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Montant de l’épargne des français : chiffres clés, évolutions et enjeux pour la finance durable

Montant de l'épargne des français : chiffres clés, évolutions et enjeux pour la finance durable

Montant de l'épargne des français : chiffres clés, évolutions et enjeux pour la finance durable

On entend souvent que les Français sont « champions du monde de l’épargne ». Derrière la formule, il y a des chiffres très concrets… et un enjeu colossal : que fait-on de ces milliers de milliards d’euros quand on parle de climat, de justice sociale et de transition énergétique ?

Dans cet article, on va regarder deux choses :

Objectif : vous donner une vision claire, chiffrée, et des pistes d’action concrètes pour aligner votre épargne avec vos convictions, sans sacrifier la sécurité ni le rendement.

Combien les Français épargnent-ils vraiment ?

Commençons par les ordres de grandeur. Les chiffres varient selon les sources et les périmètres, mais les tendances sont claires.

Selon la Banque de France et l’INSEE, le patrimoine financier brut des ménages français (dépôts, livrets, assurance vie, actions, OPCVM, etc.) dépasse les 6 000 milliards d’euros. Oui, 6 000 milliards : six mille fois un milliard. Une partie est de l’épargne de précaution, une autre de l’épargne longue pour la retraite, et une autre encore de l’investissement plus « dynamique ».

Quelques repères utiles :

Autre point clé : cette épargne est très concentrée. La Banque de France estime qu’une minorité de ménages détient la grande majorité du patrimoine financier. En clair, les décisions d’allocation de quelques millions de foyers pèsent énormément sur la direction de la finance… durable ou non.

Comment l’épargne des Français a évolué ces dernières années ?

Regardons rapidement la dynamique sur les 15–20 dernières années, car elle explique beaucoup de choses sur les comportements actuels.

1. Depuis 2008 : l’ère de l’inquiétude et de la prudence

Crise financière, crise des dettes souveraines, chômage, puis crise Covid et inflation : la succession de chocs a renforcé un réflexe déjà très français : la prudence. Résultat :

2. La « surépargne » Covid

Pendant les confinements, la consommation a chuté tandis que les revenus ont été largement stabilisés par les dispositifs publics. Résultat : entre 2020 et 2021, on estime que les ménages français ont accumulé plus de 150 milliards d’euros de « surépargne », c’est-à-dire une épargne additionnelle par rapport aux tendances habituelles.

Une grande partie de cette surépargne a fini :

3. L’inflation et la remontée des taux

La remontée de l’inflation à partir de 2021–2022 a rebattu les cartes :

Mais sur le fond, la logique dominante reste la même : beaucoup de liquidités, beaucoup de prudence, et une forte sous-exposition aux actifs qui financent réellement l’économie productive sur le long terme (actions, fonds à impact, private equity, infrastructures, etc.).

Où va cet argent ? (et pourquoi la réponse n’est pas neutre)

Quand vous placez 10 000 € sur un Livret A, une assurance-vie ou un fonds, vous ne faites pas qu’optimiser votre rendement. Vous orientez aussi, indirectement, les flux de capitaux dans l’économie : vers des énergies fossiles ou renouvelables, vers du logement social ou de la spéculation immobilière, vers des PME locales ou des multinationales très carbonées.

Quelques ordres de grandeur liés à la finance durable :

Autrement dit, la « masse » est là, mais la réorientation de cette masse vers la transition écologique et sociale est loin d’être accomplie.

Pourquoi ? Parce que la plupart des épargnants :

Les grands enjeux pour la finance durable

Relier les chiffres de l’épargne française aux besoins de la transition permet de mesurer l’ampleur du défi.

1. Un besoin massif de financement

Pour respecter les objectifs climatiques (Accord de Paris, neutralité carbone, etc.), les estimations convergent : il faudra des centaines de milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an en France dans les années à venir (rénovation énergétique, transports propres, énergies renouvelables, adaptation au changement climatique, etc.).

L’État et les entreprises ne pourront pas tout financer seuls. Les ménages, via leur épargne, sont un pilier central de ce financement :

2. Un potentiel fabuleux… sous-utilisé

Imaginons que, sur les quelque 6 000 milliards d’euros de patrimoine financier des ménages, 10 % soient progressivement réorientés vers des véhicules à fort impact climatique et social. On parle de 600 milliards. À titre de comparaison, le budget annuel de l’État français tourne autour de 450–500 milliards.

Bien sûr, on ne bascule pas 10 % du patrimoine des ménages du jour au lendemain. Mais cela donne un ordre de grandeur du levier disponible si une partie de l’épargne française se tourne plus massivement vers des fonds d’infrastructures vertes, des obligations vertes, des fonds à impact, des coopératives, des projets d’énergie renouvelable, etc.

3. Le risque de « transition ratée » de l’épargne

Si cette réorientation ne se fait pas, deux types de risques apparaissent :

La finance durable n’est donc pas seulement une question de « bonne conscience ». C’est aussi une question de gestion de risques à long terme.

Les principaux freins à une épargne plus durable

Si le potentiel est énorme, pourquoi l’épargne française n’est-elle pas déjà beaucoup plus durable ? Les freins sont connus, et souvent psychologiques.

1. L’obsession de la sécurité absolue

Les Français adorent les produits perçus comme sûrs : Livret A, fonds euros d’assurance vie, dépôts à vue. Rien de mal à ça… sauf quand cette recherche de « sécurité totale » aboutit à :

2. Le manque de lisibilité de l’offre

Labels qui se multiplient, brochures peu claires, jargon ESG, critères d’exclusion, d’alignement, d’impact… Pour beaucoup d’épargnants, la finance responsable ressemble à une forêt touffue sans panneau indicateur.

Résultat :

3. La peur du greenwashing

Les scandales ou controverses sur le greenwashing alimentent la méfiance : certains produits estampillés « durables » financent encore des entreprises très carbonées ou sans réelle stratégie de transition crédible.

C’est un sujet réel, mais qui ne doit pas conduire à tout rejeter en bloc. La clé est d’apprendre à :

Comment aligner concrètement votre épargne avec la finance durable ?

Passons à l’opérationnel. Voici une démarche en quatre étapes, applicable quel que soit votre niveau de patrimoine.

Étape 1 – Faire l’inventaire de votre épargne

Avant de changer quoi que ce soit, il faut savoir où vous en êtes. Listez :

Pour chaque support, posez-vous deux questions simples :

Étape 2 – Optimiser et « verdir » votre épargne de précaution

L’épargne de précaution, c’est généralement l’équivalent de 3 à 6 mois de dépenses sur :

Deux leviers pour la rendre plus cohérente avec vos convictions :

Étape 3 – Réorienter votre épargne longue

C’est là que se joue l’essentiel pour la finance durable, car ce sont ces montants qui peuvent être investis dans des projets de transition sur plusieurs années.

Sur l’assurance vie :

Sur le PEA / compte-titres :

Sur l’épargne salariale :

Étape 4 – Ajouter une brique « impact » ciblée

Pour les épargnants qui veulent aller plus loin, il existe des produits dont l’ADN est d’abord l’impact social ou environnemental, avec un rendement financier raisonnable mais pas forcément maximal :

Ce type d’investissement ne doit en général pas représenter 100 % de votre patrimoine, mais ajouter 5–10 % d’actifs à impact peut déjà changer significativement le « sens » de votre épargne.

Exemples concrets de trajectoires d’épargnants

Pour rendre tout cela plus tangible, prenons trois profils fictifs inspirés de cas réels.

Profil 1 : Claire, 30 ans, salariée, 15 000 € d’épargne

Plan d’action possible :

Impact : sans changer son effort d’épargne, Claire passe d’une épargne « dormante » à une épargne où une partie finance des entreprises engagées dans la transition, tout en gardant une forte sécurité.

Profil 2 : Marc et Sophie, 45 ans, couple avec enfants, 120 000 € d’épargne

Plan d’action possible :

Impact : leur capital de long terme devient un levier significatif pour financer la transition, tout en diversifiant les risques (moins de dépendance aux seuls fonds euros).

Profil 3 : Nadia, 55 ans, indépendante, patrimoine financier de 300 000 €

Plan d’action possible :

Impact : Nadia utilise son patrimoine pour soutenir concrètement la transition, tout en préparant sa retraite avec une stratégie structurée, diversifiée et lisible.

Et maintenant ? Transformer une épargne massive en moteur de transition

L’épargne des Français n’a jamais été aussi élevée en valeur absolue. Dans un contexte de dérèglement climatique et de tensions sociales, la question n’est plus seulement « combien j’épargne ? », mais « à quoi je sers en épargnant ? ».

Trois idées à garder en tête :

La bonne nouvelle, c’est que la matière première est là : des milliards d’euros d’épargne, en quête de sens et de sécurité. La question, désormais, est individuelle autant que collective : quelle part de cette puissance financière êtes-vous prêt à mettre au service d’une économie réellement durable ?

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