C’est quoi la flat tax et comment influence-t-elle vos revenus financiers

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C'est quoi la flat tax et comment influence-t-elle vos revenus financiers
C'est quoi la flat tax et comment influence-t-elle vos revenus financiers

La “flat tax” fait partie de ces mots qu’on entend partout depuis 2018… sans forcément savoir précisément comment ça impacte votre portefeuille. Dividendes, intérêts, plus-values, assurance vie : vous payez peut-être déjà la flat tax sans le savoir, ou au contraire vous passez à côté d’optimisations fiscales très simples.

Dans cet article, on va :

  • clarifier ce qu’est vraiment la flat tax (PFU), avec des exemples chiffrés
  • voir comment elle s’applique à vos principaux placements
  • comparer flat tax et barème progressif pour savoir quand choisir quoi
  • analyser ses effets sur vos stratégies d’investissement, y compris responsable
  • passer en revue les pièges les plus fréquents et les leviers d’optimisation
  • Objectif : que vous sachiez, en sortant d’ici, combien vous coûte réellement la fiscalité de vos revenus financiers… et comment la piloter.

    Flat tax : de quoi parle-t-on exactement ?

    La “flat tax” est le nom courant du Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), entré en vigueur en France au 1er janvier 2018.

    Concrètement, il s’agit d’un taux unique de :

  • 12,8 % d’impôt sur le revenu
  • 17,2 % de prélèvements sociaux
  • Soit un total de 30 % prélevés sur la plupart de vos revenus du capital.

    La flat tax s’applique, en principe, aux :

  • dividendes d’actions (compte-titres ordinaire)
  • intérêts de livrets non réglementés, comptes à terme, obligations détenues en direct
  • plus-values mobilières (gains réalisés lors de la vente d’actions, ETF, parts de fonds dans un compte-titres)
  • certains revenus tirés de l’assurance vie (en fonction de la date des versements et de l’ancienneté du contrat)
  • En revanche, elle ne s’applique pas :

  • aux livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP, livret Jeune) : exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux
  • au PEA (Plan d’Épargne en Actions) : exonération d’impôt sur le revenu après 5 ans, seuls les prélèvements sociaux restent dus
  • aux plans d’épargne salariale (PEE, PERCO, PEG…) dans certaines conditions
  • aux PER (Plan d’Épargne Retraite) pour la phase de constitution de l’épargne (la fiscalité intervient à la sortie)
  • La logique de la flat tax est simple : plutôt que d’appliquer le barème progressif de l’impôt sur le revenu (0 % – 11 % – 30 % – 41 % – 45 %), on applique un taux forfaitaire de 12,8 % + 17,2 % de prélèvements sociaux. Mais comme souvent en fiscalité… le diable se cache dans les détails.

    Pourquoi la flat tax a été créée ?

    La flat tax a été instaurée par la loi de finances pour 2018, dans un double objectif affiché :

  • simplifier la fiscalité du capital, jusque-là jugée complexe et peu lisible
  • rendre la France plus attractive pour l’investissement (actions, obligations, capital-investissement) en rapprochant la fiscalité française de celle de ses voisins
  • Avant 2018, les revenus du capital étaient généralement imposés au barème progressif de l’impôt sur le revenu, souvent avec :

  • des abattements complexes (par exemple 40 % sur les dividendes)
  • des délais de détention ouvrant droit à des réductions sur les plus-values
  • des régimes dérogatoires selon le type de revenus et de supports
  • Résultat : un système difficile à comprendre pour l’épargnant moyen, peu incitatif pour l’investissement en actions, en particulier pour les personnes dans les tranches d’imposition élevées.

    Avec la flat tax :

  • le taux global de 30 % a été plafonné
  • l’État espérait fluidifier l’investissement vers les entreprises (et donc, indirectement, soutenir l’économie réelle)
  • Ce choix a été et reste controversé : ses détracteurs estiment qu’il favorise surtout les ménages les plus aisés (qui tirent une part importante de leurs revenus du capital), tandis que ses partisans y voient un outil pour dynamiser le financement des entreprises françaises, notamment via le marché actions et le capital-investissement.

    Comment la flat tax s’applique concrètement à vos revenus ?

    Entrons dans le concret, avec des cas typiques.

    1. Dividendes d’actions (compte-titres ordinaire)

    Vous détenez des actions ou des ETF dans un compte-titres. L’entreprise verse un dividende, ou le fonds distribue un revenu.

    Supposons :

  • dividendes bruts perçus dans l’année : 1 000 €
  • Par défaut, la flat tax s’applique :

  • 12,8 % d’impôt sur le revenu : 128 €
  • 17,2 % de prélèvements sociaux : 172 €
  • Total prélevé : 300 €. Il vous reste 700 € nets.

    Cette imposition se fait via un prélèvement à la source (acompte) au moment du paiement des dividendes. Ensuite, lors de la déclaration annuelle, l’impôt est régularisé.

    Vous avez toutefois la possibilité d’opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu (on y revient dans la section suivante).

    2. Plus-values sur actions ou ETF (compte-titres)

    Vous achetez 10 000 € d’actions ou d’ETF, que vous revendez plus tard 15 000 €. Votre plus-value brute est donc de 5 000 €.

    Sauf cas particuliers (titres acquis avant 2018 avec abattement pour durée de détention), la plus-value est imposée au PFU :

  • impôt sur le revenu (12,8 %) : 640 €
  • prélèvements sociaux (17,2 %) : 860 €
  • Soit 1 500 € d’impôts, il vous reste 3 500 € de gain net.

    Là encore, par défaut c’est la flat tax qui s’applique, avec possibilité d’opter pour le barème progressif.

    3. Assurance vie : cas plus subtil

    Sur l’assurance vie, la fiscalité dépend de :

  • la date de vos versements (avant ou après le 27 septembre 2017)
  • la durée du contrat (avant ou après 8 ans)
  • le montant total des versements (plus ou moins 150 000 € par personne)
  • Depuis la mise en place du PFU :

  • pour les versements effectués après le 27/09/2017, les gains (intérêts, plus-values) sont en principe soumis à la flat tax de 30 % en cas de rachat avant 8 ans
  • après 8 ans, vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les gains retirés (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple), puis d’un taux réduit d’impôt sur le revenu (7,5 % jusqu’à 150 000 € de versements, 12,8 % au-delà), en plus des prélèvements sociaux
  • Autrement dit : la flat tax cohabite avec les anciens régimes d’assurance vie. D’où l’importance de distinguer vos “vieux” versements de vos “nouveaux” et de bien paramétrer vos rachats.

    Flat tax ou barème progressif : comment choisir ?

    Point clé souvent mal compris : la flat tax n’est pas obligatoire. Chaque année, lorsque vous déclarez vos revenus, vous pouvez choisir entre :

  • PFU (30 %) : option par défaut
  • barème progressif de l’impôt sur le revenu
  • Mais attention à deux détails majeurs :

  • l’option pour le barème est globale : elle s’applique à l’ensemble de vos revenus du capital de l’année (dividendes, intérêts, plus-values, assurance vie…)
  • vous ne pouvez pas choisir au cas par cas (tel dividende à la flat tax, telle plus-value au barème)
  • Alors, dans quels cas le barème progressif peut-il être plus intéressant que le PFU ?

    1. Si vous êtes peu ou pas imposable

    Si votre tranche marginale d’imposition (TMI) est à 0 % ou 11 %, il est fréquent que le barème soit plus avantageux que la flat tax, surtout :

  • pour les dividendes, qui bénéficient d’un abattement de 40 % au barème
  • pour certains intérêts si vous avez peu de revenus imposables
  • Exemple simplifié :

  • dividendes bruts : 1 000 €
  • abattement de 40 % : 400 €
  • base taxable à l’IR : 600 €
  • TMI : 11 % → impôt sur le revenu : 66 €
  • prélèvements sociaux (17,2 %) sur 1 000 € : 172 €
  • Total : 238 € d’impôt, soit 23,8 % au lieu de 30 % avec la flat tax. Vous économisez 62 €.

    2. Si vous avez des titres anciens avec abattement pour durée de détention

    Pour certaines plus-values sur titres acquis avant 2018, des abattements pour durée de détention peuvent s’appliquer au barème (50 % ou 65 % dans certains cas). Là aussi, le barème peut devenir plus intéressant que le PFU, surtout si votre TMI n’est pas trop élevée.

    3. Si votre TMI est à 30 % ou plus

    Dans ce cas, la flat tax est souvent plus intéressante, car :

  • 12,8 % d’IR (PFU) vs 30–41–45 % au barème
  • même en tenant compte des abattements, l’écart joue souvent en faveur de la flat tax
  • Mais ce n’est pas systématique. Il faut faire le calcul en intégrant :

  • vos abattements potentiels (dividendes, durée de détention)
  • vos autres revenus (salaires, pensions, etc.)
  • la perte de certains avantages au barème (ex. : CSG partiellement déductible)
  • En pratique, une bonne approche consiste à :

  • simuler les deux options (PFU vs barème) dans votre logiciel de déclaration ou via un simulateur en ligne
  • vérifier l’impact global, pas seulement sur un type de revenu isolé
  • Impacts concrets sur vos stratégies d’investissement

    La fiscalité ne doit jamais être le seul moteur d’une stratégie d’investissement, mais elle influence clairement :

  • vos choix de supports (PEA, CTO, assurance vie…)
  • votre horizon de placement
  • votre style de gestion (trading actif vs buy & hold)
  • 1. PEA vs compte-titres ordinaire (CTO)

    Avec la flat tax, le CTO est devenu moins pénalisant qu’avant pour les actions et ETF. Mais :

  • dans un CTO, chaque dividende et chaque plus-value est soumis à 30 % (sauf option barème)
  • dans un PEA, après 5 ans, vous ne payez plus que les prélèvements sociaux (17,2 %) sur les gains, pas d’impôt sur le revenu
  • Sur le long terme, si vous investissez en actions/ETF éligibles au PEA, celui-ci reste souvent plus intéressant fiscalement que le CTO, surtout pour une stratégie de capitalisation à long terme.

    2. Trading actif vs investissement long terme

    Avec la flat tax, chaque gain réalisé dans un CTO est imposé à 30 %. Plus vous multipliez les allers-retours, plus :

  • vous cristallisez vos plus-values (et donc vos impôts)
  • vous réduisez l’effet de capitalisation sur le long terme
  • À l’inverse, une stratégie “buy & hold” :

  • repousse l’imposition dans le temps
  • laisse travailler les intérêts composés
  • La flat tax n’a pas supprimé cet avantage structurel du long terme.

    3. Assurance vie et objectifs de vie

    La flat tax a rapproché la fiscalité de l’assurance vie de celle du CTO sur la phase “avant 8 ans” pour les nouveaux versements. Mais l’assurance vie garde des atouts :

  • abattement après 8 ans (4 600 € / 9 200 € de gains retraités par an)
  • fiscalité spécifique en cas de succession
  • accès à des supports diversifiés (fonds en euros, unités de compte, fonds à impact, fonds verts…)
  • Pour un investisseur orienté “objectif de vie” (préparation de projets, transmission, retraite), l’assurance vie reste un outil structurant, même à l’ère de la flat tax.

    Et pour l’investissement responsable, qu’est-ce que ça change ?

    Sur le plan fiscal, la flat tax est neutre par rapport à l’impact environnemental ou social de vos investissements. Un dividende “vert” et un dividende “brun” sont imposés de la même façon dans un CTO.

    En revanche, elle influence indirectement :

  • vos choix d’enveloppes pour loger vos investissements responsables
  • la compétitivité de certains produits à impact
  • Quelques exemples :

    1. Actions et ETF ISR / ESG en CTO ou PEA

    Les ETF et actions labellisés ISR ou alignés climat restent soumis à la flat tax en CTO. Si ces titres sont éligibles au PEA (de plus en plus fréquent pour les ETF), vous pouvez :

  • seulement payer les prélèvements sociaux sur vos gains après 5 ans
  • concilier fiscalité optimisée et impact via un PEA “responsable”
  • 2. Assurance vie à impact

    De nombreuses assurances vie proposent désormais :

  • des unités de compte labellisées ISR, Greenfin, Finansol
  • des fonds thématiques climat, biodiversité, santé, inclusion
  • La flat tax s’applique aux gains en cas de rachats avant 8 ans sur les nouveaux versements, mais vous gardez :

  • l’abattement après 8 ans sur les gains retirés
  • les avantages successoraux
  • Ce qui en fait une bonne enveloppe pour construire un patrimoine responsable à long terme, malgré la flat tax.

    3. Obligations vertes et produits de dette à impact

    Que vous investissiez dans une obligation d’entreprise classique ou dans une obligation verte, les intérêts seront fiscalisés de la même manière (30 % au PFU, sauf option barème) si vous détenez ces titres en direct dans un CTO.

    Si ces obligations sont logées dans un fonds à impact au sein d’une assurance vie, c’est la fiscalité de l’assurance vie qui s’applique. Là encore, la flat tax n’est qu’une couche parmi d’autres.

    Les pièges et biais fréquents autour de la flat tax

    La simplification a un prix : beaucoup d’investisseurs pensent maîtriser la flat tax… tout en tombant dans ces pièges classiques.

    1. Croire que “30 % tout rond” est toujours exact

    En théorie, PFU = 30 %. En pratique, c’est un peu plus subtil :

  • une partie de la CSG (6,8 points) est déductible de votre revenu imposable l’année suivante si vous optez pour le barème
  • vous pouvez être dispensé d’acompte de 12,8 % sur certains revenus si vos revenus fiscaux sont en dessous de certains seuils
  • Ignorer ces subtilités, c’est parfois payer plus tôt, ou un peu plus, que nécessaire.

    2. Négliger l’impact des prélèvements à la source sur votre trésorerie

    Les 12,8 % d’IR du PFU sont en pratique prélevés sous forme d’acompte lors du versement des revenus (dividendes, intérêts). Vous êtes régularisé ensuite, mais en attendant :

  • votre trésorerie disponible pour réinvestir est réduite
  • vous pouvez avoir des “surprises” si vous comptez sur 100 % de vos dividendes pour vos dépenses courantes
  • 3. Optimiser la fiscalité au détriment du sens de l’investissement

    Un biais fréquent : laisser la fiscalité dicter entièrement ses choix d’investissement.

    Exemples :

  • ne pas investir en actions à impact international parce que non éligibles au PEA, alors que votre horizon est de 15 ans
  • privilégier un produit fiscalement attractif mais sous-performant, ou peu aligné avec vos valeurs
  • La flat tax doit être un paramètre, pas un pilote automatique.

    4. Oublier les enveloppes “hors flat tax”

    Focaliser toute votre énergie sur les 30 % peut faire oublier les outils qui permettent d’y échapper en grande partie :

  • PEA pour les actions et ETF éligibles
  • PEE, PERCO, PEG, PER d’entreprise pour l’épargne salariale et retraite
  • PER individuel pour la préparation de la retraite (avec déduction à l’entrée)
  • La meilleure optimisation fiscale n’est pas celle qui vous fait gagner 3 points sur un CTO, mais celle qui vous fait changer d’enveloppe quand c’est pertinent.

    Comment optimiser légalement votre fiscalité de revenus financiers ?

    Pour terminer de façon opérationnelle, quelques pistes concrètes pour mieux vivre avec la flat tax (sans la subir, ni en abuser).

    1. Choisir la bonne enveloppe pour le bon usage

    Posez-vous trois questions simples pour chaque objectif :

  • Horizon de temps : moins de 5 ans, 5–10 ans, plus de 10 ans ?
  • Besoin de liquidité : devez-vous pouvoir récupérer l’argent à tout moment ?
  • Nature des supports : actions, obligations, immobilier, fonds à impact… ?
  • En fonction des réponses :

  • PEA : idéal pour un portefeuille actions/ETF long terme, y compris responsable
  • Assurance vie : pour les objectifs à moyen/long terme, la transmission, et l’accès à une large gamme de fonds (dont fonds ISR/à impact)
  • CTO : pour la flexibilité maximale, les supports non éligibles PEA/AV, ou une part de gestion plus active
  • 2. Ne pas oublier l’option barème… mais la tester avant

    Chaque année, avant de valider votre déclaration :

  • simulez votre impôt avec maintien du PFU
  • puis avec option pour le barème progressif
  • Comparez le résultat global, en tenant compte :

  • de votre TMI
  • des abattements (dividendes, éventuelles plus-values avec abattement pour durée de détention)
  • de la déductibilité partielle de la CSG
  • Si vous êtes dans les tranches 0 % ou 11 %, l’exercice est particulièrement recommandé.

    3. Étaler intelligemment vos retraits et prises de gains

    Plutôt que de réaliser une grosse plus-value une année donnée, il peut être judicieux de :

  • répartir vos ventes sur plusieurs années
  • utiliser les abattements annuels (notamment en assurance vie après 8 ans)
  • éviter de franchir inutilement une tranche supérieure d’imposition
  • Cela permet de lisser votre fiscalité dans le temps, tout en gardant le cap sur vos objectifs financiers et d’impact.

    4. Aligner la fiscalité avec vos valeurs

    Enfin, n’oubliez pas que la flat tax ne vous empêche absolument pas de :

  • financer la transition écologique via des actions/ETF verts, des obligations vertes, des fonds à impact
  • soutenir l’économie sociale et solidaire via des fonds solidaires, du crowdfunding à impact, des coopératives
  • construire une stratégie patrimoniale qui combine : performance financière, maîtrise du risque, optimisation fiscale raisonnable, et contribution positive au monde réel
  • La fiscalité est un cadre. Votre allocation capitalise, elle, votre vision du futur. La flat tax est un outil à maîtriser, pas une fatalité à subir ni un prétexte pour oublier le sens de vos investissements.