Liste des profession libérale : catégories, régimes spécifiques et enjeux pour la retraite

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Liste des profession libérale : catégories, régimes spécifiques et enjeux pour la retraite
Liste des profession libérale : catégories, régimes spécifiques et enjeux pour la retraite

Vous êtes avocat, médecin, consultant indépendant, architecte, kiné, développeur freelance ou coach ? Vous faites sans doute partie de la grande famille des professions libérales… sans toujours savoir ce que cela implique pour votre protection sociale et surtout pour votre retraite.

Dans le langage courant, on met un peu tout et n’importe quoi derrière « profession libérale ». Or, le régime social, fiscal et les droits à la retraite peuvent changer du tout au tout selon que vous soyez « libéral réglementé », non réglementé, affilié à la CIPAV, à la CNBF, à la CARPIMKO, à la SSI ou au régime général.

Dans cet article, on va remettre de l’ordre dans tout ça : qui est vraiment en profession libérale, quels sont les régimes spécifiques, et surtout quels sont les enjeux concrets pour votre retraite et votre stratégie d’investissement.

Qu’est-ce qu’une profession libérale, concrètement ?

L’administration retient une définition assez simple : une profession libérale est une activité indépendante, de nature généralement intellectuelle, technique ou de soin, exercée sous sa responsabilité, sans spéculation sur les marchandises et sans caractère industriel ou commercial.

En pratique, deux grandes catégories coexistent :

  • Les professions libérales réglementées : encadrées par un ordre, une chambre ou un statut légal précis.
  • Les professions libérales non réglementées : pas d’ordre professionnel, mais un exercice en indépendant, souvent en BNC (bénéfices non commerciaux).

Pourquoi cette distinction est essentielle pour votre retraite ? Parce qu’elle conditionne votre caisse de retraite, vos cotisations, vos droits et vos marges de manœuvre pour compléter par la capitalisation.

Les grandes familles de professions libérales

Voici une cartographie simplifiée des principales catégories, avec un focus sur leurs enjeux sociaux et retraite.

Exemples de professions libérales réglementées :

  • Professions de santé : médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes, pharmaciens, orthophonistes, orthoptistes, etc.
  • Professions juridiques et judiciaires : avocats, notaires, huissiers, commissaires de justice, administrateurs judiciaires, mandataires judiciaires, etc.
  • Professions techniques et du cadre de vie : architectes, géomètres-experts, experts-comptables, vétérinaires, etc.

Exemples de professions libérales non réglementées :

  • Consultants indépendants (stratégie, IT, RH, marketing, RSE, finance…)
  • Formateurs indépendants, coachs, médiateurs
  • Graphistes, designers, développeurs freelances, community managers
  • Certains métiers du bien-être (sauf quand ils sont assimilés à des professions de santé)

Point commun : tous exercent à leur compte (en nom propre ou via une structure type EURL, SELARL, SASU…) et relèvent dans la plupart des cas de la catégorie fiscale BNC ou assimilé.

Différence majeure : les professions réglementées ont presque toujours une caisse de retraite dédiée, avec un régime souvent plus complexe que celui des indépendants « classiques ».

Professions libérales et régimes sociaux : qui cotise où ?

Historiquement, les professions libérales relevaient de la CNAVPL (Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales) qui chapeaute plusieurs sections professionnelles. À cela s’ajoutent quelques régimes « à part » comme celui des avocats.

Quelques caisses emblématiques :

  • CIPAV : longtemps la « grande maison » de nombreuses professions libérales (architectes, ingénieurs-conseils, consultants, coachs, formateurs…). Depuis la réforme de 2018, de nombreuses activités basculent progressivement vers la Sécurité sociale des indépendants (SSI) pour la retraite de base, mais la CIPAV reste clé pour beaucoup de « vieux » dossiers et certaines professions.
  • CNBF (Caisse Nationale des Barreaux Français) : caisse spécifique des avocats, avec un régime de base, un régime complémentaire et un régime supplémentaire.
  • CARPIMKO : pour plusieurs professions paramédicales libérales (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, podologues, orthoptistes).
  • CARMF : pour les médecins libéraux (hors salariés).
  • CAVOM, CAVEC, CPRN, CAVP… : multiples caisses pour notaires, experts-comptables, pharmaciens, etc.

Depuis la création de la SSI (Sécurité sociale des indépendants), beaucoup de libéraux non réglementés et micro-entrepreneurs libéraux sont rattachés au régime général pour la retraite de base, avec une retraite complémentaire via l’AGIRC-ARRCO (en cas d’assimilation salarié) ou via des régimes spécifiques selon leur statut.

Vous le voyez : la profession que vous exercez, l’année à laquelle vous avez démarré et le statut juridique choisi (micro, entreprise individuelle, SEL, SASU…) peuvent complètement modifier votre trajectoire de cotisation.

Comment fonctionne la retraite des professions libérales ?

Malgré la diversité des caisses, on retrouve quelques mécanismes communs :

  • Une retraite de base : souvent en points (sauf régimes très spécifiques), avec un plafond de points annuel et un taux plein obtenu sous conditions de durée d’assurance (nombre de trimestres).
  • Une retraite complémentaire obligatoire : également en points, avec des taux de cotisation plus élevés, souvent proportionnels au revenu professionnel.
  • Des cotisations minimales : même avec peu de revenus, vous payez un plancher de cotisations, ce qui vous donne quelques trimestres et points. C’est une « sécurité »… mais cela peut aussi peser sur votre trésorerie les premières années.

Deux réalités à garder en tête :

  • Taux de remplacement souvent plus faible : pour beaucoup de libéraux, la pension totale (base + complémentaire) représente entre 30 % et 50 % de leur dernier revenu professionnel, parfois moins si les revenus ont fortement progressé en fin de carrière.
  • Carrières heurtées : démarrage tardif (longues études pour les médecins, avocats…), interruptions (congé maternité/paternité, maladie, changement d’activité), périodes à faible revenus… autant d’années où les droits acquis sont limités.

Conséquence opérationnelle : si vous êtes en profession libérale, votre retraite par répartition est rarement suffisante pour maintenir votre niveau de vie. La capitalisation personnelle (PER, contrats Madelin historiques, assurance-vie, PEA…) n’est pas un « bonus », c’est souvent la pièce maîtresse de votre stratégie long terme.

Les spécificités par grandes catégories de professions libérales

Sans faire un inventaire exhaustif des 50+ caisses existantes, regardons quelques profils types et leurs enjeux.

Médecins libéraux (CARMF)

  • Longues études, installation parfois tardive (30 ans ou plus).
  • Revenus élevés possible, mais très variables selon la spécialité et le mode d’exercice (secteur 1, 2, mixte, remplacements…).
  • Cotisations retraite relativement lourdes, avec un régime complémentaire significatif mais qui, seul, ne permet pas de maintenir le niveau de vie.

Enjeu clé : lisser les revenus, ne pas attendre 45 ans pour ouvrir un PER ou investir en assurance-vie. Les médecins qui s’en sortent le mieux sont souvent ceux qui ont commencé à capitaliser tôt, même avec des montants modestes.

Avocats (CNBF)

  • Caisse unique pour toute la profession, avec des barèmes spécifiques.
  • Début de carrière souvent précaire (collaboration, faibles honoraires les premières années).
  • Forte hétérogénéité de revenus entre les collaborateurs, les associés de cabinets d’affaires, les pénalistes, etc.

Enjeu clé : anticiper les « trous de carrière » et les années à faible cotisation, notamment en début d’activité, en les compensant par une épargne volontaire dès que les honoraires le permettent.

Paramédicaux libéraux (CARPIMKO, etc.)

  • Revenus corrects mais rarement comparables à ceux des médecins spécialistes.
  • Régimes structurés mais avec un taux de remplacement parfois décevant au regard de la pénibilité et du rythme de travail.

Enjeu clé : arbitrer entre investissement professionnel (cabinet, matériel, SCM/SCM, regroupement) et constitution d’un patrimoine perso (épargne financière, immobilier locatif) sans sacrifier la retraite.

Consultants, coachs, freelances « intellectuels » (CIPAV ou SSI)

  • Grosse diversité de statuts : micro-entreprise, EI, EURL, SASU, portage salarial, etc.
  • Des carrières souvent non linéaires : missions en freelance, retours au salariat, périodes à l’étranger.
  • Une tendance forte à « sous-cotiser » (option micro avec faibles cotisations, optimisation à l’IS) sans stratégie parallèle de capitalisation.

Enjeu clé : ne pas confondre optimisation de charges à court terme et destruction de droits à long terme. Si vous minimisez vos cotisations obligatoires, vous devez impérativement compenser par une épargne retraite volontaire et disciplinée.

Les principaux régimes d’épargne retraite pour les professions libérales

Une fois posés les constats, que pouvez-vous faire concrètement ? Trois « briques » principales reviennent dans la plupart des stratégies :

Le PER individuel (Plan d’Épargne Retraite)

  • Remplace progressivement les contrats Madelin et PERP.
  • Versements déductibles du revenu professionnel dans certaines limites (plafond global épargne retraite).
  • Sortie possible en rente, en capital, ou mixte, avec une fiscalité spécifique.
  • Souplesse en cas de changement de statut (salariat, retour au libéral, etc.).

Angle « Invest4Good » : privilégier les PER dont les supports d’investissement incluent des fonds ISR, Greenfin, article 8/9 SFDR, afin de concilier préparation de la retraite et finance à impact.

L’assurance-vie

  • Outil très souple, accessible dès aujourd’hui pour compléter vos revenus avant même l’âge de la retraite.
  • Fiscalité avantageuse au bout de 8 ans, possibilité de rachats partiels programmés.
  • Large choix d’unités de compte durables (fonds actions responsables, obligations vertes, fonds à impact).

Pour un libéral, l’assurance-vie est souvent la « poche liquidité longue » : un capital mobilisable en cas de coup dur dans l’activité, mais pensée dès le départ comme une future source de revenus complémentaires.

Le PEA et l’immobilier locatif

  • Le PEA permet d’investir en actions européennes dans un cadre fiscal attractif après 5 ans.
  • L’immobilier locatif (en direct ou via SCPI/OPCI) reste une brique clé pour diversifier vos sources de revenus et ne pas dépendre uniquement des pensions.

En version responsable, on peut privilégier :

  • Des SCPI à thématique durable (bâtiments basse consommation, santé, éducation, seniors…) ;
  • Des ETF et fonds actions alignés avec les critères ESG authentiques et non du greenwashing.

Trois cas pratiques pour se situer

Pour rendre ces enjeux plus concrets, trois scénarios fréquents.

1. Jeanne, 33 ans, kiné libérale

  • Revenus annuels : 45 000 € nets.
  • Carrière démarrée à 27 ans, affiliée à la CARPIMKO.
  • Objectif : ne pas subir une chute de revenus de 50 % à 65 ans.

Stratégie réaliste :

  • Se fixer un taux d’épargne long terme de 10 % de ses revenus, soit environ 375 €/mois.
  • Répartir par exemple : 250 € sur un PER individuel (fonds actions ISR + obligations vertes) et 125 € sur une assurance-vie diversifiée.
  • Revoir ce montant tous les 3 ans selon l’évolution du chiffre d’affaires.

2. Marc, 45 ans, avocat en cabinet d’affaires

  • Longues études, installation réelle à 30 ans.
  • Revenus actuels : 180 000 € annuels, mais cotisations concentrées sur les 10 dernières années.

Stratégie réaliste :

  • Maximiser l’utilisation des plafonds d’épargne retraite (PER, éventuellement plusieurs contrats) pour profiter de la déductibilité fiscale.
  • Structurer un patrimoine diversifié : immobilier locatif (résidentiel + santé/éducation), PEA actions Europe, assurance-vie multisupport responsable.
  • Anticiper un scénario de retraite « à la carte » : diminution progressive du temps de travail plutôt qu’un arrêt net.

3. Lila, 38 ans, consultante RSE freelance

  • Statut : micro-entreprise, puis EI classique.
  • Revenus très variables : entre 30 000 et 70 000 € par an selon les missions.
  • Forte sensibilité à l’impact social et environnemental de ses placements.

Stratégie réaliste :

  • Accepter une forme de « budget retraite variable » : cotiser davantage les bonnes années sur un PER et une assurance-vie ISR.
  • Mettre en place un virement automatique minimal même les années moyennes (ex : 150 € / mois), majoré par des versements ponctuels après les grosses missions.
  • Diversifier via un PEA alimenté par des ETF actions Europe bas carbone et des titres d’entreprises à impact.

Les erreurs fréquentes des professions libérales sur la retraite

Que ce soit en cabinet médical, au barreau ou chez les freelances, on retrouve toujours les mêmes biais :

  • Se focaliser sur la baisse de charges à court terme : optimiser le statut (IS, SASU, dividendes…) sans construire en parallèle une épargne retraite solide.
  • Sous-estimer l’effet du temps : attendre « d’avoir de gros revenus » pour commencer. Or, 100 € à 30 ans peuvent peser plus lourd que 300 € à 50 ans, grâce aux intérêts composés.
  • Confondre patrimoine professionnel et patrimoine perso : tout réinvestir dans le cabinet, la structure, la notoriété, sans se constituer un patrimoine autonome, liquide et diversifié.
  • Négliger la protection du conjoint : or, en libéral, l’écart de droits retraite dans le couple peut être spectaculaire, surtout si l’un a mis sa carrière entre parenthèses.

La clé est souvent plus comportementale que technique : se fixer une discipline d’épargne simple, automatique, et la réajuster régulièrement, plutôt que chercher le produit parfait en repoussant la décision.

Comment articuler retraite et finance responsable quand on est libéral ?

Vous n’êtes pas obligé de choisir entre bien préparer votre retraite et respecter vos convictions. Les produits d’épargne retraite et d’investissement « classiques » disposent de plus en plus de versions durables :

  • PER avec unités de compte labellisées ISR, Greenfin, Finansol ;
  • Assurance-vie avec fonds thématiques (énergies renouvelables, santé, éducation, inclusion financière) ;
  • PEA investi sur des ETF bas carbone ou alignés avec l’Accord de Paris ;
  • SCPI et foncières cotées centrées sur la rénovation énergétique et les infrastructures sociales.

Pour une profession libérale, ce n’est pas seulement une affaire de cohérence personnelle : votre activité est souvent au cœur du lien social (santé, justice, conseil, éducation…). Construire en parallèle un patrimoine qui finance la transition écologique et sociale, c’est prolonger cet impact à un autre niveau.

Dernier conseil opérationnel : avant de choisir un produit, demandez systématiquement :

  • La liste des supports ISR / article 8–9 disponibles sur le contrat ;
  • Les frais d’entrée, de gestion, d’arbitrage ;
  • La politique d’engagement actionnarial des sociétés de gestion (vote en AG, dialogue avec les entreprises, exclusions sectorielles).

Votre statut de profession libérale vous donne une grande liberté d’organisation… mais aussi une grande responsabilité vis-à-vis de votre futur vous. Comprendre dans quelle catégorie vous vous situez, comment vous cotisez, et quels leviers d’épargne responsable vous avez entre les mains, c’est la première vraie décision stratégique de long terme de votre vie professionnelle.