elle saisit tous ses revenus (salaires, éventuels revenus fonciers, etc.).
- Elle ne saisit aucune cotisation épargne retraite.
- Résultat du simulateur : impôt net à payer = 6 200 € (chiffre hypothétique pour l’exemple).
Scénario B – Avec 4 000 € de versement PERP
- Elle refait la simulation à l’identique, mais ajoute 4 000 € de versement en case adéquate (PERP).
- Résultat du simulateur : impôt net à payer = 4 980 €.
Économie d’impôt réelle :
- 6 200 € − 4 980 € = 1 220 € d’impôt économisé.
Soit un taux de « rendement fiscal immédiat » de :
- 1 220 € / 4 000 € = 30,5 %
On retrouve bien une valeur proche de sa TMI de 30 %, avec quelques écarts dus à la mécanique fine du barème et de la CSG, des décotes éventuelles, etc.
Ce type de simulation permet à Sophie de raisonner autrement :
- elle n’a pas « mis 4 000 € sous cloche », mais transformé 4 000 € d’épargne en 2 780 € de coût net après avantage fiscal (4 000 – 1 220) ;
- elle peut comparer ce coût net à d’autres utilisations possibles de son épargne (rembourser une dette, investir en bourse, etc.).
Les principaux biais et erreurs à éviter
Les simulateurs officiels sont puissants, mais ils ne réfléchissent pas à votre place. Quelques erreurs fréquentes :
- Confondre plafond et avantage
Avoir un plafond de 8 000 € ne signifie pas que vous allez « gagner » 8 000 €. Vous gagnez le pourcentage correspondant à votre tranche marginale d’imposition sur ce montant. - Oublier la fiscalité à la sortie
Le PERP, comme le PER, n’est pas un cadeau fiscal définitif : à la retraite, la rente (et une partie du capital selon les options) est imposée. L’avantage fiscal est donc un déplacement de fiscalité dans le temps, pas une annulation pure et simple. - Simuler sans respecter le plafond
Si vous saisissez un versement PERP supérieur à votre plafond épargne retraite, la partie excédentaire ne sera pas déductible. Le simulateur ne crie pas forcément « attention, plafond dépassé » : à vous de vérifier. - Ne pas tenir compte des autres dispositifs
Vous avez déjà un PER d’entreprise, un PERCO, ou un contrat Madelin ? Ils consomment aussi une partie de votre plafond. Simuler un PERP sans intégrer ces montants donne une vision biaisée. - Oublier l’impact sur d’autres avantages
En modifiant votre revenu imposable, vous pouvez modifier indirectement :- vos droits à certaines prestations ou aides conditionnées au revenu fiscal de référence ;
- l’éligibilité à certains dispositifs fiscaux (par exemple pour des réductions ou crédits d’impôt soumis à plafonds).
PERP, PER et stratégie globale : comment interpréter la simulation ?
Le simulateur vous donne une photographie : « si je verse X €, j’économise Y € d’impôts cette année ». C’est utile, mais incomplet. Pour prendre une décision d’investissement cohérente, posez-vous quelques questions simples :
- Quel est mon horizon de temps réel ?
Si vous êtes à 5 ans de la retraite, vous ne prenez pas le même risque de blocage que si vous avez 30 ans et une carrière encore très incertaine. - À quel taux marginal serai-je imposé à la retraite ?
L’intérêt fiscal maximal se produit si :- vous êtes très imposé aujourd’hui (TMI 30 % ou plus) ;
- et peu ou pas imposé à la retraite.
Si votre TMI future risque d’être proche de votre TMI actuelle, la stratégie perd de son attrait.
- Est-ce compatible avec ma stratégie d’investissement responsable ?
Votre PERP ou PER peut être investi :- sur des fonds classiques, parfois très peu responsables ;
- ou sur des fonds labellisés ISR, Greenfin, Finansol, à impact réel.
L’outil fiscal ne doit pas masquer la question clé : où va réellement votre argent ?
- Quel est le coût net de la contrainte de blocage ?
En échange de l’avantage fiscal, vous acceptez un argent immobilisé jusqu’à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé limités). La simulation doit être mise en regard de votre besoin de flexibilité.
Cas pratique : arbitrer entre PERP et investissement libre
Reprenons Sophie, qui hésite entre :
- verser 4 000 € sur son PERP ;
- ou investir 4 000 € sur un portefeuille d’ETF responsables dans un compte-titres, sans avantage fiscal immédiat.
Grâce à la simulation impots.gouv, elle sait :
- PERP : coût net = 4 000 – 1 220 = 2 780 € ;
- compte-titres : coût net = 4 000 € (pas de réduction fiscale immédiate).
Mais :
- sur le PERP, son argent est bloqué jusqu’à la retraite ;
- sur le compte-titres, elle garde une liquidité totale ;
- les deux peuvent être investis sur des supports responsables, mais la gamme n’est pas forcément la même ;
- la fiscalité à la sortie sera plus lourde sur le PERP que sur les plus-values du compte-titres, selon son futur niveau de revenus.
La simulation ne répond donc pas à la place de Sophie, mais lui fournit une donnée chiffrée clé : le « rabais » fiscal qu’elle obtient en acceptant la contrainte du PERP À elle ensuite de décider si ce rabais compense, ou non, le manque de flexibilité.
Comment aller plus loin : intégrer le PERP dans votre stratégie d’épargne responsable
Une fois que vous maîtrisez l’outil fiscal et la simulation, il reste un enjeu majeur : orienter votre épargne vers des actifs alignés avec vos valeurs. Quelques pistes concrètes :
- Analyser les supports de votre PERP
Beaucoup de vieux PERP sont investis par défaut sur des fonds euros ou des profils prudents, sans filtration ESG sérieuse. Demandez à votre assureur :- la liste des unités de compte disponibles ;
- les labels obtenus (ISR, Greenfin, Finansol) ;
- les politiques d’exclusion (charbon, armes, etc.).
L’avantage fiscal n’a de sens que si votre argent ne finance pas à contre-courant vos convictions.
- Envisager un transfert vers un PER plus récent
La loi permet souvent de transférer un PERP vers un PER individuel. L’intérêt :- accéder à une gamme de supports plus large et souvent plus « moderne » sur le plan extra-financier ;
- gagner en flexibilité sur les modalités de sortie (plus de capital possible, par exemple pour acheter sa résidence principale).
Attention cependant aux frais de transfert et conditions contractuelles.
- Utiliser la simulation chaque année comme un outil de pilotage
Plutôt que de verser « au hasard » en fin d’année, vous pouvez :- simuler plusieurs montants de versement (1 000 €, 3 000 €, 5 000 €…) ;
- observer l’économie d’impôt marginale à chaque palier ;
- choisir le point qui vous semble optimal entre gain fiscal, liquidité et engagement d’impact.
C’est une manière simple de transformer un produit fiscal en véritable outil de stratégie patrimoniale responsable.
Au final, les outils officiels d’impots.gouv ne sont pas là pour vous dire « oui, foncez sur le PERP ». Ils sont là pour vous donner des chiffres solides, sur lesquels bâtir un raisonnement. En combinant ces simulations, la connaissance de vos plafonds, et une sélection rigoureuse des supports d’investissement (idéalement à impact), votre épargne retraite – qu’elle passe par un vieux PERP ou un PER dernier cri – peut devenir autre chose qu’une simple optimisation fiscale : un levier pour peser, à votre échelle, sur l’économie réelle.