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Calcul sig et analyse financière : comment interpréter les soldes intermédiaires de gestion

Calcul sig et analyse financière : comment interpréter les soldes intermédiaires de gestion

Calcul sig et analyse financière : comment interpréter les soldes intermédiaires de gestion

En finance responsable, on parle beaucoup d’ESG, de taxonomie, de labels… mais au moment de décider d’investir (ou non) dans une entreprise, on revient toujours au même document : le compte de résultat. Et pour vraiment le comprendre, un outil domine : les soldes intermédiaires de gestion (SIG).

Les SIG permettent de “déplier” le compte de résultat pour comprendre d’où vient vraiment la performance : activité, structure de coûts, politique financière, événements exceptionnels… Sans eux, vous achetez une histoire. Avec eux, vous achetez un modèle économique.

Pourquoi les SIG sont indispensables pour un investisseur (même à impact)

Les SIG servent à répondre à des questions simples, mais décisives :

Pour un investisseur à impact, c’est encore plus clé : un projet peut être vert ou socialement utile ; s’il ne tient pas debout économiquement, l’impact ne sera pas durable. Les SIG vous permettent de vérifier la soutenabilité économique d’un modèle, au-delà des beaux discours.

Les grands principes des SIG

Les soldes intermédiaires de gestion sont une relecture du compte de résultat qui consiste à :

L’idée est simple : segmenter la performance pour isoler :

Un même résultat net peut cacher des réalités très différentes. Les SIG sont là pour vous empêcher de vous faire piéger par un “bon” chiffre global qui masque des fragilités structurelles.

Les principaux soldes intermédiaires de gestion à connaître

Voici les principaux SIG utilisés dans l’analyse financière française, avec leur logique économique.

Marge commerciale (surtout pour les entreprises de négoce et distribution)

Elle mesure la richesse créée sur l’activité d’achat-revente de marchandises.

Formule simplifiée :

Marge commerciale = Ventes de marchandises – Coût d’achat des marchandises vendues

À surveiller :

Production de l’exercice (plutôt pour l’industrie, le BTP, les services)

Elle correspond à la production réalisée par l’entreprise pendant l’exercice, qu’elle soit :

Ce solde sert surtout de base à la valeur ajoutée.

Valeur ajoutée (VA)

C’est l’un des soldes les plus importants. Il mesure la richesse créée par l’entreprise grâce à son activité, après avoir payé les consommations intermédiaires (achats de matières, sous-traitance, énergie, etc.).

Formule simplifiée :

Valeur ajoutée = Marge commerciale + Production de l’exercice – Consommations de l’exercice en provenance de tiers

La valeur ajoutée est ensuite répartie entre :

Pour un investisseur, la VA permet de juger du “poids” de l’entreprise dans la chaîne de valeur et de sa capacité à absorber des chocs de coûts externes.

Excédent brut d’exploitation (EBE)

L’EBE est le cœur du réacteur. C’est le résultat généré par l’activité courante avant prise en compte :

Formule simplifiée :

EBE = Valeur ajoutée – Charges de personnel – Impôts et taxes (hors impôt sur les bénéfices)

À retenir :

Dans de nombreux financements à impact (fonds de dette, quasi-fonds propres), les covenants sont directement liés à l’EBE (ex : ratio dette nette / EBE).

Résultat d’exploitation

On obtient ce solde en prenant l’EBE et en y ajoutant :

Le résultat d’exploitation intègre donc l’usure de l’outil de production (amortissements) et la prise en compte des risques (provisions). Il mesure la rentabilité de l’activité après prise en compte des investissements nécessaires.

Une entreprise à impact très capitalistique (énergies renouvelables, infrastructures sociales…) peut avoir un bon EBE, mais un résultat d’exploitation plus faible à cause d’amortissements lourds. À analyser en dynamique : est-ce conjoncturel (phase de forte croissance) ou structurel ?

Résultat courant avant impôts (RCAI)

On passe du résultat d’exploitation au RCAI en intégrant le résultat financier :

Le RCAI reflète :

Un RCAI systématiquement dégradé par des charges financières élevées est un signal de fragilité, même si l’activité opérationnelle semble solide.

Résultat exceptionnel

Il regroupe les opérations non récurrentes : plus-values de cession d’actifs, pénalités, litiges, etc. C’est là que l’on “cache” parfois des éléments qui embellissent artificiellement le résultat net.

Un investisseur avisé regardera :

Résultat net

C’est le résultat “final” après impôt, qui intègre toutes les dimensions. Intéressant, mais insuffisant seul. Les SIG servent précisément à remonter le film à l’envers pour comprendre comment on y arrive.

Comment calculer les SIG à partir d’un compte de résultat

En pratique, vous partez du compte de résultat “comptable” (au format PCG français) et vous :

Les logiciels comptables et certains outils de reporting extra-financier intègrent désormais des tableaux de SIG, mais il est utile de savoir les reconstituer soi-même, ne serait-ce que pour vérifier la cohérence des présentations fournies par les entreprises ou les intermédiaires.

Exemple chiffré : une PME industrielle “EcoMeca”

Imaginons une PME industrielle fictive, “EcoMeca”, qui fabrique des pièces mécaniques pour les éoliennes.

Données simplifiées de l’exercice (en k€) :

Étape 1 : Valeur ajoutée

On regroupe les consommations externes :

Consommations externes totales = Achats consommés (5 500) + Autres charges externes (800) = 6 300 k€

Valeur ajoutée = Chiffre d’affaires – Consommations externes = 10 000 – 6 300 = 3 700 k€

Étape 2 : EBE

EBE = Valeur ajoutée – Charges de personnel – Impôts et taxes

EBE = 3 700 – 2 300 – 150 = 1 250 k€

Étape 3 : Résultat d’exploitation

Résultat d’exploitation = EBE – Dotations aux amortissements et provisions d’exploitation

Résultat d’exploitation = 1 250 – 400 = 850 k€

Étape 4 : Résultat courant avant impôts (RCAI)

RCAI = Résultat d’exploitation + Résultat financier

RCAI = 850 – 120 = 730 k€

Étape 5 : Résultat net

Résultat net = RCAI + Résultat exceptionnel – Impôt sur les bénéfices

Résultat net = 730 + 20 – 200 = 550 k€

Comment interpréter ces chiffres ?

En tant qu’investisseur, vous pouvez ensuite projeter ces soldes : que se passe-t-il si le coût de l’énergie augmente de 15 % ? Si les salaires progressent de 5 % ? Si l’entreprise doit investir davantage, augmentant ses amortissements ? Les SIG vous donnent une base pour ces stress tests.

Interpréter les SIG : signaux verts, signaux rouges

Voici quelques repères pratiques pour votre analyse.

Signaux généralement positifs

Signaux de vigilance

SIG et analyse extra-financière : ce qu’ils disent (et ne disent pas) de l’impact

Les SIG sont purement financiers, mais ils interagissent avec vos critères ESG de plusieurs façons :

Deux points importants pour l’investisseur à impact :

Les SIG ne vous diront pas si l’impact est réel, mesurable et additionnel. Mais ils vous aideront à juger si le modèle économique peut soutenir cet impact sans mettre l’entreprise en danger.

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Quelques pièges à éviter lorsque vous travaillez avec les SIG.

Comment utiliser les SIG dans votre processus d’investissement

Pour intégrer efficacement les SIG dans votre analyse (financière et extra-financière), vous pouvez procéder en étapes.

Au fond, les SIG sont un langage. Une fois que vous le maîtrisez, vous n’êtes plus dépendant du storytelling de l’entreprise ou du pitch du fonds. Vous pouvez lire par vous-même la réalité économique derrière le discours d’impact. Et c’est précisément là que commence l’investissement responsable : là où la conviction rencontre la discipline analytique.

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