Fonds d’investissement définition : types de fonds, stratégies et critères pour investir à impact

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Fonds d'investissement définition : types de fonds, stratégies et critères pour investir à impact
Fonds d'investissement définition : types de fonds, stratégies et critères pour investir à impact

Vous entendez parler de plus en plus de « fonds à impact », de « fonds labellisés ISR », de « fonds climat »… mais entre les sigles, les labels et le jargon financier, difficile de faire le tri. Pourtant, une grande partie de votre épargne (assurance-vie, PEA, PER, épargne salariale) passe déjà par des fonds d’investissement, sans que vous le sachiez vraiment.

Dans cet article, on repart de la base : qu’est-ce qu’un fonds d’investissement, quels sont les grands types de fonds, et surtout comment les utiliser pour investir à impact sans tomber dans le greenwashing.

Qu’est-ce qu’un fonds d’investissement, concrètement ?

Un fonds d’investissement, c’est une « cagnotte » collective gérée par un professionnel. Des milliers d’épargnants (ou d’investisseurs institutionnels) y placent leur argent. Le gérant investit ensuite ce capital dans un portefeuille d’actifs : actions, obligations, immobilier, projets non cotés, etc.

En échange, vous recevez des parts du fonds. La valeur de ces parts évolue en fonction de la performance du portefeuille (et des frais prélevés).

Schématiquement, un fonds, c’est :

  • Un véhicule collectif : vous n’investissez pas seul, mais avec d’autres.
  • Un gérant : une société de gestion qui prend les décisions d’investissement.
  • Une stratégie : un ensemble de règles qui encadrent ce que le fonds peut faire (univers d’investissement, niveau de risque, objectifs ESG, horizon, etc.).
  • Des frais : frais de gestion annuels, parfois frais d’entrée/sortie, voire commissions de surperformance.

Exemple simple : vous placez 5 000 € dans un fonds actions européennes. Le fonds détient 80 entreprises, dont 25 % dans les énergies renouvelables, 15 % dans la santé, etc. Vous n’achetez pas directement ces 80 actions ; vous achetez une part de ce portefeuille, géré pour vous.

Pourquoi les fonds sont centraux pour l’investissement à impact ?

Parce qu’ils sont devenus le canal principal de l’épargne en France. Selon l’AMF, plus de 2 000 milliards d’euros sont investis dans des fonds par les investisseurs français (OPCVM, FIA, etc.). Si ces flux se réorientent vers la transition écologique et sociale, l’effet de levier est énorme.

Les grands types de fonds : ce qu’il y a sous le capot

Avant de parler impact, il faut comprendre avec quel « véhicule » vous roulez. Tous les fonds ne fonctionnent pas de la même manière.

Les grandes familles que vous rencontrerez le plus souvent :

  • Les fonds actions : investis en actions d’entreprises (cotées ou non). Risque plus élevé, mais potentiel de performance long terme plus important.
  • Les fonds obligataires : investis en obligations (dette d’États ou d’entreprises). Moins volatils en général, rendement souvent plus modéré.
  • Les fonds diversifiés / mixtes : combinaison actions + obligations (et parfois d’autres actifs). Objectif : lisser les à-coups.
  • Les fonds monétaires : très court terme, rendement faible, risque généralement limité. Plutôt un outil de gestion de trésorerie.
  • Les fonds immobiliers (SCPI, OPCI) : investis dans des immeubles (bureaux, logement, santé, logistique…). Revenus locatifs distribués sous forme de revenus réguliers.
  • Les fonds non cotés (private equity, infrastructure, dette privée) : participations dans des entreprises ou projets non cotés (PME, parcs solaires, réseaux de chaleur…). Moins liquides, horizon long, tickets souvent plus élevés (mais de plus en plus accessibles via l’assurance-vie ou le PER).
  • Les ETF (fonds indiciels cotés) : ils répliquent un indice (comme le CAC 40) ou un indice ESG/thématique. Frais généralement bas, gestion passive.

Pour chacun, posez-vous trois questions simples :

  • Liquidité : en combien de temps puis-je récupérer mon argent ? (Jours, mois, années ?)
  • Risque : quelle amplitude de variations suis-je prêt à supporter ? (−5 % ? −20 % ? plus ?)
  • Impact : quel type d’impact ce véhicule peut-il vraiment générer ? (Financer une PME sociale ? Une autoroute ? Des green bonds ? De l’immobilier performant ?)

Un fonds monétaire « vert » aura forcément un impact limité par nature. Un fonds d’infrastructure renouvelable ou de dette sociale peut, lui, avoir un effet très concret sur le terrain.

Où commence l’investissement responsable dans les fonds ?

On met souvent dans le même panier ISR, ESG et impact. En pratique, ce sont trois niveaux différents d’engagement.

  • ESG « de base » : le fonds intègre des critères Environnement, Social, Gouvernance pour sélectionner ou pondérer les entreprises (exclusion du charbon, meilleure note ESG, etc.). L’idée est surtout de mieux gérer les risques extra-financiers.
  • ISR (Investissement Socialement Responsable) : on va plus loin, avec une méthodologie explicite (best-in-class, thématiques durables, etc.). En France, le Label ISR apporte un cadre, même s’il reste imparfait.
  • Investissement à impact : on ne se contente plus de « mieux faire », on cherche à générer un impact social ou environnemental positif mesurable, en plus du rendement financier, avec intentionnalité et suivi d’indicateurs.

Quelques repères chiffrés :

  • En Europe, les fonds durables au sens large représentaient plus de 2 000 milliards d’euros d’encours fin 2023 (source : Morningstar, SFDR).
  • En France, les fonds labellisés ISR dépassent les 900 milliards d’euros d’encours (source : ministère de l’Économie, 2024).
  • Le label Greenfin (plus exigeant sur le climat, exclut les fossiles) et le label Finansol (épargne solidaire) ciblent des fonds plus orientés « impact ».

Important : un fonds labellisé n’est pas automatiquement « à impact ». Le label ISR, par exemple, certifie surtout un processus de sélection ESG, pas une transformation profonde de l’économie financée.

Les grandes stratégies d’investissement à impact via des fonds

Derrière un fonds « à impact », on retrouve généralement quelques grandes stratégies récurrentes. Les connaître permet de savoir ce que vous financez réellement.

1. Les fonds thématiques environnementaux

Ils se concentrent sur des secteurs clés de la transition :

  • Énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, biogaz)
  • Efficacité énergétique (bâtiment, industrie, réseaux intelligents)
  • Économie circulaire, recyclage, gestion des déchets
  • Mobilité durable, transport bas carbone

Exemple typique : un fonds actions « climat » investissant dans des fabricants de pompes à chaleur, d’éoliennes, de matériaux bas carbone, etc., avec une métrique d’empreinte carbone évitée.

2. Les fonds sociaux ou d’inclusion

Moins visibles, mais essentiels :

  • Accès au logement abordable ou très social
  • Microfinance dans les pays émergents
  • Entreprises sociales (insertion, handicap, santé, éducation…)
  • Infrastructures sociales (cliniques, écoles, crèches…)

En France, l’épargne salariale solidaire (fonds « 90/10 » labellisés Finansol) canalise plusieurs milliards vers ce type de projets.

3. Les fonds d’infrastructure à impact

Ces fonds financent des projets concrets et capitalistiques :

  • Parcs solaires ou éoliens
  • Réseaux de chaleur renouvelable
  • Stations de traitement de l’eau
  • Rénovation énergétique de bâtiments publics

Impact souvent très tangible (MWh renouvelables produits, tonnes de CO₂ évitées, ménages desservis…) mais liquidité plus faible et horizon d’investissement long (8–12 ans).

4. Les fonds obligataires verts, sociaux ou durables

Ils investissent dans des green bonds, social bonds ou sustainability-linked bonds émis par des États, des collectivités ou des entreprises, pour financer :

  • Projets d’énergie propre
  • Transports publics propres
  • Logement social
  • Programmes d’emploi ou de santé

Selon la Climate Bonds Initiative, les émissions de green bonds ont dépassé 600 milliards de dollars en 2023. Les fonds spécialisés permettent d’y accéder simplement, avec un profil de risque souvent plus proche de l’obligataire classique.

5. Les fonds de private equity à impact

Ils prennent des participations directes dans des entreprises à mission, des PME de la transition ou des startups à impact :

  • Agri-tech durable, agroécologie
  • Tech éducative et santé
  • Solutions de réduction des déchets ou du plastique

Ticket d’entrée à l’unité souvent élevé, mais certains sont accessibles via assurance-vie, PER ou des plateformes spécialisées, avec des montants dès quelques centaines d’euros.

5 critères pour choisir un fonds à impact de manière exigeante

Passons en mode opérationnel. Face à 10 fonds « verts », comment distinguer celui qui aligne vraiment vos valeurs et vos objectifs financiers ?

1. La clarté de la thèse d’impact

Cherchez une réponse nette à la question : « Quel problème environnemental ou social ce fonds veut-il résoudre, et comment ? »

  • Le fonds décrit-il clairement ses objectifs d’impact (transition énergétique, inclusion, santé, etc.) ?
  • Ces objectifs sont-ils reliés à des indicateurs concrets (CO₂ évité, emplois créés, ménages logés…) ?
  • Ou reste-t-on dans le flou (« accompagner les entreprises vers un monde plus durable ») ?

2. L’additionnalité : qu’est-ce que ce fonds apporte de plus ?

Un fonds à impact ne devrait pas se contenter d’acheter les mêmes grandes capitalisations « bien notées ESG » que tout le monde.

  • Finance-t-il des secteurs ou projets sous-financés (PME, projets locaux, solutions innovantes) ?
  • Participe-t-il activement à des augmentations de capital ou au développement de nouveaux projets ?
  • Ou se contente-t-il d’acheter des actions en Bourse sans interaction significative ?

3. La mesure et le reporting d’impact

Un bon fonds à impact mesure et publie régulièrement ses résultats non financiers :

  • Rapport d’impact dédié, au moins annuel
  • Indicateurs clairs, stables dans le temps, reliés à des référentiels (ODD, SBTi, taxonomie européenne…)
  • Distinction entre résultats « d’intention » (politiques, engagements) et résultats « réels » (kWh produits, tonnes de CO₂ évitées, bénéficiaires touchés)

Si le reporting se limite à quelques anecdotes ou à une infographie marketing, méfiance.

4. La gouvernance et l’engagement actionnarial

Pour les fonds actions (cotées ou non), une question clé : « Que fait le gérant avec le pouvoir que lui donnent vos parts ? »

  • Vote-t-il systématiquement en assemblée générale ?
  • Publie-t-il ses votes et les résolutions qu’il soutient (climat, droits humains, transparence fiscale…) ?
  • Mène-t-il un dialogue structuré avec les entreprises (engagement), avec des objectifs, un suivi, et parfois des désinvestissements si rien ne bouge ?

5. Le couple rendement / risque / frais

Un fonds à impact reste… un investissement. Il doit être cohérent avec votre profil et vos contraintes.

  • Volatilité historique et niveau de risque (souvent noté de 1 à 7 dans le DIC/KID)
  • Objectif de durée de détention (3 ans, 8 ans, 10+ ans…)
  • Frais de gestion : difficile de faire de l’impact sérieux à 0,10 % de frais, mais au-delà de 2,5–3 % annuels, le coût commence à grignoter fortement la performance.

Posez-vous toujours la question : « Pour 1 % de frais annuels de plus qu’un fonds classique, qu’est-ce que j’obtiens en impact réel ? »

Les pièges fréquents et signaux d’alerte

Tous les fonds « verts » ou « solidaires » ne se valent pas. Quelques pièges classiques à éviter.

1. Le greenwashing de surface

  • Nom très marketing (« Climate Leaders », « Sustainable Future »…) avec peu de détails concrets dans la documentation.
  • Portefeuille composé surtout de grandes multinationales peu transformationnelles (banques, tech, luxe), avec un vernis ESG.
  • Exclusions très limitées : le fonds détient encore des majors pétrolières ou du charbon, sous prétexte d’« engagement » non documenté.

2. L’absence de transparence

  • La composition détaillée du portefeuille n’est pas publique, ou seulement pour les 5 ou 10 premières lignes.
  • Pas de rapport d’impact, ou document très généraliste, identique d’une année sur l’autre.
  • Difficile de trouver les votes en assemblée générale ou les positions sur des sujets sensibles.

3. Le décalage entre promesse et réalité

  • Fonds se revendiquant « climat », mais sans objectifs chiffrés d’alignement 1,5 °C ou de réduction d’intensité carbone.
  • Fonds se disant « social », mais très concentré sur quelques grandes entreprises de la santé privée ou de l’éducation élitiste.

4. Des frais élevés sans justification

Certains fonds surfent sur la vague « impact » pour facturer des frais très supérieurs à la moyenne, sans apporter de valeur ajoutée évidente (ni en performance, ni en impact).

  • Comparez toujours les frais totaux (TER) à ceux de fonds comparables.
  • Vérifiez si une partie des frais est liée à un accompagnement réel des projets (analyse extra-financière interne, équipe d’engagement dédiée, coûts de due diligence dans le non coté…).

5. Inadéquation avec votre horizon et votre profil

Même le meilleur fonds à impact du monde est une mauvaise idée s’il ne colle pas à votre situation.

  • Fonds peu liquide alors que vous pouvez avoir besoin de votre capital sous 2–3 ans.
  • Fonds très volatil alors que vous ne supportez pas de voir −20 % sur votre relevé.
  • Fonds en devise étrangère sans couverture, alors que vous ne voulez pas prendre de risque de change.

Comment passer à l’action, pas à pas

Transformer vos convictions en allocations concrètes demande un minimum de méthode, mais ce n’est pas réservé aux professionnels.

1. Clarifiez votre « cahier des charges » impact

  • Thèmes prioritaires pour vous : climat, biodiversité, inclusion sociale, santé, éducation…
  • Niveau d’exigence : ESG renforcé, label ISR, Greenfin, Finansol, fonds à impact avec théorie du changement explicite ?
  • Acceptation du risque et de l’illiquidité : êtes-vous prêt à immobiliser une partie de votre épargne 8–10 ans dans du non coté ?

2. Cartographiez vos enveloppes d’investissement

Où pouvez-vous intégrer des fonds à impact ?

  • Assurance-vie : très vaste choix de fonds, dont de plus en plus de fonds à impact, d’ETF ESG, de fonds infrastructure, etc.
  • PEA : surtout des actions européennes, mais certains ETF et fonds actions à thématique climat/ESG sont éligibles.
  • PER / retraite : horizon long idéal pour des fonds de private equity ou d’infrastructure à impact.
  • Épargne salariale : souvent des fonds solidaires 90/10 labellisés Finansol accessibles facilement.

3. Utilisez les filtres « durables »… mais ne vous arrêtez pas là

La plupart des courtiers et assureurs proposent des filtres :

  • « Fonds ISR », « Article 9 SFDR », « Fonds solidaires », « Greenfin »…

C’est un premier tri utile, mais ensuite :

  • Ouvrez les fiches détaillées des fonds (DIC/KID, prospectus, rapport annuel, rapport d’impact).
  • Regardez la composition du portefeuille, la stratégie, les indicateurs d’impact, les frais.

4. Construisez une allocation progressive

Vous pouvez par exemple :

  • Commencer par basculer une partie de vos fonds « généralistes » vers leurs équivalents ISR/ESG solides.
  • Ajouter une brique thématique impact (climat, social, santé, économie circulaire) pour 5–20 % de votre portefeuille selon votre profil.
  • Allouer une poche plus long terme (par exemple 5–10 % de votre patrimoine financier) à des fonds moins liquides mais fortement impactants (infrastructure, non coté, logement social…), si votre situation le permet.

5. Suivez dans le temps et ajustez

  • Relisez une fois par an les rapports d’impact et de gestion de vos fonds.
  • Vérifiez si les engagements pris au lancement sont tenus (alignement climat, politiques d’exclusion, engagement actionnarial, etc.).
  • N’hésitez pas à arbitrer : sortir d’un fonds qui ne tient pas ses promesses, renforcer ceux qui prouvent leur sérieux et leur impact.

Un fonds d’investissement n’est pas seulement un outil de performance. Bien choisi, c’est aussi un levier puissant pour orienter votre épargne vers les entreprises, les projets et les modèles économiques que vous voulez voir se développer. La clé, c’est de ne pas s’arrêter au nom du fonds ou au label, mais de prendre le temps – une fois pour toutes – de regarder ce qu’il finance vraiment.