Épargne moyenne français par âge : comparatif, disparités et pistes pour améliorer son patrimoine
Combien un Français “devrait”‑il avoir de côté à 25, 35 ou 55 ans ? Question inconfortable… mais indispensable si vous voulez prendre votre patrimoine en main sans vous bercer d’illusions ni vous culpabiliser inutilement.
Dans cet article, on va :
regarder les ordres de grandeur d’épargne par âge en France (sur la base des données INSEE / Banque de France) ;
mettre en lumière les énormes disparités cachées derrière les moyennes ;
en tirer des pistes concrètes pour améliorer votre patrimoine… sans attendre “le bon moment”.
L’objectif n’est pas de vous comparer à votre voisin, mais de vous donner une boussole patrimoniale et des marges de manœuvre, âge par âge.
Ce que disent les chiffres : moyenne, médiane et gros écarts
Premier piège à éviter : parler de “moyenne” d’épargne sans préciser de quoi on parle. Les données les plus solides viennent de l’INSEE (Enquête Patrimoine 2021, publiée en 2023) et de la Banque de France.
Trois points clés à retenir :
le patrimoine est très concentré (les 10 % les plus riches détiennent plus de la moitié du patrimoine total) ;
la moyenne est tirée vers le haut par quelques très gros patrimoines ;
la médiane (le “Français du milieu”) donne une image plus réaliste de la situation typique.
Pour simplifier, on va se concentrer sur l’épargne financière (livrets, assurance vie, PEA, comptes à vue créditeurs, etc.), hors résidence principale et immobilier locatif, car c’est là que se jouent vos arbitrages d’allocation.
Ordres de grandeur (en arrondissant, selon l’INSEE et diverses synthèses Banque de France, données 2021-2023) :
avant 30 ans : de l’ordre de 5 000 à 10 000 € de patrimoine financier médian ;
30-39 ans : autour de 15 000 à 25 000 € ;
40-49 ans : autour de 30 000 à 50 000 € ;
50-59 ans : autour de 50 000 à 80 000 € ;
60-69 ans : autour de 70 000 à 100 000 € ;
70 ans et plus : plus de 100 000 € pour la médiane.
Attention : ce sont des ordres de grandeur, pas des seuils officiels. Et surtout, à l’intérieur de chaque classe d’âge, l’éventail est énorme : certains ont moins de 1 000 €, d’autres dépassent largement le million.
Autre donnée structurante : le taux d’épargne des ménages français a tourné autour de 18 % du revenu disponible en 2023 (Banque de France). Dit autrement, en moyenne, les ménages mettent presque un cinquième de leur revenu de côté… mais là encore, la moyenne masque de fortes inégalités.
Pourquoi les écarts d’épargne par âge sont si importants
Les différences de montant d’épargne par âge ne sont pas qu’une question de “discipline financière”. Elles reflètent aussi des effets structurels.
Parmi les plus importants :
Le cycle de vie : au début de carrière, revenus plus faibles, dépenses d’installation, parfois encore des études à financer. À partir de 40 ans, les revenus sont en général plus élevés… mais les charges (enfants, logement) aussi.
Les héritages et donations : l’INSEE montre que le patrimoine transmis joue un rôle croissant dans la constitution de l’épargne. Ceux qui reçoivent un capital (même modeste) prennent une longueur d’avance durable.
Le coût du logement : loyers élevés pour les jeunes actifs en ville, effort d’épargne pour l’apport immobilier autour de 30-40 ans, puis désendettement progressif après 50 ans.
Les choix d’allocation : rester sur du Livret A pendant 20 ans ou investir une partie en actions/ETF à impact responsable n’a évidemment pas le même effet long terme.
La vraie question n’est donc pas “Ai-je autant que la moyenne ?”, mais plutôt : “Au vu de ma situation actuelle, est-ce que je fais le maximum réaliste pour améliorer mon patrimoine futur ?”.
Moins de 30 ans : poser les fondations, même avec peu
Avant 30 ans, la plupart des Français ont peu ou pas d’épargne significative. C’est normal. Le vrai enjeu à cet âge, ce n’est pas le montant, c’est la mise en place des bons réflexes.
Objectifs prioritaires :
Constituer un matelas de sécurité : viser 1 à 3 mois de dépenses courantes sur un Livret A / LDDS. Même 500 ou 1 000 € changent la donne en cas de coup dur (panne de voiture, caution logement, ordinateur en panne).
Éviter les crédits toxiques : la “fausse bonne idée” du crédit conso pour financer du court terme (voyages, équipements). Les intérêts grignotent votre capacité future d’épargne.
Ouvrir tôt les bonnes enveloppes : un PEA et une assurance vie, même avec 100 €, pour déclencher le compteur fiscal.
Stratégie d’investissement possible à cet âge :
privilégier le long terme : vous avez 30-40 ans devant vous avant la retraite. C’est un atout énorme ;
accepter une part significative d’actions, via des ETF ou des fonds actions à impact/ISR, pour profiter de la croissance ;
épargner en automatique : 50 € par mois à 8 % de rendement annualisé sur 35 ans, c’est plus de 100 000 € potentiels à l’arrivée (hors fiscalité et frais).
Question utile à se poser avant 30 ans : “Qu’est-ce que je peux mettre de côté sans me mettre en difficulté, de façon régulière, même si ce n’est que 30 ou 50 € par mois ?”. À cet âge, la régularité compte plus que le montant.
30-39 ans : la décennie charnière (logement, famille, premières vraies marges)
Entre 30 et 39 ans, les revenus progressent généralement, mais c’est aussi la période des gros projets : achat immobilier, arrivée des enfants, parfois création d’entreprise.
Côté statistiques, c’est aussi l’âge où l’on commence à voir des écarts marqués :
ceux qui ont pu acheter tôt, parfois aidés par la famille, commencent à accumuler un patrimoine immobilier ;
ceux qui restent longtemps à loyers élevés, sans possibilité d’épargne significative, peinent à constituer un patrimoine financier.
Priorités possibles à cet âge :
Solidifier le fonds d’urgence : viser 3 à 6 mois de dépenses, surtout avec des charges de famille.
Clarifier la stratégie logement : achat de résidence principale ou location longue durée ? Il n’y a pas de dogme, mais un arbitrage à faire selon le marché local, la mobilité professionnelle, le niveau des taux.
Structurer son épargne : ne plus se limiter au Livret A. Commencer à diversifier sur PEA et assurance vie, avec une poche dédiée à l’investissement responsable et/ou à impact.
Sur le volet investissement responsable, des pistes concrètes :
ouvrir un PEA avec des ETF actions Europe ou monde intégrant des critères ESG (ou des indices bas carbone) ;
utiliser une assurance vie pour accéder à des fonds thématiques (transition énergétique, santé, inclusion sociale) et des obligations vertes ;
allouer une petite poche (5 à 10 %) à des projets plus engagés (crowdfunding immobilier durable, énergies renouvelables, finance solidaire).
L’objectif n’est pas de faire “le coup du siècle”, mais de passer d’une épargne dormante à une épargne productive et cohérente avec vos valeurs.
40-49 ans : accélération ou plafond de verre patrimonial ?
Entre 40 et 49 ans, beaucoup de trajectoires patrimoniales se creusent. C’est souvent à cet âge que les chiffres INSEE montrent une montée significative de l’épargne médiane… mais aussi des écarts très marqués entre les ménages.
À cet âge :
beaucoup ont déjà acheté leur résidence principale et commencent à réduire leur capital restant dû ;
les revenus sont souvent au plus haut, mais les dépenses aussi (études des enfants, travaux, soutien familial, etc.).
Questions stratégiques à se poser :
Mon niveau d’épargne annuelle est-il cohérent avec mon revenu ? À 40-45 ans, viser 10 à 20 % d’épargne de son revenu net (y compris remboursement capital du crédit immo) est un ordre de grandeur souvent cité.
Ma répartition Livrets / Fonds euros / Actions est-elle alignée avec mon horizon ? À 20 ans de la retraite, tout mettre sur des supports ultra sécurisés expose à un risque discret mais réel : la sous-performance et l’inflation.
Suis-je trop concentré sur l’immobilier ? De nombreux ménages français ont >80 % de leur patrimoine en immobilier. C’est un risque (marché local, vacance locative, aléas fiscaux).
À cet âge, il peut être judicieux de :
réduire progressivement la part de l’endettement “non productif” (crédits conso, auto) ;
renforcer la poche actions de qualité (via ETF ou fonds actions responsables) ;
réallouer une part des excédents de trésorerie vers des supports à impact plus engagés (fonds solidaires, dette non cotée à impact mesurable, etc.).
Beaucoup sous-estiment aussi l’enjeu de la protection à cet âge (prévoyance, invalidité, dépendance). Une “bonne” stratégie d’investissement peut être anéantie par un accident de la vie si ces risques ne sont pas couverts.
50-59 ans : optimiser, sécuriser progressivement, mais sans tout figer
À partir de 50 ans, la moyenne d’épargne des Français augmente sensiblement. C’est logique : emprunts en voie d’extinction, revenus encore élevés, enfants parfois plus autonomes.
Le risque, à cet âge, c’est de :
devenir trop conservateur trop tôt, en basculant tout sur des supports très sécurisés (fonds euros, livrets), ce qui réduit la performance potentielle sur 15-20 ans ;
ne pas préparer fiscalement et patrimonialement la retraite, en se contentant d’épargner “dans tous les sens”.
Axes de travail concrets :
Faire un bilan patrimonial global : immobilier, financier, retraite, dettes, fiscalité. L’idée n’est pas de tout bouleverser, mais de voir où se situent les déséquilibres.
Simuler sa future pension (via Info-Retraite, simulateurs des caisses, etc.) pour identifier un éventuel “trou” à combler avec de l’épargne individuelle.
Structurer la fiscalité :
assurance vie (antériorité fiscale, démembrement possible en transmission) ;
PEA (sorties en rente ou en capital peu fiscalisées après 5 ans) ;
éventuels dispositifs retraite (PER) si appropriés à votre situation.
Côté allocation, une approche raisonnable peut consister à :
garder une exposition actions significative (par exemple 40-60 % du patrimoine financier) tant que l’horizon reste long ;
augmenter progressivement la part d’actifs obligataires et monétaires, y compris via des obligations vertes ou sociales ;
continuer à dédier une petite poche à l’investissement à impact plus direct (entrepreneuriat social, fonds non cotés à impact) si votre profil de risque le permet.
C’est aussi une période pertinente pour réfléchir à la transmission (donations aux enfants, investissement en nue-propriété, etc.) et à la façon de mettre du sens dans cet héritage (par exemple en combinant transmission et investissement responsable).
60 ans et plus : utiliser son patrimoine sans le dilapider
Après 60 ans, les chiffres de patrimoine moyen et médian atteignent leurs plus hauts niveaux. On observe souvent :
un immobilier largement (ou totalement) remboursé ;
une épargne financière plus conséquente, mais parfois très peu optimisée ;
une grande prudence, parfois excessive, vis-à-vis du risque.
L’enjeu majeur devient : comment transformer ce patrimoine en revenu durable, aligné avec vos besoins et vos valeurs ?
Axes possibles :
Planifier les décaissements : plutôt que de piocher au hasard dans ses comptes, définir une stratégie de retrait (par exemple, 3-4 % par an du portefeuille, ajustés à la situation des marchés).
Maintenir une part d’actifs dynamiques : un horizon de vie de 20-30 ans justifie de garder une poche actions pour lutter contre l’inflation et conserver du potentiel de croissance.
Intégrer l’impact dans sa “dernière ligne droite” patrimoniale :
via des donations ciblées (enfants, petits-enfants, associations) ;
via des investissements solidaires ou à impact dans la poche “long terme” que vous n’envisagez pas de consommer intégralement ;
via des choix de fonds et de supports qui financent réellement la transition (logement social, énergies renouvelables, économie circulaire…).
La gestion à cet âge ne se résume pas à “ne rien risquer”. Elle consiste plutôt à choisir quels risques vous acceptez (inflation, longévité, marché) et lesquels vous refusez, en pleine conscience.
Pourquoi la comparaison avec les autres est trompeuse
Se comparer à la “moyenne” française peut être tentant… mais largement trompeur. Trois raisons principales :
Les trajectoires de vie sont très différentes : études longues ou courtes, santé, accidents de carrière, régions de résidence, soutien familial, etc.
Les statistiques ne racontent pas l’histoire complète :
un ménage avec 50 000 € d’épargne financière et un logement payé n’est pas dans la même situation qu’un ménage avec 50 000 € d’épargne mais 250 000 € de crédit ;
deux patrimoines identiques peuvent générer des revenus très différents selon leur allocation.
Le temps joue contre les comparaisons statiques : ce qui compte, ce n’est pas la photo d’aujourd’hui, mais la trajectoire sur 5, 10, 20 ans.
Une meilleure question que “où je me situe par rapport à la moyenne ?” peut être : “mon épargne et mes investissements actuels me rapprochent‑ils ou m’éloignent‑ils de la vie que je veux dans 10-20 ans ?”.
Trois leviers transversaux pour améliorer son patrimoine, quel que soit l’âge
Au-delà des spécificités par âge, trois leviers reviennent systématiquement dans les trajectoires patrimoniales réussies.
1. Automatiser l’épargne
Mettre en place des virements automatiques dès le début du mois vers vos comptes d’épargne / investissements.
Commencer petit si nécessaire (30, 50, 100 €), puis augmenter dès que les revenus le permettent.
Allier cette automatisation à une allocation claire (par exemple 50 % sécuritaire, 30 % dynamique, 20 % projets à impact).
2. Accepter une part raisonnable de risque maîtrisé
Sur 15-20 ans, l’histoire des marchés montre que les actifs risqués (actions, private equity) ont généralement surperformé les placements sans risque.
Ne pas prendre de risque, c’est prendre d’autres risques : inflation, baisse du pouvoir d’achat, dépendance totale à la retraite publique.
La clé : calibrer le risque à votre situation et à votre tolérance, et le diversifier (ETF, fonds multi-classes, thématiques responsables).
3. Donner du sens à son patrimoine
Intégrer des critères ESG et d’impact dans vos choix, pas seulement des critères financiers.
Identifier des solutions concrètes :
fonds labellisés ISR / Greenfin ;
investissements solidaires (label Finansol) ;
crowdfunding dans des projets d’énergies renouvelables, d’insertion sociale, de logement abordable.
Vous serez beaucoup plus motivé à épargner et investir si vous savez que votre argent travaille pour des projets qui ont du sens.
Se situer, agir, ajuster : la démarche en trois temps
Si vous deviez repartir d’ici avec un plan simple, quel que soit votre âge, il pourrait ressembler à ceci :
Se situer
Faire le bilan : combien j’ai de côté (par support), combien je gagne, combien je dépense.
Me comparer aux ordres de grandeur par âge, non pas pour me juger, mais pour comprendre où sont mes marges de progression.
Agir
Mettre en place un virement automatique, même modeste.
Ouvrir ou optimiser les bonnes enveloppes (PEA, assurance vie, éventuellement PER).
Allouer une part de mon épargne à des supports responsables / à impact.
Ajuster
Revoir mon allocation une fois par an (pas tous les jours).
Adapter ma prise de risque à mon âge, mes projets, ma situation familiale.
Corriger le tir sans culpabilité, en intégrant les aléas de la vie.
Les statistiques sur l’épargne moyenne des Français par âge donnent un cadre. Elles rappellent aussi une réalité brutale : les inégalités patrimoniales se creusent avec le temps. Mais elles n’enlèvent rien à votre pouvoir d’action.
Vous ne choisissez pas le contexte économique, ni le point de départ patrimonial. En revanche, vous pouvez choisir, dès aujourd’hui, comment structurer votre épargne, quelle place donner au long terme et quel type d’économie vous voulez financer avec votre argent.
C’est précisément là que l’investissement responsable cesse d’être un concept abstrait pour devenir un levier très concret de construction de patrimoine… au service à la fois de votre futur et de celui des autres.